La contestation du pouvoir de Kaïs Saïed change-t-elle de génération ? Une initiative portée par de jeunes Tunisiens vient en tout cas de franchir un nouveau cap. Le collectif « Generation’Z » (جيل زاد) a lancé, lundi 10 août, une pétition nationale réclamant ouvertement la démission du président de la République et l’organisation d’élections présidentielles et législatives anticipées.

Au moment de la publication de l’initiative, plus de 800 personnes avaient signé la pétition. Le chiffre reste encore limité pour mesurer l’ampleur réelle du phénomène, mais le geste politique est loin d’être anodin. Il intervient dans une Tunisie profondément transformée depuis le 25 juillet 2021, date à laquelle Kaïs Saïed a engagé une rupture spectaculaire avec le système institutionnel issu de la Constitution de 2014.

Les initiateurs de la pétition ne demandent pas seulement une alternance. Ils accusent le président d’avoir concentré progressivement les pouvoirs, d’avoir affaibli les institutions et d’avoir réduit l’espace du débat public. Ils dénoncent également les restrictions imposées, selon eux, aux libertés, à la société civile et au mouvement syndical, ainsi que l’utilisation de la justice contre les adversaires politiques et les voix critiques.

Le réquisitoire porte aussi sur la situation économique et sociale. Pour « Generation’Z », le discours présidentiel sur la souveraineté et le « compter sur soi-même » ne correspond plus à la réalité vécue par une population confrontée aux difficultés économiques, à la dégradation de certains services publics et à l’absence de perspectives pour une partie de la jeunesse.

Ces accusations sont celles des initiateurs de la pétition. Elles prennent néanmoins place dans un contexte où la politique tunisienne est marquée par une confrontation persistante entre le pouvoir et une partie de l’opposition et de la société civile.

Le passage le plus significatif de la pétition est peut-être celui qui renvoie Kaïs Saïed à son propre discours. Les jeunes signataires rappellent que le président avait fait de la responsabilité des dirigeants et de la sanction des responsables défaillants un principe de son discours politique. Ils lui demandent aujourd’hui d’appliquer cette règle à lui-même.

Le message est clair : après avoir promis de rompre avec les anciennes pratiques et de rendre des comptes au peuple, le chef de l’État doit, selon eux, accepter à son tour le verdict de la responsabilité politique.

« Generation’Z » prend toutefois soin de se démarquer de toute logique insurrectionnelle. La pétition affirme vouloir une sortie pacifique de la crise et réclame le retour aux urnes. Elle demande également que les jeunes et les compétences nationales puissent retrouver une place centrale dans la conduite des affaires publiques.

C’est désormais sur le terrain que cette initiative devra faire ses preuves. Une pétition en ligne peut mesurer un mécontentement, mais elle ne constitue pas encore une force politique. Pour devenir un mouvement, « Generation’Z » devra élargir sa base, dépasser les réseaux sociaux et démontrer sa capacité à mobiliser durablement.

Après avoir été au cœur de la révolution de 2011, la jeunesse tunisienne s’est progressivement éloignée des structures politiques traditionnelles. Quinze ans plus tard, une nouvelle génération semble vouloir reprendre la parole.

La question n’est donc plus seulement de savoir combien de Tunisiens signeront cette pétition. Il faudra surtout observer si cette initiative annonce la naissance d’un nouveau front de contestation capable de remettre en cause l’équilibre politique installé depuis 2021.

Pour Kaïs Saïed, le signal est en tout cas donné : une partie de la jeunesse tunisienne ne veut plus seulement commenter le pouvoir. Elle commence à lui demander des comptes. Soyons clairs, l’homme est malheureusement trop imbu de sa personne pour qu’une simple pétition ou manifestation le fasse partir.

Mourad Benyahia