Le général Fawzi al-Mansouri, directeur des renseignements militaires relevant du commandement général des forces de l’Est libyen dirigées par le maréchal Khalifa Haftar, aurait été tué lundi 10 août à Benghazi dans l’explosion de son véhicule. Un assassinat qui pourrait avoir de lourdes répercussions au sein de l’appareil sécuritaire de l’Est libyen.
Selon les premières informations rapportées par plusieurs médias, l’explosion s’est produite dans le quartier d’Al-Hawari, à proximité de la mosquée Sidi Aïcha. L’engin explosif aurait visé directement le véhicule du responsable militaire. La voiture aurait entièrement brûlé et Fawzi al-Mansouri aurait succombé à ses blessures.
Les circonstances exactes de l’attaque restent toutefois à établir. Aucune organisation n’a revendiqué l’opération et les autorités n’ont pas, à ce stade, fourni de détails permettant d’identifier les auteurs ou de déterminer avec certitude le mode opératoire.
La disparition d’al-Mansouri n’est pas anodine. Le général occupait l’un des postes les plus sensibles de l’appareil militaire de l’Est libyen. Nommé à la tête des renseignements militaires en 2024 dans le cadre d’un remaniement de la hiérarchie militaire de Khalifa Haftar, il faisait partie du cercle des responsables chargés des dossiers sécuritaires les plus sensibles.
Avant sa nomination aux renseignements militaires, al-Mansouri avait occupé plusieurs fonctions opérationnelles au sein des forces de Haftar. Il avait notamment commandé la région militaire de Sabha, dans le sud du pays, et participé aux différentes campagnes militaires menées par les forces de l’Est.
Son parcours illustre la transformation progressive d’un cadre militaire de terrain en responsable d’un appareil de renseignement devenu central dans le dispositif de Haftar. Les renseignements militaires jouent en effet un rôle essentiel dans le contrôle des territoires sous l’autorité de la Libyan National Army (LNA), dans la surveillance des groupes armés et dans la gestion des menaces considérées comme hostiles au pouvoir de l’Est.
L’assassinat intervient dans une ville de Benghazi fortement quadrillée par les forces de sécurité et considérée comme l’un des principaux centres du pouvoir de Haftar. La capacité d’un ou de plusieurs assaillants à atteindre une personnalité occupant un poste aussi stratégique pourrait donc soulever des interrogations sur d’éventuelles failles dans le dispositif sécuritaire.
Pour l’heure, plusieurs hypothèses peuvent être envisagées, sans qu’aucune ne puisse être privilégiée. L’attaque pourrait être liée à des rivalités internes, à des réseaux armés clandestins ou encore à une organisation jihadiste. Mais en l’absence de revendication et de résultats d’enquête, toute conclusion serait prématurée.
Au-delà de la disparition d’un haut responsable militaire, cette affaire pourrait révéler de nouvelles tensions au sein de l’appareil sécuritaire de l’Est libyen. Elle intervient alors que la Libye reste profondément divisée entre les institutions et forces rivales de l’Est et de l’Ouest, malgré les efforts internationaux visant à réunifier les institutions militaires et politiques.
La question centrale demeure désormais celle de la sécurité du dispositif de Haftar : comment un responsable placé à la tête du renseignement militaire a-t-il pu être ciblé en plein cœur de Benghazi ?
La réponse à cette question pourrait être déterminante pour comprendre les véritables enjeux de cet assassinat et ses éventuelles conséquences sur l’équilibre
Mourad Benyahia