Seif al-Islam Kadhafi, l’un des fils du dictateur libyen défunt Mouammar Kadhafi, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, a été assassiné mardi dans l’ouest de la Libye par des hommes armés non identifiés.
« Il a été tué aujourd’hui à 14H (…) à Zenten, dans sa maison, par un commando de quatre personnes », a déclaré à l’AFP son avocat français, Marcel Ceccaldi.
Longtemps vu comme le successeur potentiel de son père avant la chute du régime en 2011, l’homme de 53 ans s’était évertué à se forger une image de modéré et de réformateur. Une réputation qui s’est effondrée quand il a promis des bains de sang au début de la rébellion.
Son conseiller Abdullah Othman Abdurrahim a précisé, selon des propos cités par la chaîne Libya al-Ahrar, que quatre hommes avaient « pris d’assaut » mardi sa résidence « après avoir neutralisé les caméras de surveillance, puis l’avaient exécuté ».
« Pour l’instant, on ne sait pas » qui sont ces hommes armés, a dit Me Ceccaldi, qui a affirmé s’être entretenu avec son client il y a trois semaines environ.
Il a toutefois précisé avoir appris il y a une dizaine de jours, par l’un des proches de Seif al-Islam Kadhafi, « que des problèmes se posaient au niveau de sa sécurité ».
« À tel point que le chef de la tribu (des Kadhafi) avait téléphoné à Seif. Il lui avait dit : “Je vais vous envoyer du monde pour assurer votre sécurité.” Et Seif a refusé », a-t-il poursuivi.
Espoirs et dérives
Longtemps présenté comme l’héritier politique le plus crédible de Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam a incarné à la fois les espoirs de réforme du régime libyen et ses dérives les plus brutales. Intellectuel formé en Occident, fin stratège et visage « présentable » du pouvoir, il a été l’un des acteurs centraux des dernières années de la Jamahiriya, avant de devenir l’un des symboles les plus controversés de la Libye post-2011.
Né en 1972, deuxième fils du dirigeant libyen, Seif al-Islam se distingue tôt au sein de la fratrie. Diplômé d’architecture puis docteur de la London School of Economics, il cultive une image moderniste, multipliant les contacts avec les chancelleries occidentales et les grandes entreprises.
Dans les années 2000, il joue un rôle clé dans la normalisation des relations entre Tripoli et l’Occident, notamment après l’abandon par la Libye de ses programmes d’armes non conventionnelles.
À la tête de la Fondation Kadhafi pour le développement, il se présente alors comme un réformateur, plaidant pour une ouverture politique et économique, tout en restant profondément ancré dans le système autoritaire bâti par son père. Cette posture ambiguë nourrit autant les attentes d’une jeunesse libyenne en quête de changement que la méfiance des opposants au régime.
Mais lorsque la révolte éclate en février 2011, Seif al-Islam abandonne le costume de réformateur. Dans une allocution télévisée restée célèbre, il adopte un ton belliqueux, mettant en garde contre le « chaos » et appelant à écraser l’insurrection. Pour beaucoup de Libyens, cette prise de parole marque une rupture définitive avec l’image d’homme du changement qu’il s’était forgée.
Pays divisé
Recherché par la CPI pour crimes contre l’humanité, Seif al-Islam Kadhafi avait été arrêté en 2011 dans le sud libyen. Longtemps détenu à Zenten, il a été condamné à mort en 2015 à l’issue d’un procès expéditif avant de bénéficier d’une amnistie.
Jusqu’à l’annonce de son décès, on ne savait pas où il se trouvait.
« Il bougeait souvent », a confirmé son avocat mardi.
En 2021, il avait déposé sa candidature à la présidentielle, misant sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime. L’élection ne s’est finalement pas tenue.
Pour l’expert Emad Badi, la mort de Seif al-Islam Kadhafi est « susceptible de le transformer en martyr aux yeux d’une partie conséquente de la population, tout en modifiant les équilibres électoraux en écartant un obstacle majeur à l’élection présidentielle ».
Car « sa candidature et ses chances de succès (avaient) constitué un point central de controverse », a-t-il expliqué sur X.
L’ex-porte-parole du régime Kadhafi, Moussa Ibrahim, a dénoncé un acte « perfide », en affirmant qu’il lui avait parlé il y a deux jours.
« Il voulait une Libye unie et souveraine, sûre pour tous ses habitants. Ils ont assassiné l’espoir et l’avenir, et semé la haine et le ressentiment », a-t-il écrit sur X.
Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye peine à retrouver sa stabilité et son unité.
Deux exécutifs s’y disputent le pouvoir : le gouvernement d’unité nationale (GNU) installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l’ONU ; et un exécutif à Benghazi (est), contrôlé par le maréchal Haftar et ses fils qui ont étendu leur présence militaire au sud du pays.
AFP