Lagos a accueilli cette semaine la quatrième édition du Nordic Nigeria Connect, confirmant le rôle du Nigeria comme pôle clé du partenariat technologique entre l’Afrique et les pays d’Europe du Nord. Réunis le 21 octobre, la Finlande, l’Estonie, la Suède, la Norvège et le Danemark ont réaffirmé leur engagement en faveur de l’innovation et de la transformation numérique sur le continent.
Un partenariat danois axé sur la numérisation et les talents
Le Danemark a signé avec le géant ouest-africain un protocole d’accord portant sur la numérisation, l’innovation et le développement de l’intelligence artificielle. Il est question de renforcer l’accès au haut débit et de créer davantage d’opportunités pour les talents nigérians de la tech, en collaboration avec les entreprises danoises.
Selon Bosun Tijani, le ministre nigérian des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique, le Danemark a déjà débloqué 12 millions d’euros pour soutenir un programme national d’employabilité. Baptisé 3 Million Technical Talent (3MTT), il vise à former 3 millions de jeunes d’ici 2027 dans 12 domaines techniques allant du développement de logiciels à l’apprentissage automatique.
« Le Danemark est réputé pour son innovation numérique, et nous sommes impatients d’adapter certains de ses modèles efficaces à la prestation de services publics au Nigeria. Nous voyons également des opportunités pour nos jeunes de contribuer à la croissance économique du Danemark et de tirer des enseignements de ses meilleures pratiques en matière de technologie et d’innovation », a déclaré Tijani.
L’Estonie, moteur de la coopération numérique nordique
L’ambassadeur de l’Union européenne au Nigeria, Gautier Mignot, a annoncé le soutien de Bruxelles à la construction de l’infrastructure digitale de l’État ouest-africain, un appui qui s’appuiera sur l’expertise technologique de la Finlande, mais aussi de l’Estonie. Ce dernier pays se distingue particulièrement par son rôle de premier plan dans les partenariats d’innovation avec les États africains, multipliant les initiatives de coopération numérique sur le continent.
L’Estonie partage son expérience de digital State avec plusieurs gouvernements africains désireux de moderniser leur administration et d’améliorer la gouvernance des données. En Afrique de l’Ouest, le Bénin a bénéficié de l’appui de l’e-Governance Academy Foundation, une organisation estonienne à but non lucratif, pour la mise en place du cadre d’interopérabilité de l’administration électronique, du portail national des services publics et d’une plateforme d’échange de données reposant sur la technologie X-Road.
Développée en open source, X-Road constitue l’ossature du modèle d’État numérique estonien. Ce système sécurisé relie les registres publics et les bases de données, permettant aux administrations d’échanger des informations en temps réel tout en préservant la confidentialité. Chaque institution conserve ses propres systèmes, mais X-Road assure l’interopérabilité et la traçabilité des échanges.
Cette approche s’est étendue à d’autres pays. En septembre 2025, la société estonienne Cybernetica, partenaire technique du projet béninois, a aussi signé un contrat avec la Société nationale de développement informatique (SNDI) de Côte d’Ivoire pour créer une couche d’échange sécurisé des données. Là aussi, l’objectif est de permettre aux administrations ivoiriennes d’échanger automatiquement des informations en temps réel.
« Finies les longues et fastidieuses procédures administratives où les citoyens sont invités à fournir des documents déjà détenus par l’État », a déclaré Ibrahim Kalil Konaté, le ministre ivoirien de la Transition numérique et de la Numérisation, précisant que cette réforme s’inscrit dans la stratégie nationale de développement numérique visant à faire de la nation éburnéenne un pays « sans papier » d’ici 2030.
Selon Gautier Mignot, « l’Union européenne s’appuiera sur l’expertise de la Finlande et de l’Estonie, qui disposent d’infrastructures numériques avancées, pour accompagner la construction de l’infrastructure numérique du Nigeria ». Il précise que la solution identifiée par le ministre Bosun Tijani repose sur le modèle X-Road, « le modèle global et la technologie qui relient l’ensemble du secteur public, y compris les utilisateurs ».
Une présence largement répartie sur le continent
La présence estonienne dans le secteur africain du numérique s’étend à l’ensemble des régions du continent. L’Association estonienne des technologies de l’information et des télécommunications (ITL) a signé en 2020 un partenariat avec la Commission des sciences et de la technologie de l’Afrique de l’Est (EASTECO), pour ouvrir aux entreprises du pays nordique les marchés du Kenya, du Rwanda, de l’Ouganda, de la Tanzanie, du Burundi et du Soudan du Sud. Cette coopération vise à favoriser les transferts de savoir-faire en matière de gouvernance numérique, et à stimuler les exportations technologiques de Tallinn vers la région.
En octobre 2023, le Centre estonien pour le développement international (ESTDEV) a lancé en Tanzanie le projet Digital4Tanzania, financé à hauteur de 2 millions d’euros par l’Union européenne. Ce programme soutient la réforme de l’administration en ligne et la connectivité, tout en renforçant les compétences locales en cybersécurité et en protection des données.
La société Datel, spécialisée dans les technologies géospatiales, a quant à elle conclu en octobre 2025 un partenariat avec Digital Afrique Telecom pour déployer des solutions de suivi satellitaire et de cadastre numérique à travers plusieurs pays africains. Le projet vise la modernisation de l’administration foncière, la détection des constructions illégales et la surveillance de l’exploitation minière artisanale, afin d’aider les gouvernements à mieux mobiliser leurs recettes et planifier un développement durable.