Fécondité en chute libre, vieillissement en accélération : ce que la nouvelle étude de l’Ined révèle pour les décideurs et les investisseurs de la région
Le Maghreb a mis moins d’une génération à basculer d’une fécondité parmi les plus élevées de la planète à des niveaux que l’Europe a mis un siècle à atteindre. Cette mutation, longtemps lue comme une réussite sanitaire et sociale, devient aujourd’hui une variable économique de premier plan. Moins de naissances signifie, à terme, moins d’actifs, plus de retraités et une pression accrue sur les systèmes de retraite, de santé et de financement public.
Pour les investisseurs et les décideurs économiques de la région, comprendre cette trajectoire n’est plus un exercice académique, c’est un préalable à toute stratégie de long terme.
C’est ce que documente avec précision l’étude « Une fécondité historiquement basse au Maghreb », publiée en mai 2026 par l’Institut national français d’études démographiques (Ined). On y retrace, données officielles à l’appui, l’évolution de l’indice synthétique de fécondité (ISF) en Algérie, au Maroc et en Tunisie depuis 1990, un indicateur qui mesure le nombre moyen d’enfants qu’aurait une femme tout au long de sa vie aux taux observés une année donnée.
Ce panorama, construit à partir des données associées à l’étude de l’Ined, condense 35 ans de bascule démographique. Le seuil de remplacement de 2,1 enfants par femme, longtemps considéré comme un plancher naturel dans la région, est aujourd’hui franchi par le bas dans les trois pays.
Trois trajectoires, un même point d’arrivée
L’apparente convergence des années 1990 a cédé la place à des parcours nationaux très différents. La Tunisie a été la première à atteindre le seuil de remplacement, dès 1999, avant de connaître un rebond modéré jusqu’à 2,4 enfants par femme en 2014, puis une rechute brutale : 1,58 en 2023, avec une estimation à 1,53 pour 2024 selon l’étude.
L’Algérie a connu un rebond bien plus ample, dépassant 3 enfants par femme au milieu des années 2010, porté par un véritable boom des mariages, avant d’amorcer sa propre décrue depuis 2017. Le Maroc, à l’inverse, n’a jamais connu de rebond puisque sa baisse est continue et régulière depuis les années 1990, jusqu’à passer sous le seuil de remplacement en 2024, avec un indice de 1,97. Trois calendriers, donc, pour une même destination à savoir des niveaux de fécondité bas en Algérie, très bas au Maroc et en Tunisie.
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