Un homme de nationalité algérienne âgé de 43 ans qui a passé douze ans en prison pour faits de terrorisme se trouve aujourd’hui retenu contre son gré sur le territoire français dans l’attente de son expulsion.
PV
Par Pierre Victor
Publié le 14 août 2026 à 11h00
4 min · lecture
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Absurdité juridico-administrative s’il en est. Alors qu’on ne compte plus les cas où des individus sont visés par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans que celle-ci ne soit jamais exécutée, il arrive aussi que des étrangers désireux d’en partir soient retenus sur le sol national. C’est le cas de Tewffik Bouallag, ressortissant algérien né à Dreux (Eure-et-Loir) en 1983, passé par les rangs de l’État islamique entre 2013 et 2014 au sein de la Katiba Al-Bittar, une unité connue pour son important contingent francophone.
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Après avoir purgé une peine de douze années de réclusion criminelle, il a été libéré de prison le 10 avril dernier. En situation irrégulière, il se trouve depuis détenu en Centre de rétention administrative dans l’attente de son expulsion vers l’Algérie. Une expulsion qu’il sollicite et espère la plus rapide possible mais qui tarde faute de laisser-passer consulaire délivré par les autorités algériennes.
Libéré de ses « liens d’allégeance » avec la France
Ce n’est pas la première fois que Tewffik Bouallag se trouve aux prises avec les dispositifs réglementaires : binational franco-algérien jusqu’en novembre 2024, un décret ministériel l’a, à cette date et sur sa demande déjà, libéré de ses « liens d’allégeance » avec la France, selon la formulation officielle. Alors détenu à la prison centrale de Saint-Maur, dans l’Indre, il avait appuyé sa demande en adressant une lettre à la préfecture dans laquelle il écrivait notamment : « Je me suis jamais senti français et je le serai jamais ».
Contacté, l’homme revient auprès de Valeurs Actuelles sur cette affaire passée, en racontant avoir fait face à de nombreux obstacles au cours de cette procédure : « Comme ils n’avaient pas l’habitude de voir ça, ils ne savaient pas comment faire. J’ai été obligé de me battre pour perdre la nationalité. J’ai dû harceler la préfecture de Châteauroux. » Il ajoute : « Peut-être qu’ils prenaient ça pour de la provocation. »
En ce qui concerne sa situation actuelle, il assure avoir sollicité à plusieurs reprises les services administratifs en anticipant les démarches à effectuer bien avant sa sortie de prison. Il dénonce au passage l’impréparation de l’administration : « Ils se sont réveillés à quatre mois de ma sortie ». Une première demande de laisser-passer consulaire aurait été émise le 2 mars, et une procédure de départ volontaire signée le 1er juillet. Sans que l’Algérie ne fournisse pour l’heure de réponse. Une impasse … jusqu’à quand ?
Sollicité, Me Romain Ruiz, l’avocat de Tewffik Bouallag, défend auprès de Valeurs Actuelles son client en soulignant la cohérence de sa démarche, avant de faire valoir l’originalité de son cas : « qui met au défi les logiques administratives ». Il regrette le caractère automatique de la décision d’OQTF, expliquant que sans elle, son client serait déjà reparti de lui-même. Il aurait ainsi manqué à cause de se rétention administrative un rendez-vous au consulat d’Algérie, où il devait aller traiter sa demande de passeport. Tewffik Bouallag annonce à ce sujet à Valeurs Actuelles un second rendez-vous programmé pour le 19 août au Consulat d’Algérie à Nanterre, et ajoute : « C’est moi qui dois faire les démarches vu que les autorités françaises font rien, comme d’habitude. »
« Je ne suis pas un repenti, je ne suis pas un déserteur, je n’ai jamais regretté les faits »
L’avocat rappelle aussi que ce cas singulier intervient dans le cadre d’une relation diplomatique particulièrement dégradée entre la France et l’Algérie. Il en fait porter toute la responsabilité sur l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et dénonce « une politique inconséquente et inefficace », oubliant par là les blocages antérieurs qui avaient conduit l’actuel prétendant à l’Élysée à opter pour le rapport de force avec Alger.
L’avocat de Tewffik Bouallag résume pour finir les deux issues possibles dans ce dossier : « Soit les autorités algériennes reprennent la délivrance de laissers-passer, soit on persiste et on va le retenir pendant presque un an ». En effet, le délai maximal de rétention en CRA prévu est de 90 jours mais peut être étendu jusqu’à 180 voire 210 jours dans le cas de personnes condamnées pour des faits de terrorisme.
Si la mesure d’éloignement n’est pas exécutée d’ici-là, et s’il ne fait pas l’objet d’une assignation à résidence, Tewffik Bouallag pourrait donc bientôt se trouver libre sur le sol français. Une perspective qui inquiète, dans le cas d’un homme en totale rupture idéologique avec la nation et qui confie : « Je ne suis pas un repenti, je ne suis pas un déserteur, je n’ai jamais regretté les faits » avant de réaffirmer son allégeance inconditionnelle à Daech.
Provocation de plus ? Le terroriste aurait selon ses dires averti les autorités du risque qu’elles prenaient en le maintenant sur le territoire. Il nous assure avoir ainsi déclaré devant un juge : « Laissez-moi en France et vous prenez votre responsabilité. Faudra pas pleurer quand il y aura un fait divers. »
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