Les derniers développements sécuritaires en Libye illustrent, une nouvelle fois, la fragilité de l’équilibre entre les différentes forces qui se disputent le contrôle du pays. Frappes de drones contre des installations pétrolières dans l’ouest, tensions à Zawiya — située à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Tripoli — et assassinat ciblé d’un haut responsable du renseignement militaire à Benghazi : pour Mostafa Abdelkebir, président de l’Observatoire tunisien des droits de l’Homme, ces événements ne sauraient être dissociés.
Intervenant sur sur Jawhara FM mardi 11 août 2026, Mostafa Abdelkebir a rappelé avoir alerté, depuis plusieurs mois, sur les risques liés à la présence de drones ukrainiens et à leur circulation parmi les groupes armés opérant dans l’ouest du pays.
Il avait notamment averti que ces appareils, s’ils échappaient au contrôle de l’armée et des forces de sécurité libyennes, pourraient se retrouver entre les mains de différentes factions armées. Une situation qui, selon lui, constituerait une menace pour la population libyenne mais également pour les pays voisins.
M. Abdelkebir a réitéré la possibilité que les drones deviennent l’une des principales armes utilisées par les parties impliquées dans les affrontements. Selon lui, le camp ayant perdu la précédente confrontation est susceptible de chercher à se procurer le même type d’armement afin de rééquilibrer le rapport de force.
Il a par ailleurs fait état d’une première attaque contre une installation pétrolière dans l’ouest de la Libye, suivie, selon son récit, de trois ou quatre frappes successives. Ces attaques auraient notamment affecté les zones situées autour de la raffinerie et provoqué une situation suffisamment préoccupante pour pousser certains habitants à quitter leurs domiciles.
M. Abdelkebir s’est interrogé sur l’identité des personnes qui utilisent ces drones et sur les acteurs qui leur fournissent ces capacités. La réponse n’est toutefois pas évidente, a-t-il estimé, compte tenu de l’enchevêtrement des groupes armés et de leurs soutiens politiques.
Il a rappelé que les factions impliquées dans les affrontements actuels ne sont pas totalement indépendantes des structures politiques. Certaines se revendiquent du ministère de l’Intérieur ou du gouvernement de l’unité nationale dirigé par Abdelhamid Dbeibah, basé à Tripoli. D’autres se réclament de structures rivales ou affirment recevoir des instructions de différents responsables.
Cette imbrication rend, selon Mostafa Abdelkebir, particulièrement difficile l’identification des auteurs des attaques.
Il a avancé néanmoins que le camp ayant perdu la précédente bataille pourrait être à l’origine de certaines opérations, tout en soupçonnant également d’autres acteurs de chercher à provoquer davantage de tensions dans l’ouest libyen.
C’est dans ce contexte déjà tendu qu’est intervenu l’assassinat de Fawzi al-Mansouri, chef du département du renseignement militaire des forces de l’est libyen dirigées par Khalifa Haftar.
Selon les informations relayées par plusieurs agences de presse, un engin explosif improvisé aurait été placé sous son véhicule et aurait explosé alors qu’il s’apprêtait à monter dans sa voiture, à proximité de son domicile, dans le quartier résidentiel d’al-Sayyida Aisha, dans l’est de Benghazi.
Fawzi al-Mansouri occupait une position importante au sein des forces de l’est. Il avait été nommé commandant de la zone militaire de Sabha le 3 août 2021, avant d’être désigné, le 20 mai 2024, à la tête du département du renseignement militaire par Khalifa Haftar.
Pour Mostafa Abdelkabir, l’assassinat ne peut être analysé indépendamment de la succession d’événements sécuritaires qui traversent actuellement le pays. L’assassinat de Fawzi al-Mansouri représente, selon lui, une « frappe forte » contre l’appareil militaire et sécuritaire des forces de l’est dirigées par Khalifa Haftar. Il pourrait également contribuer à une nouvelle redistribution des cartes sécuritaires.
Or, cette redistribution pourrait rapidement avoir des conséquences politiques. Le président de l’Observatoire tunisien des droits de l’Homme a indiqué que les changements dans les équilibres sécuritaires sont généralement accompagnés de calculs politiques et peuvent servir à exercer des pressions sur les différentes parties afin de les pousser vers certaines positions.
« Rien de ce qui se passe en Libye n’est innocent », a souligné Mostafa Abdelkebir, considérant que les événements en cours comportent des implications politiques, sécuritaires et économiques qui dépassent largement les frontières libyennes.
L’Onu tente depuis des années de favoriser un règlement politique susceptible de conduire à des élections nationales et de mettre fin à la division institutionnelle née après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011.
À Tripoli, le Gouvernement d’unité nationale dirigé par Abdelhamid Dbeibah administre l’ouest du pays. À l’est, un gouvernement désigné par la Chambre des représentants en 2022, actuellement dirigé par Oussama Hammad et basé à Benghazi, administre l’est ainsi qu’une grande partie du sud.
Cette division politique nourrit depuis plusieurs années une fragmentation sécuritaire, avec la présence de groupes armés et de forces rivales disposant de chaînes de commandement et d’allégeances différentes.
N.J