Combien d’Ukrainiens ont rejoint l’Alsace depuis 4 ans et quels sont les autres liens qui relient la région à votre pays ?
« Il n’existe pas de statistiques exactes, les arrivées n’étant pas enregistrées, mais j’estime qu’il y a actuellement au moins 5 000 Ukrainiens, principalement des femmes et des enfants, qui vivent actuellement en Alsace. Certains territoires de par leur position géographique sont des monnaies d’échange pendant les conflits. En Alsace, vous comprenez cela. Nous aussi. Vous comme nous avons vécu des batailles sur nos terres pendant les deux guerres mondiales. Dans un tout autre registre, un autre point commun entre l’Alsace et l’Ukraine est le vin. J’ai emmené en Ukraine le vigneron de Heiligenstein, Daniel Ruff, qui a été très étonné par la qualité de nos caves. Nos domaines se situent principalement dans le sud de l’Ukraine, dans les régions d’Odessa, de Kherson, de Mykolaiv, ainsi qu’en Crimée temporairement occupée par la Russie. Beaucoup souffrent de la guerre comme le célèbre domaine Shabo, mais les dégâts sont très vite réparés et la production se poursuit malgré tout. »
« Un moyen pour nous de résister est l’accès à la culture »Il en va de la viticulture comme de la culture. Deux activités qui illustrent la résilience ukrainienne…
« C’est ce qu’on appelle la mentalité de la vitre cassée. Prenez la ville de Kharkiv, située à 35 km de la frontière russe : cela aurait dû être une proie facile pour les Russes, mais à chaque attaque ou bombardement on répare de suite les dégâts et la ville continue à vivre. Un moyen pour nous de résister est l’accès à la culture. Depuis le déclenchement de la guerre, on a observé une hausse de 30 % de fréquentation dans les musées et les théâtres. Certaines pièces du théâtre national Ivan Franko à Kyiv affichent complet jusqu’à la fin de l’année. La culture est un refuge mental et une arme de résistance, ce qui en fait aussi une cible pour les Russes. Depuis le début des hostilités, qui pour moi remontent à 2014 avec le Donbass, les Russes ont endommagé 1 630 sites patrimoniaux dont 36 ont été totalement détruits. 2 437 infrastructures culturelles comme les théâtres, cinémas, etc., ont été aussi touchés. 498 sont totalement détruits. C’est une forme de génocide. Ils s’en prennent aussi à la langue : quand ils mettent la main sur une bibliothèque, tous les livres en ukrainien sont détruits. »
« Les recettes du concert aideront au financement d’un bloc opératoire mobile proche du front »Un concert caritatif est programmé mardi 24 février à Strasbourg. Dans quel esprit est orchestré cet événement ?
« Le Kyiv Camerata, dirigé par Keri-Lynn Wilson, cheffe d’orchestre canadienne aux origines ukrainiennes, tourne depuis 2022 dans beaucoup de villes ukrainiennes pour remonter le moral du pays. Mais cet ensemble joue aussi à l’extérieur pour les dates commémoratives. Les recettes du concert aideront au financement d’un bloc opératoire mobile proche du front ; elles alimenteront aussi l’opération #WarmthForUkraine pour l’envoi de générateurs électriques et combler ainsi les déficiences du système énergétique visé par les Russes. Mais au-delà de cet aspect caritatif, ce concert vise aussi à donner un peu de force à ceux qui vivent loin de leur pays et participe ainsi d’une forme de diplomatie culturelle qui à Strasbourg s’est déjà concrétisée avec les “Étagères de livres ukrainiens” à la BNU ou encore l’audioguide ukrainien au Palais Rohan. »