C’est ce chemin, le choix de la constance, que la France a pris dans son rapport avec le continent africain depuis près de 8 ans. C’est ce chemin que le Président de la République française emprunte en menant cette semaine une nouvelle longue tournée africaine qui le mènera de l’océan indien au golfe de Guinée au cours de 4 étapes stratégiques (Maurice, Afrique du Sud, Angola, Gabon).

On peut certes gloser à l’infini sur le caractère abouti ou inabouti de l’entreprise de rénovation annoncée en 2017. Mais personne ne peut contester la constance et la persévérance de la France dans la relation nouée avec le continent africain au cours des huit dernières années. Aucun autre leader politique, occidental ou non, n’a consacré autant de temps à la relation avec le continent africain et à ses homologues africains. Que ce soit par la régularité des visites sur le continent ou la densité des contacts dans toutes les enceintes internationales.

Retisser un réseau

Loin des prophéties déclinistes, la France a depuis 8 ans patiemment retissé un réseau d’interlocuteurs et de partenaires sur l’ensemble du continent et dans tous les domaines.  

Ce choix de la constance, la France ne l’a pas fait de manière désintéressée. Elle l’a fait car nous sommes nombreux – mais pas encore suffisamment – à avoir pris la mesure des transformations en cours sur le continent africain et de l’impératif pour la France de saisir cette immense opportunité qui est à nos portes : des milliers d’entrepreneurs africains qui bâtissent déjà de solides success stories en fintech, e-commerce, infrastructures, énergies renouvelables ou industries créatives.

Trop peu en sont conscients mais le taux d’activité entrepreneuriale en Afrique figure parmi les plus élevés au monde : plus d’un adulte sur cinq lance chaque année une nouvelle entreprise, et le continent produit des licornes comme Flutterwave, Jumia et Julaya !

L’Afrique est le continent du prochain cycle de croissance, où l’on trouve 7 des 10 économies les plus dynamiques au monde, soit un marché qui représentera 2,5 milliards d’habitants en 2050, un espace économique au potentiel d’intégration sans équivalent et disposant de l’essentiel des ressources critiques de la transition énergétique – cobalt, manganèse, cuivre. Sans elles, pas de batteries ni de véhicules électriques. Dans un monde où l’Europe doit réduire urgemment réduire ses dépendances stratégiques notamment à l’égard de l’Asie, l’Afrique est un partenaire indispensable.

Le bon choix

La France a également fait le pari que l’Afrique sera centrale dans la définition des nouveaux standards et normes internationales. Il suffit de regarder la carte des organisations internationales. Quel est le point commun entre l’OMC, l’UNESCO, l’OMS, l’OIT, et l’OIF ? Toutes sont dirigées par une personnalité africaine.

Alors, oui, la France a fait le bon choix, celui de l’engagement et de la fidélité au continent africain. En prenant le parti du long terme, celui de la constance plutôt que des circonstances, la France a montré sa volonté de développer des partenariats durables, fondés sur la confiance.

Cette constance est d’abord politique. La France a su être aux côtés de l’Afrique, y compris dans les moments les plus difficiles : lorsque la crise du Covid a failli l’exclure de l’accès au vaccin, c’est la France qui a plaidé et agi pour éviter cette mise à l’écart. Sur le plan diplomatique, Paris a défendu l’idée d’une représentation permanente de l’Union africaine au G20 et milite pour une meilleure place des pays africains dans les instances financières internationales.

Constance également dans le lien culturel, avec la restitution d’œuvres comme les trésors royaux d’Abomey au Bénin, ou l’exposition « Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui », à Cotonou puis à Paris et ailleurs, qui montre que les créateurs africains et ceux de la diaspora franco-africaine rayonnent, réinventent, s’exportent, et que la France en est partie prenante : la visibilité de la création africaine n’y a jamais été aussi importante !

Des raisons d’être optimistes

Et, bien sûr, constance économique, avec plus de 4 200 entreprises françaises qui restent implantées en Afrique, employant 700 000 personnes et des groupes comme Orange, Vinci, Bouygues, Meridiam, CMA CGM, EDF ou Canal+, qui investissent chaque année dans les infrastructures, les réseaux, l’énergie, la formation, les industries culturelles.

À l’heure où les États-Unis ont supprimé ou réduit la voilure de nombreuses coopérations, que l’Europe concentre son énergie sur la guerre en Ukraine, et que d’autres acteurs étrangers s’installent sur des logiques de puissance plus que de réciprocité – les promesses du programme chinois Nouvelle Route de la Soie restent encore peu suivies d’effets – la France fait tout l’inverse : elle conserve et renforce l’une des présences économiques les plus denses et les plus vivaces en Afrique.

J’en suis convaincue, nous avons toutes les raisons d’être optimistes : le résultat de cette constance, c’est l’incroyable dynamisme des réseaux tissés par les entrepreneurs, les artistes, les étudiants, entre la France et l’Afrique !

J’ai moi-même pu le constater lors de l’Africa Day à Paris le 4 octobre dernier, organisé par la French-African Foundation : grands patrons africains, dirigeants de banques panafricaines, entrepreneurs de la diaspora et jeunes leaders se sont réunis pour penser l’avenir – et ils ont tous exprimé leur envie de resserrer leurs liens avec la France.

Ce tissu, fait de jeunes leaders franco-africains, de diasporas enracinées des deux côtés de la Méditerranée, d’entreprises africaines qui investissent en France autant que l’inverse, constitue la grande force tranquille de la relation. Il prouve que, quand certains observateurs prophétisent la rupture, ceux qui entreprennent, créent et étudient tissent en réalité un lien plus solide, plus horizontal et plus durable que tous les grands discours.

Le futur Sommet Afrique-France à Nairobi 2026 sera le moment de vérité : organisé pour la première fois en Afrique de l’Est, il sera l’occasion de donner à voir l’incroyable vitalité du lien franco-africain, et le dynamisme de l’excellence africaine – et sous l’impulsion d’Emmanuel Macron, il s’est ouvert à tous les pays africains au-delà de la francophonie, aux entreprises et à la société civile, avec le souhait de faire du sommet la démonstration du renouveau des relations franco-africaines.

À nous désormais, responsables publics, entreprises, universités, artistes, diasporas, de donner toute sa force à ce pari, pour que dans vingt ans, l’on puisse dire non pas que la France a « perdu » ou « retrouvé » l’Afrique, mais que nous avons, ensemble, construit un avenir commun.

Nachouat Meghouar est directrice générale de la French African Foundation