Tous les deux sont liés à des organisations criminelles versant principalement dans le trafic de stupéfiants à grande échelle. Deux narcotrafiquants originaires de Marseille, qui ont été interpellés récemment en Algérie, y ont été incarcérés, a annoncé ce lundi 10 août 2026 le garde des Sceaux Gérald Darmanin.

Mehdi Laribi, un chef présumé de cette organisation criminelle, et Djamel Djeha, « objectifs prioritaires de la justice française, ont été placés en détention provisoire en Algérie à la demande du parquet d’Alger » et « ne sont donc plus sous simple contrôle judiciaire », écrit sur le réseau social X le ministre français de la Justice.

Les deux importants narcotrafiquants, objectifs prioritaires de la justice française, ont été placés en détention provisoire en Algérie à la demande du parquet d’Alger. Ils ne sont donc plus sous simple contrôle judiciaire.

Merci aux autorités judiciaires algériennes pour nos…

— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) August 10, 2026

Mehdi Laribi, « importateur » et « logisticien » au sein de la DZ Mafia

Le Franco-Algérien Mehdi Laribi, avait été arrêté le 20 juillet en Algérie, où il s’était exilé, sur exécution d’un mandat d’arrêt de la justice française. L’homme, soupçonné d’être l’un des cinq ou six fondateurs de la DZ Mafia, avait ensuite été placé sous contrôle judiciaire, avant d’être finalement incarcéré, selon les autorités françaises.

Sur France info, le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, s’était alors félicité de l’arrestation de celui qui assumait un rôle « d’importateur » et de « logisticien » au sein de la DZ Mafia et « joue un rôle très important dans l’organisation ». Il est notamment poursuivi des chefs de direction d’un groupement ayant pour objet le trafic de stupéfiants, trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment, a précisé le parquet de Marseille à l’Agence France-Presse (AFP).

Mehdi Laribi était visé par un mandat d’arrêt émis dans le cadre de la vaste enquête baptisée « Octopus » menée par la Juridiction inter-régionale spécialisée (Jirs) de Marseille. Les investigations avaient conduit à un important coup de filet dans le sud de la France en mars, avec une quarantaine de personnes interpellées, dont 26 ont été mises en examen.

Ce Marseillais, surnommé « Tic » et originaire de la cité Bassens, dans les quartiers nord, a plongé dans la délinquance dès l’adolescence, avant de devenir une figure du grand banditisme. En 2008, il avait fait une brève incursion au cinéma, en jouant l’un des rôles de Khamsa, un film de Karim Dridi racontant les 400 coups d’une bande de gamins de la cité phocéenne.

Dans le viseur de la DZ « nouvelle génération »

Au fil des années, « Tic » a accumulé de nombreuses mentions à son casier, dont une condamnation, en 2011, à dix ans de réclusion pour un triple assassinat, sur fond de guerre de la drogue. Il s’était chargé d’incendier la voiture dans laquelle les trois victimes avaient été abattues par son frère Lamine, qui a, lui, écopé du surnom « Tac ». Le tout en agissant selon le mode opératoire dit du « barbecue marseillais », qui consiste à brûler un corps, en général dans le coffre d’une voiture, afin de le faire disparaître, lui et les preuves associées.

La cité Bassens, considérée comme étant le berceau de la DZ Mafia, a longtemps été l’un des plus importants points de stupéfiants de Marseille. C’est en 2023 qu’a émergé le nom de cette organisation, sans hiérarchie structurée, dont les activités se sont « diversifiées » au-delà du trafic de drogue, avec des extorsions de commerces ou des « prestations de service » criminelles, selon l’AFP. La même année, la guerre opposant la DZ Mafia aux rivaux du clan Yoda s’est soldée par un bain de sang.

En janvier, le nom de Mehdi Laribi a refait surface dans sa cité d’origine, théâtre d’une opération d’intimidation diffusée sur les réseaux sociaux. Plusieurs hommes masqués avaient battu un jeune guetteur et l’opération avait été accompagnée d’une inscription traitant « Tic » de « balance ». Le tout signé de la mention « DZNG », soit DZ « nouvelle génération », laissant penser à une possible recomposition de l’organisation.

Djamel Djeha, l’un des parrains de la cité de la Castellane à Marseille

Djamel Djeha, surnommé « Poutine », interpellé, lui, le 3 août puis placé sous contrôle judiciaire, est pour sa part considéré comme l’un des parrains de la cité de la Castellane à Marseille. En annonçant son arrestation, Gérald Darmanin a décrit, sur X, un « nouveau cadre du narcotrafic et cible prioritaire de la justice française ».

Il est l’un des frères de Mohamed Djeha, aussi appelé « Mimo », ex-patron du lucratif réseau de trafic de stupéfiants de la Castellane à Marseille, lui-même arrêté après des années de traque en juin 2023 en Algérie. Un troisième frère, Rachid Djeha, est, lui, toujours recherché pour son rôle présumé dans l’organisation familiale.

Djamel Djeha, dont le nom apparaît dans le dossier « Empire », la vaste enquête menée par la police judiciaire de Marseille sur le réseau de la Castellane, est considéré, – selon Le Parisien qui a eu accès au dossier – comme le « grand comptable » de l’organisation criminelle.

Quand son frère Rachid est perçu comme le bras droit du chef du réseau jusqu’à son arrestation : Mohamed Djeha. Si le réseau marseillais, qui s’est diversifié, notamment dans le management de rappeurs, n’a jamais entretenu de guerre ouverte avec la DZ mafia ou le clan Yoda, seulement des frictions, il s’est néanmoins fait de nombreux ennemis dans le milieu. « Les enquêteurs recensent au moins vingt assassinats ou tentatives de meurtre perpétrés entre 2016 et 2023 en lien manifeste » avec l’organisation, note Le Parisien.

Une coopération entre la France et l’Algérie

Gérald Darmanin a remercié dans son message de ce lundi les autorités algériennes et s’est félicité de cette « collaboration au bénéfice de notre lutte commune contre le narcotrafic », alors que l’organisation criminelle de la DZ mafia contrôle le trafic de drogue à Marseille et que ses activités se sont étendues à d’autres villes de France.

Les interpellations de ces deux « importants narcotrafiquants », comme les a décrits Gérald Darmanin, fin juillet et début août en Algérie, sont intervenues quelques semaines après une visite du garde des Sceaux à Alger, présentée comme le point d’orgue d’une reprise de la coopération judiciaire entre les deux pays, qui n’ont pas d’accord d’extradition.

Dès lors, quel sort pour les deux hommes ? « Il pourrait y avoir une extradition, c’est-à-dire une remise aux autorités françaises, mais il pourrait également ne pas y en avoir du fait de sa double nationalité », a estimé sur Franceinfo, le 5 août, le procureur de Marseille Nicolas Bessonne, à propos de Mehdi Laribi. Autre scénario selon lui : « Il pourrait y avoir une dénonciation officielle [de la justice française] pour qu’il soit jugé en Algérie. »