Producteur de brut depuis une quinzaine d’années mais toujours exposé aux pénuries de carburants, le Niger veut renforcer ses capacités de raffinage avec un projet à 1,6 milliard d’euros. Ce dernier s’inscrit dans un mouvement plus large en Afrique de l’Ouest, où plusieurs pays producteurs de brut veulent réduire leur longue dépendance aux importations.
Le Niger rejoint à son tour la course au raffinage engagée en Afrique de l’Ouest. Le pays a signé le 15 août un accord de 1,9 milliard de dollars (environ 1,64 milliard d’euros) avec le canadien Zimar pour une raffinerie de 100 000 barils par jour à Dosso. Avec la montée en puissance de la raffinerie Dangote au Nigeria et les nouveaux investissements au Ghana, au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, Niamey partage un même objectif : transformer davantage de brut dans la sous-région pour réduire une dépendance encore massive aux carburants importés.
Si l’Afrique de l’Ouest compte d’importants producteurs de pétrole sur le continent et même à l’échelle mondiale avec le Nigeria, les raffineries opérationnelles n’y sont pas légion. Si cinq pays disposent d’installations de transformation, en l’occurrence le Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Niger, leur capacité nominale approchait seulement 620 000 barils par jour avant l’entrée en service de la raffinerie Dangote, souligne S&P Global. L’installation du milliardaire nigérian, qui peut traiter 650 000 barils de pétrole brut par jour, a depuis augmenté considérablement cette capacité régionale mais sans régler le problème majeur : la plupart des raffineries ouest-africaines fonctionnent en deçà de leur capacité nominale. Ainsi, 69 % des 2,05 millions de tonnes d’essence échangées chaque mois en Afrique de l’Ouest en 2025 étaient encore importées, contre 31 % provenant des raffineries régionales.
Dangote n’est plus seul
Il y a certes eu un avant et un après dans le secteur énergétique ouest-africain avec Dangote. La raffinerie nigériane alimente déjà plusieurs marchés et sa montée en régime a réduit les flux de produits raffinés arrivant de l’extérieur. En mai 2026, les importations ouest-africaines de produits pétroliers propres avaient ainsi reculé de 23 % par rapport au mois précédent, rapporte toujours S&P Global. Mais le mouvement dépasse le Nigeria.
Au Ghana, l’effort porte sur deux fronts. L’Etat a engagé un programme de réhabilitation et de montée en puissance visant à restaurer et augmenter les capacités de traitement de Tema Oil Refinery, tout en œuvrant à porter de 40 000 à 100 000 barils par jour la capacité de Sentuo, une raffinerie installée dans la zone industrielle de Tema, près d’Accra. L’installation a commencé à recevoir du brut extrait du champ ghanéen Jubilee, donnant au pays la possibilité de transformer davantage de sa propre production plutôt que d’exporter le brut et d’importer ensuite des carburants.
Le Sénégal part d’une base plus modeste. La Société africaine de raffinage (SAR) exploite près de Dakar la seule raffinerie du pays, une installation ancienne qui traite environ 1,5 million de tonnes de brut par an. Le programme SAR 2.0 prévoit une nouvelle capacité de raffinage de 4 millions de tonnes par an. La Côte d’Ivoire projette pour sa part la construction d’une seconde unité de 170 000 barils par jour à San Pedro, en parallèle de la modernisation de l’installation de la Société ivoirienne de raffinage (SIR).
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Plus de raffineries, mais à quel prix ?
Dans les discours autour des projets de raffineries en Afrique de l’Ouest, la question de la souveraineté revient régulièrement pour justifier l’intérêt de ces investissements. « Cette raffinerie mettra fin à la dépendance du Niger vis-à-vis des approvisionnements provenant de l’extérieur », se félicitait ainsi le PDG du groupe Zimar, Benjamin Day Marc. Pour les consommateurs ouest-africains, le test sera pourtant à la pompe. Produire davantage dans la sous-région ne garantit pas mécaniquement un carburant moins cher. Le Nigeria en fournit déjà l’illustration, puisque la montée en puissance de Dangote et le recul des importations n’ont pas empêché les prix domestiques de réagir fortement aux tensions autour du détroit d’Ormuz. Le coût international du brut reste déterminant, auquel s’ajoutent le taux de change, les taxes, les coûts de distribution ou encore les marges.
Le surcroît de capacités pourrait d’ailleurs n’offrir qu’un répit. S&P Global estime que les importations régionales pourraient atteindre un point bas vers 2027, avec la pleine montée en régime de Dangote, avant de repartir à la hausse sous l’effet de la demande. C’est dans ce contexte que les régulateurs ouest-africains travaillent avec S&P Global Commodity Insights à un indice régional de référence pour les produits raffinés. L’objectif est de disposer de prix reflétant davantage les flux, la logistique et les réalités du marché ouest-africain, plutôt que de dépendre uniquement de références établies ailleurs.