Enfant des années 80, il a été biberonné aux consoles Nintendo, Sega, Sony et aux jeux d’arcade. « À Lagos, il y avait plusieurs salles où l’on pouvait aller jouer, certaines étaient même ouvertes toute la nuit », se rappelle Hugo Obi.

À cette époque, le jeune Nigérian était un aficionado parmi tant d’autres, loin de s’imaginer qu’il en ferait un jour son métier. Lancée en 2012, son entreprise Maliyo Games s’est depuis frayée un chemin dans l’univers ultra concurrentiel du jeu vidéo, suscitant l’intérêt de géants américains.

Raconter « nos propres histoires »

L’aventure d’Hugo Obi part d’un constat simple : « L’Afrique est un grand marché et il est important pour nous de créer du contenu qui nous ressemble », souligne-t-il. « Dans le jeu vidéo, notre continent est largement absent si ce n’est dans « Call of Duty » où il apparaît sous le prisme de la guerre. C’est à nous de raconter nos histoires et de mettre en avant notre culture, je perçois cela comme une opportunité ».

Hugo Obi a grandi au Nigeria entre deux univers : le village rural d’où sa famille est originaire dans l’État d’Anambra (sud-est) et la bouillonnante capitale Lagos où se trouve alors son internat. Lorsqu’adolescent, il feuillette Time magazine et Forbes, il se prend de passion pour l’univers de la tech et ses pionniers Steve Jobs, Michael Dell et Bill Gates. « J’ai d’abord voulu étudier l’informatique mais je me suis rendu compte que c’était en réalité le côté business de la technologie qui m’intéressait vraiment ». Après des études de finance à l’Université de Manchester, Hugo Obi ambitionne de rentrer au pays pour y lancer un projet novateur. « Nous étions dans l’ère de la démocratisation du smartphone et de l’Internet. L’industrie du jeu vidéo était elle aussi en forte croissance. Ce marché était encore inexploré en Afrique et c’était pour moi un défi excitant ».

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Production foisonnante

Hugo Obi lance Maliyo Games avec un objectif clair : développer des jeux ludiques en phase avec la réalité quotidienne des Africains.

Pour tester le marché, l’entreprise s’attaque au moustique, insecte vecteur d’une des maladies les plus mortelles du continent, le paludisme. « Mosquito Smasher » propose aux utilisateurs d’en exterminer un maximum en un temps record. Un premier succès qui conforte Maliyo Games dans sa stratégie.

L’entreprise développe ensuite une quarantaine de jeux mettant à l’honneur le folklore africain, les réalités urbaines ainsi que les cultures locales, à l’image d' »Aboki Run », jeu d’aventure en 3D explorant les croyances ancestrales ou « Whot King », adaptation du très populaire jeu de cartes nigérian, qui demeure à ce jour le plus gros succès de la société avec plus d’un million de téléchargements.

Au fil des ans, la renommée de Maliyo Games s’étend au-delà des frontières de l’Afrique, jusqu’aux grands studios américains. En 2024, Disney fait appel à l’entreprise nigériane pour développer le jeu inspiré de sa série Iwájú. Une exposition inédite pour Maliyo Games qui a imaginé un jeu autour de la cuisine pour mettre, une fois de plus, la culture nigériane à l’honneur.

Le travail de l’entreprise nigériane tape également dans l’œil d’Apple qui met en avant trois de ses productions sur son App Store, le 25 mai 2025, à l’occasion de la journée de l’Afrique.

Dépasser les frontières

À l’image de Maliyo Games, plusieurs studios ont émergé ces dernières années sur le continent, au Ghana, Cameroun, Kenya ou bien encore en Afrique du sud, considérée comme l’une des places fortes du jeu vidéo, proposant des contenus innovants, adaptés à une audience africaine. Leur nombre est estimé à 250 dont une soixantaine en Afrique de l’Ouest.

Mais les projets de ces entreprises peinent encore à attirer des investisseurs étrangers. Car s’il progresse de manière rapide, le marché africain du jeu vidéo, évalué à 2,3 milliard de dollars (2 milliards d’euros), demeure minime, rapporté au poids international du secteur, qui a dépassé en 2025 les 200 milliards (175 milliards d’euros).

Pour survivre, ses acteurs ont dû faire preuve d’ingéniosité. « Lorsque nous avons lancé notre structure, nous avions les idées, mais il était très difficile de trouver les compétences techniques au Nigeria », explique Hugo Obi. « Nous avons dû recourir à des prestataires en Europe de l’Est et en Inde. Puis, petit à petit nous avons commencé à former nos propres ingénieurs pour limiter les coûts et développer nous-même notre propre industrie », poursuit-il.

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Pour accélérer cette dynamique, l’entrepreneur a lancé en 2021 GameUp Africa, un programme de formation au développement auquel ont déjà participé plus de 2 000 personnes. Aujourd’hui, Maliyo Games compte 35 employés et produit ses projets en interne.

Fort de cette expérience, Hugo Obi cherche désormais à étendre ses partenariats à l’international.

« En Europe ou aux États-Unis beaucoup d’employés travaillent dans le jeu vidéo depuis 10, 15 ou 20 ans, mais en Afrique nous n’avons que quelques années d’expérience dans ce secteur. C’est pourquoi nous devons construire des ponts, pour bénéficier de cette expérience accumulée », explique le chef d’entreprise.

Hugo Obi espère également conquérir de nouveaux marchés, au-delà du continent africain.

Son prochain jeu, développé autour du thème de la mode, proposera pour la première fois un contenu culturel adapté en fonction de la zone géographique de ses utilisateurs. Une expérience « hyper-personnalisée », développée à l’aide d’outils IA, qui pourrait permettre à Maliyo Games, espère-t-il, de briser un nouveau plafond de verre.