Le groupe bancaire UBA du milliardaire nigérian Tony Elumelu, a annoncé cette semaine le lancement d’une plateforme dédiée aux Africains vivant à l’étranger, avec l’ambition explicite d’aller au-delà du simple envoi d’argent. L’établissement veut proposer à la diaspora un dispositif intégré permettant de gérer à distance ses finances et d’investir sur le continent.
Selon les détails disponibles, la plateforme a été lancée en collaboration avec plusieurs partenaires comme United Capital, Africa Prudential, UBA Pensions, Afriland Properties, Heirs Insurance Group et Avon Healthcare Limited. Elle regroupe des services bancaires classiques, des solutions d’investissement, des produits d’assurance, des dispositifs d’épargne retraite, ainsi que des opportunités immobilières. L’objectif est de permettre à un Africain résidant à Paris, Londres ou New York, de ne plus se limiter à transférer de l’argent à ses proches, mais de placer une partie de son épargne dans des actifs situés en Afrique, dans un cadre formalisé.
« Le capital de la diaspora n’est pas seulement un flux financier : c’est un partenaire stratégique de croissance pour l’Afrique. Notre rôle est de fournir une plateforme fiable qui transforme ces capitaux en investissements structurés et en prospérité partagée sur le continent », a déclaré Anant Rao, chef de la division diaspora de UBA.
Un enjeu central pour les économies africaines
Cette initiative survient dans un contexte où les envois de fonds jouent un rôle déterminant dans plusieurs économies africaines. En 2023, les transferts vers l’Afrique subsaharienne ont atteint environ 54 milliards USD (environ 45,6 milliards d’euros) selon la Banque mondiale. Ce montant dépasse celui des investissements directs étrangers (IDE) captés par la région la même année, et constitue une source de financement relativement stable. Quelques années plus tôt en 2017, il totalisait 42 milliards USD (environ 35,5 milliards d’euros) d’après la même source.
Le Nigeria a reçu près de 19,5 milliards USD (environ 16,5 milliards d’euros), le Ghana environ 4,6 milliards USD (environ 3,9 milliards d’euros), et le Kenya plus de 4 milliards USD (environ 3,4 milliards d’euros). Dans certains pays de taille plus modeste, ces flux représentent plus de 20% du produit intérieur brut. L’essentiel des transferts est cependant consacré aux dépenses courantes comme l’alimentation, la santé ou l’éducation. Peu de pays parviennent à orienter une part significative de ces fonds vers des investissements productifs.
Depuis plusieurs années, des institutions internationales appellent à une meilleure mobilisation de l’épargne issue de la diaspora. Les défis sont multiples. D’une part, réduire les coûts de transfert, qui restent parmi les plus élevés au monde en Afrique subsaharienne. D’autre part, intégrer davantage ces flux dans les circuits financiers formels afin d’en orienter une partie vers l’investissement productif, plutôt que vers la seule consommation. Une telle évolution suppose l’existence de produits crédibles, d’un cadre réglementaire clair et de marchés financiers capables d’absorber ces capitaux dans des conditions de transparence et de liquidité suffisantes.
La plateforme lancée par UBA s’inscrit dans cette tentative de structuration. Elle vise à offrir des supports d’investissement accessibles à distance et intégrés au système bancaire. Reste que la conversion de fonds destinés au soutien familial en capital d’investissement dépendra de plusieurs facteurs. La perception du risque, la stabilité macroéconomique, la liquidité des marchés financiers africains et la qualité de la gouvernance seront déterminantes.