Dans le cadre de la Stratégie nationale de gestion des risques 2020-2030, l’ONEE-Branche Eau lance une étude prospective pour sécuriser les systèmes d’eau potable du Grand Agadir face aux risques naturels et technologiques. Le but est d’anticiper la mise en œuvre de la Directive nationale sur la résilience des infrastructures critiques. À terme, un plan d’investissement et de continuité garantira le maintien d’un service vital minimal en toutes circonstances.
C’est dans le cadre d’une approche prospective que la Direction régionale de production Souss-Massa de l’ONEE-Branche Eau a lancé l’étude de résilience des systèmes d’alimentation d’eau potable (AEP) du Grand Agadir et centres liés. Le but est non seulement de renforcer la résilience de ces infrastructures critiques, mais aussi d’anticiper la mise en œuvre de la Directive nationale sur la résilience des IC et de ses principes fondamentaux, notamment l’approche par les risques, la proportionnalité et la responsabilité commune, outre la prise en compte des interdépendances. Inscrite dans le cadre de la Stratégie nationale de gestion des risques de catastrophes naturelles 2020-2030, notamment son neuvième programme lié au renforcement de la résilience des infrastructures critiques et son quatorzième programme concernant la mise en place de plans de continuité des activités et des services vitaux. Selon l’ONEE, la réalisation de l’étude permettra de passer d’une approche de sécurité corrective à une gestion préventive et proactive de la résilience. Il s’agit d’évaluer la capacité du système d’AEP (production, traitement, transport, stockage) à préserver sa fonctionnalité face aux chocs, à en atténuer les effets, à se rétablir rapidement et à s’adapter. Dans le détail, l’étude portera sur plusieurs volets. D’une part, l’identification des infrastructures critiques du système d’AEP et l’estimation de leur criticité pour la fourniture du service, ainsi que l’évaluation de la vulnérabilité de ces infrastructures face aux aléas naturels pertinents (inondations, séismes, glissements de terrain, tsunamis) et autres risques technologiques ou majeurs. Et, d’autre part, l’analyse des interdépendances critiques avec les autres secteurs, notamment l’énergie électrique, les télécommunications et le transport, dont la défaillance peut entraîner une paralysie du service de l’eau. À cela s’ajoute la définition d’un plan d’action hiérarchisé de renforcement de la résilience, incluant des mesures techniques, organisationnelles et financières ainsi que l’élaboration de plans de continuité d’activité et de gestion de crise visant à garantir un niveau de service minimal en toutes circonstances.
Le déploiement opérationnel autour de quatre missions
Le déploiement opérationnel de cette étude s’articule autour de quatre missions fondamentales, dont la première consiste en un diagnostic et un inventaire géoréférencé du patrimoine hydraulique à travers le recensement de l’ensemble des installations physiques, telles que les captages, les stations de pompage, les conduites et les réservoirs. L’intégration des données sous format de système d’information géographique (SIG) est une exigence pour garantir une compatibilité totale avec l’inventaire national des infrastructures critiques. Cette phase de terrain sera combinée avec les levés topographiques classiques par GPS différentiel de précision centimétrique et des acquisitions par drone. Le recours à la technologie aérienne vise à obtenir des ortho photos haute résolution, des modèles numériques de terrain (MNT) et de surface (MNS) permettant de localiser avec précision les tronçons de conduite, les chemins d’accès et les zones de servitude, même dans les secteurs les plus enclavés ou dangereux. L’inventaire portera aussi sur des systèmes stratégiques tels que les adductions de la production d’Agadir par dessalement ainsi que les autres infrastructures. Dans le détail, chaque composant sera analysé selon sa nature et son état apparent de fonctionnement. Cette base de données servira de socle à la seconde mission dédiée à l’analyse des risques en cartographiant l’exposition des infrastructures aux aléas prioritaires tout en évaluant les dépendances entrantes, comme l’alimentation électrique indispensable aux stations de traitement, et les dépendances sortantes, mesurant l’impact d’une rupture de service sur les hôpitaux, les industries et la protection civile, aboutissant in fine à l’élaboration d’une matrice des risques hiérarchisée selon la gravité des scénarios.
Plan d’action de la résilience et programme d’investissement
Sur la base de ces diagnostics techniques, un plan d’action sera conçu pour le renforcement de la résilience structuré par un programme d’investissement pluriannuel. Ce plan devra proposer des mesures concrètes et variées, s’inspirant des meilleures pratiques internationales, allant du confortement parasismique des structures existantes à la protection anti-inondation des sites stratégiques, sans oublier la mise en place de redondances hydrauliques via des interconnexions ou des sources alternatives. Au-delà des aspects purement constructifs, l’accent sera mis sur des mesures organisationnelles telles que les systèmes d’alerte précoce et le renforcement des contrats de maintenance. Une analyse coûts-bénéfices accompagnera chaque recommandation pour orienter les décisions financières de l’ONEE, en explorant notamment les pistes de financement nationales comme le Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles (FLCN) ou des solutions assurantielles spécifiques. En parallèle, la quatrième mission se concentrera sur la gestion de crise par l’élaboration de plans de continuité d’activité (PCA). L’objectif est de définir, pour chaque zone géographique du Grand Agadir, un «niveau de service minimal vital» à maintenir en cas d’événement majeur, en précisant les quantités d’eau et les points de distribution d’urgence. Des procédures opérationnelles seront édictées, incluant des protocoles de communication de crise interopérables avec les partenaires externes, tels que la Protection civile et les fournisseurs d’énergie. L’étude devra également planifier la gestion optimisée des stocks de pièces de rechange stratégiques et les moyens humains nécessaires pour un rétablissement rapide du service. Cette planification stratégique vise à transformer la réponse de l’ONEE face aux crises, en substituant à l’improvisation une coordination préétablie, garantissant ainsi la pérennité du service public de l’eau face aux défis environnementaux croissants de la région Souss-Massa.
Yassine Saber / Les Inspirations ÉCO
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