Ces hélicoptères sont issus de cellules Mi-24V algériennes transformées à partir de la fin des années 1990 par la société sud-africaine Advanced Technologies and Engineering (ATE). Ils ont été portés au standard Mi-24 MkIII, également connu sous le nom de Super Hind.

Alger vient de franchir un nouveau cap dans sa coopération militaire avec Niamey. Quatre hélicoptères algériens, dont deux appareils d’attaque Mi-24 au standard MkIII et deux Mi-171 de transport, ont été transférés dimanche au Niger. Une opération qui traduit le rapprochement stratégique engagé entre les deux pays et renforce la présence algérienne dans le dossier sécuritaire sahélien.

Deux hélicoptères d’attaque Mi-24 et deux appareils de transport Mi-171 ont quitté, dimanche 9 août, la base de déploiement secondaire d’In Guezzam, dans l’extrême sud de l’Algérie, pour rejoindre Niamey. Le ministère algérien de la Défense nationale présente cette opération comme un don destiné aux forces armées nigériennes, décidé sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune.

Le transfert ne se limite pas aux appareils. Un avion de transport des Forces aériennes algériennes a également acheminé vers le Niger des munitions, des pièces de rechange, du matériel de maintenance et différents équipements de soutien.

Deux Mi-24 particulièrement modernisés

Derrière la désignation officielle de Mi-24V se cachent deux appareils présentant un niveau de modernisation nettement supérieur à celui des Mi-24 soviétiques classiques.

Ces hélicoptères sont issus de cellules Mi-24V algériennes transformées à partir de la fin des années 1990 par la société sud-africaine Advanced Technologies and Engineering (ATE). Ils ont été portés au standard Mi-24 MkIII, également connu sous le nom de Super Hind.

La modernisation avait notamment porté sur le nez de l’appareil, l’avionique, les systèmes de visée et l’armement. Le système original équipé d’une mitrailleuse lourde de 12,7 mm a notamment été remplacé par un canon de 20 mm.

Ce choix pourrait avoir des conséquences pratiques pour les forces nigériennes. Le maintien en service de ces équipements spécifiques implique en effet une chaîne logistique particulière, notamment pour les munitions et certaines pièces détachées. La capacité d’Alger à assurer ce soutien pourrait ainsi devenir un élément durable de la coopération militaire entre les deux pays.

Une peinture qui intrigue

Autre détail remarqué lors de la livraison : les deux Mi-24 ont reçu une nouvelle livrée composée de teintes vertes et brunes.

Le changement est significatif. Les Mi-24 algériens déployés dans le Sud du pays étaient jusqu’ici principalement associés à des couleurs sable, adaptées aux environnements désertiques du Sahara.

La nouvelle configuration semble davantage adaptée aux zones sahéliennes végétalisées. Elle pourrait donc donner une indication sur les théâtres d’opérations auxquels Niamey pourrait destiner ces appareils, notamment dans l’ouest et le sud-ouest du pays.

Les régions de Tillabéri et de Dosso sont particulièrement exposées aux attaques des groupes armés jihadistes. Le bassin du lac Tchad constitue également un autre secteur où les forces nigériennes sont confrontées à une forte pression sécuritaire.

Cette préparation laisse également penser que la livraison ne constitue pas une décision improvisée. La remise en état, la modification de la livrée et la préparation opérationnelle de plusieurs appareils nécessitent nécessairement un travail préalable.

Un tournant dans la coopération militaire algéro-nigérienne

Cette livraison intervient dans un contexte de rapprochement progressif entre Alger et Niamey après une période de fortes tensions.

Les relations entre l’Algérie et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) avaient été particulièrement fragilisées en 2025, notamment après l’incident impliquant un drone malien près de Tinzaouatene. La crise avait conduit au rappel d’ambassadeurs et à une dégradation des relations entre Alger et plusieurs capitales sahéliennes.

Le dialogue a toutefois repris en 2026. Le rétablissement des relations diplomatiques a été suivi par la visite à Alger du général Abdourahamane Tiani, les 15 et 16 février, puis par la tenue à Niamey, en mars, de la deuxième session de la grande commission mixte algéro-nigérienne.

Cette reprise du dialogue ne s’est pas limitée aux questions politiques. Les deux pays ont également remis sur la table plusieurs projets structurants, notamment le gazoduc transsaharien, la route transsaharienne, les infrastructures de fibre optique et un projet de centrale électrique de 40 MW.

La coopération militaire vient désormais compléter ce rapprochement économique et diplomatique.

Alger affirme sa présence dans le Sahel

Pendant longtemps, l’Algérie s’est montrée prudente concernant la fourniture d’armements offensifs à ses voisins méridionaux. La livraison de deux hélicoptères d’attaque modernisés marque donc une évolution notable.

Certes, quatre hélicoptères ne suffiront pas à modifier à eux seuls le rapport de forces dans le conflit opposant les forces nigériennes aux groupes armés actifs dans le pays. Mais leur importance dépasse le seul nombre d’appareils.

La fourniture de pièces, de munitions, de maintenance et potentiellement de formation crée une relation militaire appelée à s’inscrire dans la durée. Elle permet également à Alger de renforcer ses liens directs avec l’état-major nigérien au moment où plusieurs puissances cherchent à consolider leur influence dans le Sahel.

Le Niger constitue en effet un terrain stratégique où se croisent les intérêts de la Russie, de la Turquie et de plusieurs acteurs du Golfe, tandis que les pays occidentaux ont vu leur présence militaire fortement réduite depuis les changements politiques intervenus dans la région.

La question des équipages et de la maintenance

Une inconnue demeure toutefois : dans quelles conditions les forces nigériennes utiliseront-elles ces appareils ?

L’armée nigérienne connaît déjà les hélicoptères de la famille Mi-24 ainsi que les Mi-17. Le standard MkIII présente cependant des particularités techniques qui nécessitent une adaptation des équipages et des équipes de maintenance.

La présence éventuelle de techniciens ou de formateurs algériens à Niamey constituera donc un indicateur important de la profondeur de l’accord.

Au-delà du geste militaire, Alger semble ainsi chercher à construire une coopération sécuritaire durable avec le Niger. Pour Niamey, l’arrivée de ces appareils apporte une capacité supplémentaire d’appui aérien. Pour Alger, elle constitue surtout un moyen de renforcer son rôle de puissance militaire régionale et de conserver un canal d’influence direct dans un Sahel en pleine recomposition.

Source : Menadefense

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