La nécropole thébaine, située face au Louxor, compte plus de 400 tombes. Une partie de l’une d’entre elles, la chambre 3 de la tombe TT 209, vient de faire l’objet d’une étude approfondie par des archéologues espagnols. Cet espace a été utilisé à plusieurs reprises entre sa construction sous la XXVe dynastie, à partir du VIIIe siècle avant notre ère, jusqu’à son abandon avant la chute du royaume lagide ou ptolémaïque, de 320 à 30 avant Jésus-Christ.

Dans leur rapport publié mardi 18 août par la revue Frontiers in Environmental Archaeology, Jared Carballo-Pérez et Miguel Ángel Molinero Polo indiquent avoir retrouvé sur place un total de « 16 individus humains momifiés », un chien momifié ainsi que les restes d’au moins quatre autres personnes.

Des sépultures soignées d’époque en époque

Loin d’être un simple amas de corps, cette chambre antique semble avoir été réorganisée à chaque fois qu’une nouvelle dépouille y était ajoutée. « L’étude détaillée des corps n’indique ni une accumulation chaotique ni une perte du rituel originel au fil du temps. Il existait plutôt une logique spatiale où chaque nouveau dépôt était adapté à la présence des corps précédents. Une sorte de mémoire funéraire dans les processus de réutilisation », explique Jared Carballo-Pérez au site Phys.or.

Les premières personnes enterrées dans cette partie de la tombe ont occupé des espaces séparés. Certaines reposaient dans des cercueils, accompagnées de filets funéraires, d’amulettes et d’objets précieux, « tels que le contenu d’amphores phéniciennes, dont un grand nombre a été retrouvé à proximité », ce qui laisse entendre que les plus anciens défunts auraient appartenu à une classe sociale élevée.

Avec les siècles, non seulement les pratiques changent, mais l’espace disponible se fait plus rare. À partir de la fin de la XXVe dynastie et durant la période perse (environ 680-404 avant Jésus-Christ), les corps sont installés dans le moindre espace restant. Les archéologues constatent une utilisation « beaucoup plus dense » de la chambre à ces moments. Certains membres sont aussi placés différemment, avec notamment des bras repliés alors qu’ils étaient auparavant étendus.

Un chien retrouvé enterré aux côtés d’un homme et d’une femme

Peu à peu, les dépôts individuels laissent également place à des superpositions verticales. Dans près des deux tiers des sépultures étudiées, plusieurs corps se retrouvaient ainsi directement les uns au-dessus des autres.

Puis, durant la période ptolémaïque, 4 momies humaines et un chien momifié ont été placés à leur tour les uns sur les autres dans le sud-est de la chambre. « Les corps inhumés en superposition verticale n’avaient pas de cercueil, mais ont été soigneusement inhumés. Il y a un détail que je trouve particulièrement beau : la présence d’un chien momifié placé directement au-dessus des momies d’un homme et d’une femme. Cela pourrait indiquer une relation étroite entre ces individus et l’animal, une idée avec laquelle il est assez facile de s’identifier », analyse Jared Carballo-Pérez.

La présence de l’animal pourrait aussi avoir une dimension religieuse, le chien ayant peut-être joué le rôle d’un « psychopompe » (du grec ancien psukhé, l’âme, et pompós, conducteur), celui qui accompagne les morts vers l’au-delà.