Le développement du corridor stratégique reliant Abidjan à Ouagadougou a connu une accélération notable ces derniers jours. Un premier signal est venu de la Côte d’Ivoire avec l’octroi, en fin de semaine dernière, d’un financement de 200 millions d’euros destiné à la modernisation du tronçon Tafiré-Ferkessédougou de l’autoroute nationale A3. Dans le même temps, le Burkina Faso a lancé le 16 décembre dernier les travaux de construction de l’autoroute Ouagadougou-Bobo-Dioulasso.

Dynamique régionale

Ces deux projets s’inscrivent dans une dynamique d’intégration régionale en Afrique de l’Ouest, en renforçant la fluidité des échanges de biens et de marchandises entre le littoral ivoirien et les pays sahéliens enclavés.

Selon la Banque islamique de développement, qui apporte le financement du projet ivoirien, les travaux doivent améliorer une voie de communication jugée essentielle pour le commerce et la mobilité entre les régions du centre et du nord de la Côte d’Ivoire et les pays voisins sans accès à la mer. Réuni à Djeddah en Arabie saoudite, le conseil d’administration de l’institution a annoncé le 13 décembre l’approbation de cet investissement, sans préciser les modalités de mise à disposition des fonds.

L’axe Tafiré-Ferkessédougou joue un rôle central dans le transport de produits agricoles, de matériaux de construction et de biens de consommation courante entre le port d’Abidjan et l’hinterland sahélien, reliant le centre et le nord du pays avant de se prolonger vers la frontière burkinabè. Du côté du Burkina Faso, le président Ibrahim Traoré a confirmé que l’autoroute Ouagadougou – Bobo-Dioulasso serait réalisée sur fonds propres et en 2×4 voies. Si le montant total de l’investissement n’a pas été communiqué, une provision minimale de 200 milliards FCFA, soit 305 millions d’euros, a été inscrite au budget national de 2026.

Le Burkina Faso veut accélérer

Longue d’environ 332 km, l’autoroute Ouagadougou – Bobo-Dioulasso correspond à la section burkinabè de l’autoroute Yamoussoukro – Ouagadougou, elle-même intégrée au corridor Abidjan – Ouagadougou. Dans son allocution, le chef de l’État a insisté sur la nécessité d’achever les travaux dans les meilleurs délais, une prise de position qui renvoie aux retards accumulés côté burkinabè dans la réalisation de cet axe structurant.

Le projet figure pourtant dans le Traité d’amitié et de coopération entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, signé en 2008, avec environ 600 km de routes à construire au Burkina Faso et près de 700 km en Côte d’Ivoire. Au fil des années, des avancées significatives ont été enregistrées sur le territoire ivoirien, notamment avec la mise en service des sections Yamoussoukro – Tiébissou en 2022, puis Tiébissou – Bouaké l’année suivante.

Alors que la Côte d’Ivoire a quasiment achevé sa part des travaux, le chantier est longtemps resté à l’arrêt au Burkina Faso. En 2023, un mémorandum d’entente avait été signé entre Ouagadougou et la China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC) pour la construction de la route Ouagadougou – Bobo-Dioulasso, sans déboucher sur une mise en œuvre concrète. Le lancement des travaux cette semaine marque donc une étape attendue. Le projet relève de l’initiative présidentielle Faso Mêbo, dédiée au désenclavement des villes du pays, même si l’identité des entreprises chargées des travaux n’a pas été communiquée.

Intégration régionale renforcée

Les nouveaux développements autour du corridor Abidjan-Ouagadougou s’inscrivent dans un contexte de détente progressive des relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso. Ces dernières années, des tensions étaient apparues après le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et de la création de l’Alliance des États du Sahel, marquée par de fortes divergences politiques. Cette rupture, intervenue à la suite des coups d’État et des sanctions décidées par la CEDEAO, avait durablement crispé les échanges diplomatiques.

Début décembre, le gouvernement ivoirien a toutefois dépêché à Ouagadougou le ministre délégué chargé de l’Intégration africaine, Adama Dosso, afin de relancer le dialogue bilatéral. La CEDEAO a déjà indiqué en début d’année que, malgré la sortie formelle des trois pays de l’organisation, les dispositions commerciales restaient maintenues jusqu’à nouvel ordre. Les flux de marchandises demeurent ainsi arrimés à l’espace régional, et le corridor Abidjan -Ouagadougou pourrait en devenir un levier, en inscrivant un peu plus dans les infrastructures une coopération économique appelée à dépasser les lignes de fracture politiques.