Alors, que faire ?

Consommer local, autant que possible. Mais là encore, il ne suffit pas de demander au Sénégalais de consommer local si le produit local est inaccessible ou si sa qualité et sa disponibilité ne sont pas garanties. Consommer local doit être un choix patriotique, certes, mais également un choix économiquement rationnel.

Nos éleveurs doivent pouvoir produire davantage de lait. Nos agriculteurs doivent pouvoir écouler leur mil, leur riz, leurs fruits et leurs légumes à des prix rémunérateurs.
Nos transformateurs doivent disposer d’énergie, de financement, de chaînes du froid et d’infrastructures adaptées. Nos pêcheurs doivent pouvoir travailler dans des conditions dignes. Et surtout, le producteur doit gagner correctement sa vie sans que le consommateur soit étranglé au bout de la chaîne.
C’est là toute la difficulté : le producteur ne doit pas être pauvre et le consommateur condamné à payer cher.

La question de l’endettement public complique évidemment la situation. Un État fortement contraint financièrement dispose de moins de marges pour subventionner durablement les prix, soutenir les producteurs ou amortir tous les chocs extérieurs.

La réponse à la vie chère ne peut donc pas être exclusivement budgétaire. Elle doit être structurelle : produire davantage, transformer davantage, importer intelligemment, réduire les dépendances et améliorer la productivité.

Quant à nos députés, le temps est venu de leur demander autre chose que des discours. Le Parlement doit être l’endroit où l’on débat réellement du prix du riz, du lait, du pain, du transport, du logement, de l’électricité, des médicaments et du pouvoir d’achat.

Le député n’est pas seulement le représentant d’une majorité ou d’un parti : il est aussi le porte-voix du citoyen qui peine à remplir son panier.

Il serait cependant injuste de transformer cette exigence légitime en procès indistinct contre l’ensemble des parlementaires. La question pertinente est plutôt celle de l’efficacité et de la responsabilité de l’institution. Si la représentation nationale doit être rationalisée, cela doit se faire sur la base d’une réflexion sérieuse sur le nombre de députés, leur travail législatif, leur présence, leurs moyens et leur capacité à contrôler effectivement l’action gouvernementale. Car pendant que les institutions discutent, le peuple, lui, paie.

Il paie au marché. Il paie à la boutique. Il paie à la pompe. Il paie son loyer. Il paie ses factures. Et depuis ce samedi 15 août, il doit en plus composer avec une hausse du prix des carburants, qui risque mécaniquement de peser sur le transport et les coûts de distribution.
La situation commande donc davantage qu’une communication politique. Elle appelle une véritable politique nationale du pouvoir d’achat.

Il faut connaître les prix, comprendre leur formation, surveiller les marges, contrôler la qualité, renforcer la concurrence, soutenir la production nationale et sanctionner les abus lorsqu’ils sont établis. Il faut également rendre régulièrement publics les résultats des contrôles afin que le consommateur sache que l’État veille réellement sur lui.

La vie chère n’est pas une fatalité. Elle est le résultat d’un système économique complexe, mais un système peut être corrigé.

Dakar ne doit pas devenir une capitale où certains produits importés coûtent plus cher qu’à Paris tandis que les produits locaux demeurent eux-mêmes inaccessibles à une grande partie de la population. Le Sénégal possède suffisamment de terres, de producteurs, de pêcheurs, d’éleveurs, de transformateurs et de talents pour construire une économie moins dépendante et plus protectrice.

Il faut maintenant que l’État regarde la réalité en face.
Parce qu’au-delà des chiffres, des statistiques et des tableaux Excel, il y a une famille devant un étal, une mère devant une caisse de supermarché, un père qui calcule son salaire avant de remplir son panier et un jeune ménage qui renonce chaque jour à quelque chose pour parvenir à la fin du mois.

C’est pour eux que la bataille contre la vie chère doit devenir une priorité nationale. Et c’est à l’État, aux entreprises, aux producteurs, aux parlementaires et aux consommateurs de prendre chacun leur part de responsabilité.
Le peuple n’attend plus des promesses : il attend que son panier respire.