Les habitants d’Ayetoro, dans le sud du Nigéria, voient petit à petit leur ville engloutie par l’Atlantique. Certaines familles ont été déplacées à trois reprises depuis le début de la montée des eaux.
«Nous marchons sur les maisons des gens», prévient Akingboye Thompson, pêcheur de 35 ans dans la ville d’Ayetoro. Située au sud du Nigéria, cette ville de 10.000 habitants fondée en 1947 par une groupe de chrétiens compte une par une ses maisons englouties par la montée de l’Atlantique.
De 100 pièces à une douzaine…
Depuis le début des années 2000, l’érosion côtière s’est petit à petit intensifiée à Ayetoro d’après les experts. Selon une étude de l’urbaniste nigérian Barnabas Ogirima James, entre 1987 et 2022, le littoral a reculé de 15,6 mètres en moyenne par an.
«Mon palais comptait autrefois 100 pièces. Il n’en reste qu’une douzaine environ», déplore à l’AFP Oluwambe Ojagbohunmi, roi traditionnel d’Ayetoro. En avril dernier, une tempête a fait monter les eaux encore un peu plus. Ce qui a empêché les occupants du palais de sortir pendant plus d’une semaine.
L’érosion va se poursuivre
«Je suis devenu un réfugié depuis que j’ai perdu la maison de mon père en 2019, envahie et détruite par l’océan. Certaines familles ont dû changer de maison trois fois ou plus à cause de la catastrophe que nous vivons», se désole Akingboye Thompson. Les rues sont désormais parsemées de déchets plastiques et de maisons de bois et de tôle reliées par des passerelles surélevées.
D’après Oluwasegun Babatunde Esan, chercheur en architecture du paysage à l’Université de Lagos et collaborateur de l’université de Harvard, l’érosion sur les 850 kilomètres de littoral nigérian devrait se poursuivre si la pression foncière et les activités polluantes ne sont pas plus réglementées. Pour lui, il faut absolument mettre en place plus de barrières naturelles comme des mangroves ou des cocotiers.
Impacts sur la santé et l’éducation
La ville d’Ayetoro a reçu des aides matérielles d’agences gouvernementales et d’ONG jugées insuffisantes par les habitants. L’eau monte jusqu’à atteindre les fenêtres du seul centre de santé de la commune. Par la même occasion, le nombre de patients pris en charge augmente à cause de l’eau utilisée.
L’éducation aussi est fortement impactée selon Sunday Akinjoye, enseignant : «Les écoles ont été déplacées plusieurs fois, tout comme leurs maisons. Physiologiquement, cela les affecte. Leur capacité de concentration pendant les heures de classe diminue considérablement».