Les premiers soupçons de Teixeira Cândido remontent à 2022, lorsque le bureau du syndicat est cambriolé à trois reprises en autant de mois. D’autres journalistes, dont le directeur du Jornal Expansão, Joao Armando, et Raquel Rio, alors correspondante de l’agence portugaise Lusa, sont également victimes de faits similaires, à leur domicile, la même année. Dans chaque cas, les ordinateurs du syndicat et des journalistes ont été volés. 

Adieu les sujets sensibles, bonjour les rencontres physiques

Depuis ses révélations, Teixeira Cândido a pris des mesures de précaution au sujet de son identité numérique. Ce dernier ne parle plus de sujets sensibles au téléphone ou par messagerie, il privilégie désormais les rencontres physiques. Quelques journalistes angolais dans la confidence ont également modifié leurs habitudes, par crainte d’être surveillés. 

Evaristo Mulaza, directeur général du journal Valor Economico et de la Radio Essencial, également proche de Teixeira, estime que ces révélations “ne font que confirmer les soupçons qui ont toujours existé au sein de la communauté des journalistes angolais”. S’il n’a pas encore pris de “mesures exceptionnelles”, il fait désormais attention au type d’informations échangées par SMS ou par appel téléphonique.

Des traces d’utilisation du logiciel repérées par plusieurs institutions

Si l’infection du téléphone de Teixeira Cândido est une triste première en Angola, plusieurs organisations avaient alerté sur la probable utilisation de Predator dans le pays. Dans un rapport publié en octobre 2023, Amnesty International estimait que “des clients actifs ou des personnes ciblées se trouvent probablement en Angola”. Un avis alors partagé par la société spécialisée dans la cybersécurité Sekoia le même mois. Celle-ci  avance, en février 2024, que Predator est toujours actif dans le pays, avec un renforcement de la sécurité opérationnelle. Bis repetita sept mois plus tard, lorsque l’Insikt Group, une filiale de l’entreprise américaine du domaine de la cybersécurité Recorded Future, révèle une nouvelle architecture “associée à un ou plusieurs clients de Predator en Angola”.

 

Pour lire le rapport technique d’Amnesty International, cliquez sur ce lien

Initié en juillet 2022, le Digital Lab de RSF est conçu pour mener des analyses poussées sur les appareils de journalistes qui suspectent faire l’objet d’une surveillance numérique.