A travers les barreaux en fer de son débit de boissons, Brenda, perruque virevoltante, trinque avec un gobelet en plastique. Ses copines sont passées partager une rasade de whisky. Manque de pot, l’anniversaire de ses 36 ans tombe un samedi soir : elle travaillera jusqu’au petit matin. Dans les clubs de Westlands, dans le centre-ville de Nairobi, les nuits du week-end sont longues et arrosées. Le reflet ambré des bouteilles d’alcool fort réchauffe les murs de sa boutique sombre, enterrée en demi-sous-sol.

A partir de 18 heures, quand le soleil se couche, Brenda écoule ses spiritueux à travers son petit guichet en flot quasi continu. Elle distribue quelques bières – pas autant que du whisky, de la vodka ou du cognac. Depuis trois ans, elle vend aussi une étrange boisson non alcoolisée que s’arrache la jeunesse dorée du Kenya : le jaba juice. Un nom de science-fiction qu’on dirait sorti d’une taverne de la planète Tatooine. Il fait pourtant référence à un produit consommé en Afrique de l’Est depuis des siècles : le jaba, autre nom du khat, cette plante (Catha edulis) que des centaines de milliers de Somaliens, Yéménites, Ethiopiens ou Djiboutiens mâchent quotidiennement pour ses effets euphorisants.