Engagés dans la consolidation de leurs écosystèmes numériques, le Burkina Faso et le Nigeria cherchent à rapprocher leurs capacités dans plusieurs domaines stratégiques. Une mutualisation des infrastructures et des compétences pourrait contribuer à accélérer l’innovation et l’intégration numérique en Afrique de l’Ouest.
Le Burkina Faso et le Nigeria veulent donner une dimension plus concrète à leur coopération numérique. Les ministres chargés du numérique des deux pays, respectivement Aminata Zerbo/Sabané (photo, à droite) et Bosun Tijani (photo, au centre), se sont rencontrés le mercredi 12 août à Ouagadougou pour examiner plusieurs pistes de collaboration autour de la connectivité, de l’intelligence artificielle, des infrastructures publiques numériques, de la cybersécurité et du développement des compétences.
Les échanges entre ont notamment porté sur la possibilité de renforcer les infrastructures numériques entre les deux pays. Abuja a présenté son projet BRIDGE, qui prévoit le déploiement de 90 000 km de fibre optique en accès ouvert à travers le Nigeria. L’initiative vise à étendre le backbone national et à améliorer l’accès à Internet, avec des connexions transfrontalières envisagées avec plusieurs pays voisins.
Pour le Burkina Faso, cette perspective pourrait contribuer à renforcer la résilience de sa connectivité et à diversifier ses accès internationaux. Le pays, qui ne dispose pas d’un accès direct à la mer, dépend fortement de ses liaisons terrestres avec les réseaux des pays voisins. Une meilleure interconnexion avec les infrastructures nigérianes pourrait ainsi ouvrir une nouvelle voie pour les échanges de données et renforcer les capacités disponibles pour les entreprises et les services numériques.
La coopération ne se limite toutefois pas aux infrastructures. Les deux pays souhaitent également rapprocher leurs travaux sur l’intelligence artificielle, notamment pour développer des solutions adaptées aux réalités et aux langues africaines. Le Nigeria dispose déjà d’un écosystème technologique important et travaille notamment sur des initiatives nationales consacrées à l’IA, tandis que le Burkina Faso a adopté en 2026 une feuille de route visant à encadrer et développer les usages de cette technologie dans plusieurs secteurs.
Les infrastructures publiques numériques constituent un autre axe de rapprochement. Les échanges doivent notamment porter sur l’identité numérique et l’interopérabilité des systèmes, deux composantes susceptibles de faciliter la dématérialisation des services publics et les échanges numériques entre institutions. La cybersécurité figure également parmi les domaines retenus, alors que l’extension des infrastructures et des services numériques accroît parallèlement les besoins de protection des données et des réseaux.
Le développement des compétences complète ce dispositif. Les deux pays envisagent des échanges entre leurs programmes de formation et leurs écosystèmes de start-up afin de favoriser la circulation des compétences et l’émergence d’entreprises technologiques capables de se développer à l’échelle régionale. Pour le Nigeria, qui cherche notamment à former des millions de jeunes aux métiers du numérique à travers son programme 3MTT, cette coopération peut aussi constituer un moyen d’élargir les débouchés pour les talents formés.
Cette rencontre intervient après les premiers échanges entre les deux ministres en marge de la 7e session de la Conférence des plénipotentiaires de l’Union africaine des télécommunications, tenue à Abuja en juillet 2026. Ces discussions évoluent désormais vers des projets plus opérationnels, avec l’ambition affichée de définir une feuille de route et un calendrier de mise en œuvre.
Pour Ouagadougou et Abuja, l’intérêt de cette coopération réside surtout dans la possibilité de mutualiser des investissements et des compétences dans des domaines où les coûts et les besoins dépassent souvent les capacités d’un seul pays. La fibre transfrontalière pourrait en constituer le premier chantier concret, tandis que l’IA, les infrastructures publiques numériques et la formation pourraient progressivement élargir cet axe de coopération à l’ensemble de l’écosystème numérique ouest-africain.
Samira Njoya