Du Cap à Saint-Cloud, en passant par Godomey, Douarnenez et Angoulême, notre semaine culturelle s’annonce dense, mobile et résolument panafricaine. Art et mémoire dialoguent au Zeitz MOCAA, la littérature béninoise gagne la scène, les cinémas africains s’imposent en festival, tandis que Djib et Mumbi interrogent les regards portés sur l’Afrique. À Benicàssim comme à Rock en Seine, reggae, hip-hop et soul redessinent aussi les frontières des grands rendez-vous européens avec une énergie nouvelle et contagieuse, à suivre de très près.

Du 15 au 22 août, le Festival de cinéma de Douarnenez consacre sa 48e édition aux « Marocs ». Films, archives, débats et voix diasporiques composent un portrait pluriel du royaume, loin des images touristiques et des récits coloniaux persistants aujourd’hui.

À Douarnenez, le pluriel est un parti pris. Pour sa 48e édition, du 15 au 22 août 2026, le Festival de cinéma a choisi de consacrer sa programmation principale aux « Marocs – MAROKO[Ù] ». Non pas un Maroc résumé à ses paysages, à ses médinas ou à une identité nationale uniforme, mais des territoires, des langues, des mémoires et des expériences parfois contradictoires.

Sur les 176 films programmés cette année dans les six sections du festival, 77 appartiennent au cycle « Les Marocs ». À ces projections s’ajoutent rencontres, débats, expositions, concerts et rendez-vous littéraires. Un tiers des séances sont accompagnées par des équipes de films ou des collectifs.

Depuis sa création en 1978, le festival breton s’attache aux peuples minorisés, aux langues, aux luttes sociales et aux cinématographies rarement mises en avant dans les grands circuits. L’édition 2026 poursuit cette ligne en interrogeant aussi la manière dont la France regarde un ancien territoire placé sous protectorat colonial entre 1912 et 1956.

Défaire le regard colonial

Le texte de présentation du festival annonce clairement son intention : ne pas réduire des cultures anciennes, mouvantes et hétérogènes aux représentations orientalistes héritées de la colonisation. La programmation donne ainsi une place importante à la darija, l’arabe marocain, et aux langues amazighes, reconnues comme langues officielles au Maroc depuis 2011.

Cette volonté de déplacer le regard traverse notamment la rétrospective consacrée à Ahmed Bouanani, figure essentielle du cinéma marocain moderne. Cinéaste, poète, romancier, dessinateur et monteur, Bouanani appartient à cette génération qui, après l’indépendance, cherche à inventer une image du pays affranchie des codes coloniaux. Son unique long métrage, Le Mirage, réalisé en 1979, côtoie à Douarnenez plusieurs de ses courts métrages et des œuvres consacrées à son parcours.

Le festival revient également sur l’expérience de jeunes Marocains partis étudier à l’École de cinéma de Łódź, en Pologne, à la fin des années 1960. Parmi eux figure Mostafa Derkaoui, dont le cinéma politique et expérimental allait profondément marquer la création marocaine.

Une autre séquence se penche sur la revue Souffles, fondée à Rabat en 1966 par Abdellatif Laâbi. Devenue un foyer majeur de création littéraire et de critique politique, elle fut interdite en 1972. Un documentaire sonore en cinq épisodes restitue cette effervescence à partir de textes, de témoignages et d’archives.

Des cinémas marocains entre générations et diasporas

Le Maroc de Douarnenez ne se limite pas aux grandes figures historiques. Le programme fait dialoguer plusieurs générations et accorde une place importante aux réalisatrices, aux artistes diasporiques et aux collectifs contemporains.

Un hommage est ainsi rendu à Dalila Ennadre, documentariste née à Casablanca et ayant grandi à La Courneuve, dont les films ont souvent donné la parole à des femmes et à des habitants laissés en marge des représentations dominantes. Les œuvres de Leïla Kilani, Yasmine Kassari, Izza Genini ou encore Randa Maroufi prolongent cette exploration de sociétés traversées par les questions de classe, de genre, de migration et de mémoire.

Le collectif Tizintizwa, quant à lui, apporte une écriture plus contemporaine, attentive aux territoires, aux langues et aux formes de résistance. Une carte blanche intitulée Filmer comme on parle résume presque à elle seule l’ambition de cette édition : faire du cinéma un lieu où les récits se construisent depuis ceux qui vivent les réalités filmées.

La manifestation est par ailleurs inscrite dans la Saison Méditerranée 2026, portée par les ministères français de l’Europe et des Affaires étrangères et de la Culture et mise en œuvre par l’Institut français. Cette saison, déployée du 15 mai au 31 octobre, entend précisément valoriser les identités plurielles, les diasporas, les migrations et la circulation des récits entre les deux rives.

À Douarnenez, cette Méditerranée prend donc le visage d’un Maroc impossible à réduire à une seule définition. Le cinéma en révèle les tensions, les héritages et les langues. Surtout, il permet à celles et ceux qui vivent ces « Marocs » d’en reprendre le récit.

Informations pratiques
Dates : 15 au 22 août 2026
Lieu : Festival de cinéma de Douarnenez, 29100 Douarnenez, Finistère
Projections : Le Club, La Balise, Auditorium du Port-Musée et amphithéâtre Saint-Blaise, notamment
Place du Festival : Parking du Centre, Douarnenez
Tarifs cinéma : 8 € plein tarif ; 6 € tarif réduit ; 4 € pour les moins de 14 ans
Programme complet et réservations : site officiel du Festival de cinéma de Douarnenez et billetterie en ligne
Contact : info@festival-douarnenez.com – 02 98 92 09 21
Thème 2026 : Les Marocs – MAROKO[Ù]
Label : Saison Méditerranée 2026 – Institut français

« Paris attendra » : à Godomey, le livre prend la scène (20-21 août)

À Godomey, la Foire littéraire « Paris attendra » transforme la présentation d’un roman en rendez-vous culturel ouvert. Autour d’Ezin Pierre Dognon, écrivain et slameur béninois, deux journées mêlent littérature, oralité, musique, théâtre et rencontres avec le public à Bénin Excellence Godomey.

Les 20 et 21 août 2026, la Bibliothèque Bénin Excellence de Godomey accueille la Foire littéraire Paris attendra, deux journées construites autour du nouveau roman d’Ezin Pierre Dognon. Organisé par la maison d’édition III Lumière avec le soutien des Livres Vidolé, le rendez-vous se déroulera de 9 h à 17 h et entend dépasser le cadre classique d’une présentation d’ouvrage.

Au programme sont annoncés des rencontres littéraires, des dictées, des stands d’auteurs et d’exposants, mais également de la musique, du théâtre, de la danse, de la mode et de la gastronomie. L’entrée est libre et gratuite. Cette diversité donne à la manifestation l’allure d’une petite foire culturelle où le livre sert de point de départ à une circulation entre plusieurs disciplines artistiques.

Un roman sur l’exil, l’arbitraire et le pouvoir des mots

Publié au printemps 2026 par III Lumière, Paris attendra suit De Medeiros, un homme dont le voyage vers la France s’interrompt brutalement à l’aéroport d’Abidjan. Arrêté et emprisonné, il se retrouve pris dans un engrenage où se mêlent injustice, corruption et incertitude. Depuis sa cellule, l’écriture devient son principal recours : il adresse une lettre à Samira, la femme qu’il aime, tandis que se dessinent les souvenirs, les désillusions et les choix qui ont marqué son parcours.

Le roman aborde ainsi l’exil sans en faire uniquement une affaire de déplacement géographique. Paris, annoncé par le titre, fonctionne aussi comme un horizon contrarié, celui d’une vie que le personnage pensait retrouver avant que l’arbitraire ne bouleverse sa trajectoire. L’œuvre interroge la justice, les rapports de pouvoir et la fragilité des individus lorsqu’ils se trouvent confrontés à des institutions qui leur échappent.

Le livre bénéficie d’une préface d’Olympe Bhêly-Quenum, grande figure des lettres béninoises. Ce compagnonnage littéraire inscrit le texte de Dognon dans une continuité entre générations d’écrivains, tout en soulignant les thèmes de l’exil et de l’ancrage qui traversent le récit. Paris attendra compte 102 pages dans son édition brochée et constitue le quatrième roman de l’auteur.

Quand le slam élargit le territoire du livre

La forme prise par la foire n’est pas étrangère au parcours d’Ezin Pierre Dognon. Connu également sous le nom de Myster Ezin, il partage son activité entre écriture, slam, recherche et musique. Docteur en musique et musicologie, il développe depuis plusieurs années un travail où la littérature rencontre l’oralité et le rythme.

Cette identité multiple explique en partie le choix d’une manifestation où l’écrivain ne reste pas assis derrière une table de dédicaces. Théâtre, danse ou musique prolongent ici le texte et peuvent attirer des publics qui ne fréquentent pas nécessairement les salons littéraires. La foire fait du livre un objet de rencontre plutôt qu’un domaine réservé aux seuls lecteurs habituels.

L’enjeu dépasse le lancement de Paris attendra. Dans un contexte où les professionnels africains du livre cherchent à élargir leurs espaces de diffusion et à rapprocher auteurs et lecteurs, la manifestation de Godomey expérimente une forme accessible de médiation culturelle. Les étudiants, enseignants, professionnels du livre et simples curieux sont invités à rencontrer directement les auteurs et exposants.

Le choix de la Bibliothèque Bénin Excellence renforce cette dimension. Pendant deux journées, un roman consacré à l’injustice et à l’exil devient ainsi le centre d’un événement plus vaste où littérature, scène et pratiques populaires se côtoient. Une manière, aussi, de rappeler que le livre peut trouver de nouveaux lecteurs lorsqu’il accepte de sortir de ses frontières habituelles.

Informations pratiques
Dates : 20 et 21 août 2026
Horaires : 9 h à 17 h
Lieu : Bibliothèque Bénin Excellence, Godomey, Bénin
Entrée : libre et gratuite
Organisation : III Lumière, avec le soutien des Livres Vidolé
Programme annoncé : rencontres littéraires, dictées, musique, théâtre, danse, mode, gastronomie, stands d’auteurs et d’exposants
Informations : Africultures et communications officielles de Myster Ezin

Au Cap, l’art et le cinéma face aux mémoires africaines (22-28 août)

Au Cchs par un symposium sur l’art, la mémoire et la libération, avant de poursuivre sa programmation panafricaine avec Difret, drame éthiopien sur la justice, les violences faites aux femmes et l’émancipation.

À quelques jours d’intervalle, deux rendez-vous résument une part essentielle du projet culturel porté par Zeitz MOCAA au Cap : relire l’histoire politique du continent par ses artistes, ses archives et ses images. Le 22 août 2026, le musée consacre une journée entière à Spring Is Rebellious: The Art & Life of Albie Sachs, exposition ouverte en juillet 2025 et qui s’achève le lendemain, 23 août. Puis, le 28 août, sa programmation se déplace au Labia Theatre pour une projection de Difret, du réalisateur éthiopien Zeresenay Berhane Mehari. Deux propositions distinctes, mais traversées par une même question : comment l’art intervient-il dans les combats pour la justice ?

Albie Sachs, une vie politique racontée par les œuvres

Figure majeure de la lutte contre l’apartheid, Albie Sachs fut avocat, militant, écrivain puis juge à la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud entre 1994 et 2009. Contraint à l’exil en 1966, il s’installa ensuite au Mozambique, où il enseigna le droit à l’université Eduardo Mondlane. En 1988, il survécut à Maputo à un attentat à la voiture piégée organisé par des agents des services de sécurité sud-africains. Après son retour en Afrique du Sud, il participa à l’élaboration du nouvel ordre constitutionnel avant d’être nommé à la Cour constitutionnelle par Nelson Mandela en 1994.

Mais Spring Is Rebellious ne se présente pas comme une simple exposition biographique. Sous le commissariat de Phokeng Setai, le parcours utilise la trajectoire de Sachs comme fil conducteur pour relier les histoires politiques et artistiques de l’Afrique du Sud et du Mozambique. Archives, œuvres et documents proviennent notamment des UWC-Robben Island Mayibuye Archives, de la collection d’art de la Cour constitutionnelle et de la collection personnelle de Sachs. Le propos dépasse ainsi la mémoire d’un homme : il montre comment artistes, écrivains et militants ont accompagné, parfois précédé, les transformations politiques de l’Afrique australe.

Le symposium du 22 août, organisé de 10 h à 19 h 30, prolonge cette réflexion. Artistes, universitaires, commissaires et acteurs culturels y interrogent archives, design d’exposition, pédagogie et mémoire collective. Parmi les participants figurent notamment Albie Sachs, l’écrivaine Antjie Krog, la poète et ancienne diplomate Barbara Masekela et l’historienne culturelle Atiyyah Khan. La journée se conclut par une discussion autour du texte de Sachs Preparing Ourselves for Freedom, écrit en 1989, qui interrogeait déjà la place de la culture dans une société appelée à se libérer de l’apartheid.

De l’Afrique australe à l’Éthiopie, la justice passe aussi par l’écran

Six jours plus tard, le regard se déplace vers l’Afrique de l’Est. Le Pan-African Film Caravan, programme développé par Zeitz MOCAA en amont de l’exposition Turning Towards the Sun, présente Difret, réalisé en 2014 par Zeresenay Berhane Mehari. La projection a lieu le 28 août au Labia Theatre et sera suivie d’une conversation conduite par l’équipe curatoriale du musée.

Inspiré d’une histoire réelle, Difret suit Hirut Assefa, une adolescente de 14 ans enlevée dans le cadre d’une pratique de mariage par kidnapping. En tentant de s’échapper, elle tue son ravisseur et se retrouve poursuivie pour meurtre. Son destin croise celui de l’avocate Meaza Ashenafi, qui entreprend de la défendre et, au-delà de son cas individuel, de remettre en cause les structures juridiques et sociales protégeant les violences faites aux femmes. Mehari choisit la retenue plutôt que le spectaculaire : le conflit entre coutume, droit et dignité humaine se construit à travers les gestes et les décisions des personnages.

Le choix de Difret éclaire le sens du Pan-African Film Caravan. De mai à novembre 2026, le programme fait circuler au Cap des œuvres venues de différentes régions du continent et de la diaspora, du cinéma historique à la science-fiction, du documentaire aux écritures expérimentales. Après des films du Nest Collective, de Lemohang Jeremiah Mosese ou de Mostafa Derkaoui, cette étape éthiopienne rappelle combien le cinéma africain peut être à la fois archive sociale, instrument critique et espace d’émancipation.

À Zeitz MOCAA, la dernière semaine d’août dessine ainsi un passage de relais : de l’art qui accompagna les luttes de libération en Afrique australe au cinéma qui interroge aujourd’hui les droits des femmes en Éthiopie. Entre les deux, une même conviction demeure : les images ne se contentent pas de documenter l’histoire. Elles participent aux débats qui la transforment.

Informations pratiques
Exposition : Spring Is Rebellious: The Art & Life of Albie Sachs
Date de clôture : 23 août 2026
Symposium : 22 août 2026, de 10 h à 19 h 30
Lieu : Zeitz MOCAA, Ocular Lounge, Level 6, Silo District, V&A Waterfront, Le Cap, Afrique du Sud
Tarif du symposium : 265 rands, inclus dans le billet d’entrée standard du musée ; gratuit pour les membres Zeitz MOCAA
Projection : Difret de Zeresenay Berhane Mehari
Date et horaire : 28 août 2026, de 18 h à 20 h
Lieu : The Labia Theatre, Le Cap
Tarif : 30 rands ; gratuit pour les membres Zeitz MOCAA
Réservations et programme : site officiel de Zeitz MOCAA
Contact : info@zeitzmocaa.museum

À Angoulême, Ben’Imana et Congo Boy au cœur de la compétition (24-29 août)

À Angoulême, deux films africains remarqués à Cannes entrent en compétition. Avec Ben’Imana, Marie-Clémentine Dusabejambo interroge la réconciliation au Rwanda ; dans Congo Boy, Rafiki Fariala suit un adolescent réfugié à Bangui, partagé entre responsabilités familiales, guerre, musique et espoir.

Deux cinéastes, deux pays marqués par les violences politiques, deux manières de raconter ce qui vient après. Du 24 au 29 août 2026, le Festival du film francophone d’Angoulême accueille en compétition Ben’Imana, de la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, et Congo Boy, du réalisateur centrafricain Rafiki Fariala. Tous deux arrivent précédés d’une reconnaissance importante à Cannes : Ben’Imana a remporté la Caméra d’or 2026, tandis que Congo Boy, présenté comme lui dans la section Un Certain Regard, y a obtenu le prix du meilleur acteur.

Leur présence à Angoulême souligne surtout la vitalité de cinématographies africaines qui refusent d’enfermer leurs personnages dans le seul statut de victimes. La guerre et le génocide constituent l’arrière-plan des deux récits, mais les films s’intéressent davantage à ce que ces héritages produisent dans l’intimité : les contradictions, les responsabilités, les rêves et la difficulté à reconstruire une vie.

Ben’Imana, la réconciliation mise à l’épreuve

Situé au Rwanda en 2012, Ben’Imana suit Vénéranda, survivante du génocide contre les Tutsis de 1994. Engagée dans les processus communautaires de justice et de réconciliation, elle organise des rencontres entre victimes et familles de bourreaux. Elle croit à la nécessité de la parole et des procès pour permettre à une société meurtrie de continuer à vivre.

Mais Marie-Clémentine Dusabejambo déplace progressivement cette question collective vers la sphère familiale. Lorsque Vénéranda apprend la grossesse inattendue de sa fille, les certitudes qu’elle défend publiquement se heurtent à ses propres blessures et à des zones plus obscures de son passé. Le film ne demande donc pas seulement si une nation peut pardonner : il confronte la réconciliation à ce qu’elle exige concrètement des individus.

Pour son premier long métrage, la réalisatrice rwandaise poursuit une réflexion sur la mémoire qu’elle présente elle-même comme centrale : comment se reconstruire sans effacer le passé, mais sans non plus rester prisonnier de lui ? Cannes a récompensé cette démarche par la Caméra d’or, attribuée au meilleur premier film toutes sections confondues. Ben’Imana est également une coproduction associant le Rwanda, le Gabon, la France, la Norvège et la Côte d’Ivoire.

Congo Boy, grandir à Bangui quand tout vacille

Avec Congo Boy, Rafiki Fariala choisit un autre âge et un autre tempo. Robert, 17 ans, est un réfugié congolais installé à Bangui, en République centrafricaine. Il rêve d’une carrière musicale. Lorsque ses parents sont arrêtés, il doit soudain prendre en charge ses quatre jeunes frères et sœurs. Petits boulots, préparation du baccalauréat, menace des milices et répétitions musicales rythment désormais son quotidien. Un concours de musique apparaît bientôt comme une possible échappée.

Le récit emprunte directement à l’expérience de Fariala, lui-même arrivé enfant en Centrafrique comme réfugié congolais. Mais le cinéaste transforme cette matière autobiographique en fiction et refuse de laisser la violence absorber entièrement son personnage. Robert veut travailler, aimer, réussir ses examens et monter sur scène. La musique devient moins un refuge qu’une manière de se projeter dans un avenir encore possible.

Cette attention à la jeunesse était déjà présente dans le travail de Rafiki Fariala, remarqué avec son documentaire Nous, étudiants !. Dans Congo Boy, elle prend la forme d’un récit initiatique où la survie matérielle cohabite avec un désir farouche d’accomplissement.

À Angoulême, le rapprochement entre les deux films est éclairant. D’un côté, une femme tente de faire vivre la justice après le génocide ; de l’autre, un adolescent refuse que la guerre décide entièrement de son existence. L’un travaille la mémoire, l’autre l’avenir. Ensemble, ils montrent des cinémas africains capables d’aborder les blessures de l’histoire sans réduire leurs personnages à celles-ci.

Informations pratiques
Dates : 24 au 29 août 2026
Événement : Festival du film francophone d’Angoulême
Lieux : CGR Éperon, Cinéma de la Cité, Le Nil et Espace Franquin, Angoulême
Ben’Imana : projections du 24 au 29 août 2026
Congo Boy : projections du 24 au 29 août 2026
Pass FFA : 25 € pour 10 entrées, dans la limite des places disponibles
Programme complet et réservations : www.filmfrancophone.fr
Contact : contact@filmfrancophone.fr – 05 45 95 05 66

De Djib à Mumbi, deux visions africaines du cinéma (26 août)

Le 26 août, deux films aux trajectoires opposées arrivent dans les salles françaises. Jean Odoutan ressort Djib, chronique mordante de la banlieue des années 1990, tandis que Damien Hauser imagine avec Memory of Princess Mumbi une Afrique futuriste et poétique.

À vingt-six ans de distance, leurs images se répondent. Le 26 août 2026, Djib, deuxième long métrage de Jean Odoutan, revient dans les salles françaises après une première sortie le 29 novembre 2000. Le même jour, le cinéaste helvético-kényan Damien Hauser présente au public français Memory of Princess Mumbi, fiction de science-fiction découverte aux Giornate degli Autori de Venise en 2025.

Le rapprochement est presque trop beau pour ne pas être observé. Dans Djib, Odoutan filme une jeunesse noire et métissée de la banlieue parisienne à la fin du XXe siècle, avec ses tensions identitaires et ses rêves de départ. Hauser, lui, projette l’Afrique plusieurs décennies dans l’avenir et choisit de questionner les images de guerre, l’intelligence artificielle et notre manière de fabriquer des récits sur le continent.

Djib, une banlieue française vue par Jean Odoutan

Djibril a treize ans, vit à Asnières avec sa grand-mère et entretient avec l’école une relation pour le moins conflictuelle. Rebelle, débrouillard et amoureux de Joséphine, il cherche de l’argent pour pouvoir partir en vacances avec elle. Ses combines l’entraînent notamment dans un improbable trafic de saucisson sec et de mortadelle. Derrière la comédie se dessine pourtant un récit plus mordant sur l’adolescence, la couleur de peau, les appartenances et la France urbaine des années 1990.

Né au Bénin et installé en France depuis 1980, Jean Odoutan a construit une œuvre profondément personnelle, cumulant les fonctions de scénariste, réalisateur, producteur, compositeur et parfois acteur. Djib porte cette liberté de ton. Son univers refuse la respectabilité et les personnages exemplaires : il préfère les excès, les contradictions, l’argot et l’humour pour raconter des identités françaises travaillées par les héritages africains et les rencontres de la banlieue.

Sa ressortie permet surtout de mesurer ce que le cinéma français montrait — ou ne montrait pas — au tournant des années 2000. Djib n’est ni un symbole de l’immigration ni le personnage secondaire d’un récit conçu par d’autres. Il occupe le centre de l’image, avec son insolence, ses mauvais choix et son imaginaire amoureux.

Avec Mumbi, l’Afrique ne veut plus être réduite au malheur

Memory of Princess Mumbi déplace radicalement le décor. Nous sommes dans les années 2090. Après une grande guerre qui a profondément bouleversé le rapport aux technologies, le jeune cinéaste Kuve se rend dans le royaume fictif d’Umata pour tourner un documentaire. Il pense y trouver une société écrasée par les séquelles du conflit. Il rencontre au contraire des habitants qui vivent, aiment et trouvent de la beauté dans leur quotidien. Puis il fait la connaissance de Mumbi.

À partir de cette rencontre, Damien Hauser mélange science-fiction, romance et faux documentaire. Le film interroge notamment l’usage de l’intelligence artificielle dans la fabrication des images. Mumbi conteste la tentation du cinéaste de dramatiser ce qu’il filme et remet en cause le regard qui attend de l’Afrique qu’elle fournisse continuellement des récits de guerre, de douleur et de catastrophe.

Cette réflexion donne au film une portée particulière. Hauser ne nie ni les conflits ni leurs traces ; il refuse simplement qu’ils constituent l’unique langage disponible pour représenter le continent. L’Afrique futuriste de Memory of Princess Mumbi peut être meurtrie et néanmoins joyeuse, technologique et traditionnelle, mélancolique et amoureuse.

Le film est une coproduction entre la Suisse, le Kenya et l’Arabie saoudite. Présenté en première mondiale en septembre 2025, il a notamment été sélectionné aux Giornate degli Autori, section indépendante organisée parallèlement à la Mostra de Venise.

Voir Djib et Memory of Princess Mumbi arriver le même jour sur les écrans français offre ainsi un saisissant raccourci de vingt-six années de cinéma. D’un adolescent noir cherchant sa place dans la France des années 1990 à une princesse africaine contestant la manière dont on fabrique son image, une même question demeure : qui possède le droit de raconter une histoire, et depuis quel regard ?

Informations pratiques
Sortie en salles : 26 août 2026
Djib : réalisé par Jean Odoutan
Production / distribution : 45rdlc
Première sortie française : 29 novembre 2000
Nouvelle sortie française : 26 août 2026
Memory of Princess Mumbi : réalisé par Damien Hauser
Pays de production : Suisse, Kenya, Arabie saoudite
Distribution France : Destiny Films
Sortie française : 26 août 2026
Interprètes principaux : Shandra Apondi, Ibrahim Joseph, Samson Waithaka
Séances et salles : programmation disponible sur les fiches cinéma à partir de la sortie nationale

Rototom Sunsplash, le reggae à l’épreuve du climat (16-22 août)

À Benicàssim, Rototom Sunsplash célèbre le reggae comme une culture vivante et politique. Pour sa 31e édition, le festival conjugue musiques afrodescendantes, débats sociaux et innovations écologiques, jusqu’à transformer le rendez-vous musical en laboratoire grandeur nature de la fête durable.

À Benicàssim, sur la côte méditerranéenne espagnole, le reggae ne se limite plus aux scènes. Pour sa 31e édition, Rototom Sunsplash rassemble, du 16 au 22 août 2026, concerts, débats, ateliers et initiatives environnementales. Après une Welcome Party le 16 août, six journées officielles se succèdent jusqu’au samedi 22. Le festival attend environ 25 000 visiteurs par jour.

La programmation reste solidement ancrée dans l’histoire jamaïcaine du reggae tout en ouvrant ses scènes aux musiques urbaines, au dancehall, au dub et aux créations afrodescendantes contemporaines. Major Lazer Soundsystem, Shenseea, Protoje, Greentea Peng, The Itals, Twinkle Brothers ou Bushman illustrent cette amplitude.

L’Afrique occupe elle aussi une place identifiable. Le 17 août, l’Ivoirien Alpha Blondy, accompagné du Solar System, partage l’affiche avec le Soudanais Mo Ali & The Islamic Roots. Le Nigérian Dre Tala participe également à cette édition, dans une programmation que les organisateurs présentent comme un espace de rencontre des nouvelles scènes afrodescendantes.

Du reggae roots aux nouvelles scènes afrodescendantes

Les deux derniers jours résument bien la philosophie musicale du festival. Le 21 août renoue nettement avec les racines du reggae. Protoje & The Indiggnation, Twinkle Brothers, Bushman et Macka B figurent parmi les artistes annoncés ce jour-là. Rototom présente lui-même cette soirée comme placée sous le signe d’une « pure cadence roots ».

Le 22 août, pour la clôture, le spectre s’élargit. La Britannique Greentea Peng, dont la musique mêle soul, reggae et R&B, côtoie notamment la Barcelonaise Lia Kali et la scène électronique et sound system. Ce passage permanent entre héritage et hybridation est devenu l’une des signatures de Rototom.

Le festival conserve ainsi le reggae comme colonne vertébrale sans le transformer en patrimoine figé. Les musiques nées dans la Jamaïque des années 1960 et 1970 dialoguent avec des artistes africains, européens, caribéens et diasporiques qui en prolongent aujourd’hui les dimensions politiques et sociales.

Cette circulation se retrouve hors des scènes. À Jamkunda, ateliers et rencontres sont notamment consacrés aux cultures et réalités africaines. Reggae University revient sur l’histoire des musiques jamaïcaines, tandis que le Foro Social aborde des questions qui dépassent largement le cadre musical : racisme, droits humains, crise du logement, migrations, justice environnementale ou écoféminisme.

Un festival face à l’urgence climatique

C’est sur le terrain environnemental que l’édition 2026 prend une dimension particulièrement actuelle. Confronté aux fortes chaleurs estivales, Rototom a adapté l’organisation de son site. L’ouverture de l’espace des concerts est repoussée à 17 heures, tandis que les activités susceptibles de réunir les foules sont davantage programmées à la tombée du jour.

Des zones comme Pachamama, Jamkunda et Magicomundo sont désormais également pensées comme des refuges climatiques. Carpes ventilées, espaces boisés, protections contre les UV et structures créant de larges surfaces d’ombre permettent d’associer programmation culturelle et protection contre la chaleur.

Le festival va plus loin dans la réduction de son empreinte. Une nouvelle technologie énergétique hybride déployée avec GTECH doit permettre, selon les organisateurs, d’économiser près de 3 000 litres de carburant et d’éviter 7,7 tonnes de CO₂ pendant l’événement. Cinquante-quatre fontaines d’eau ont par ailleurs été installées sur le site et au camping.

Rototom et son partenaire Tuawa estiment que leur dispositif de distribution d’eau a permis d’éviter l’équivalent de 3,2 millions de bouteilles en plastique en cinq ans. À cela s’ajoutent éclairage LED, énergie solaire dans une partie du camping, recyclage, réutilisation de l’eau et recours aux produits locaux dans la restauration.

Le modèle n’efface évidemment pas l’impact environnemental d’un rassemblement de cette taille. Il montre cependant comment un grand festival peut intégrer l’adaptation climatique à son fonctionnement plutôt que la cantonner à des discours. À Rototom, cette année, le message du reggae se mesure aussi à l’ombre disponible, à l’eau économisée et à l’énergie consommée.

Informations pratiques
Dates : 16 au 22 août 2026
Journées officielles : 17 au 22 août 2026
Welcome Party : 16 août 2026
Lieu : Benicàssim, province de Castellón, Communauté valencienne, Espagne
Programmation du 21 août : Protoje & The Indiggnation, Twinkle Brothers, Bushman, Macka B, notamment
Clôture : 22 août 2026
Programme complet, horaires, réservations et tarifs : site officiel du Rototom Sunsplash

Rock en Seine : le hip-hop et la soul bousculent le rock (26 août)

Pour son ouverture, Rock en Seine fait éclater ses frontières historiques. Tyler, The Creator, Ravyn Lenae et le Britannique Sekou, d’origine ivoirienne, installent hip-hop, R&B, soul et gospel au cœur d’un festival longtemps identifié à la culture rock traditionnelle occidentale.

Le nom est resté, mais les frontières musicales ont bougé. Le 26 août 2026, Rock en Seine ouvre ses portes au Domaine national de Saint-Cloud avec une affiche où guitares et héritage rock ne sont plus les seuls points de repère. La première journée place au premier plan le hip-hop de Tyler, The Creator, le R&B aérien de Ravyn Lenae et la soul du Britannique Sekou, jeune artiste d’origine ivoirienne.

Tyler, The Creator occupera la Grande Scène à 22 heures pour ce que le festival présente comme son unique concert en France en 2026. L’artiste californien arrive avec une discographie qui l’a depuis longtemps fait dépasser le seul cadre du rap : producteur, compositeur et chanteur, il a placé ses albums Chromakopia en 2024 et Don’t Tap the Glass en 2025 au sommet des classements américains.

Quelques heures plus tôt, à 18 h 35, Ravyn Lenae se produira elle aussi sur la Grande Scène. Originaire de Chicago, la chanteuse développe un R&B souple, nourri de soul et d’expérimentations, dans lequel elle revendique notamment l’influence d’Erykah Badu et d’OutKast. Son deuxième album, Bird’s Eye, sorti en 2024, a prolongé une trajectoire commencée alors qu’elle était encore lycéenne.

Sekou, une voix britannique aux racines ivoiriennes

Pour une veille consacrée à l’Afrique et à ses diasporas, Sekou constitue cependant l’un des rendez-vous les plus intéressants de cette journée. Programmé de 21 h 10 à 21 h 55 sur la scène Roc-On Volkswagen, le chanteur britannique de 22 ans est présenté par Rock en Seine comme un artiste d’origine ivoirienne dont la musique navigue entre soul, R&B, pop et gospel.

Sa voix grave de baryton tranche avec son jeune âge. Après l’EP Out of Mind, il s’est davantage fait connaître avec la mixtape In a World We Don’t Belong (Pt. 1). Le festival souligne également l’attention que lui ont portée des artistes comme John Legend, Sam Smith et Arlo Parks. Une seconde partie de cette mixtape est annoncée pour 2026.

La présence de Sekou à Saint-Cloud ne relève pas pour autant d’une programmation estampillée « Afrique » ou « world music ». C’est précisément ce qui la rend révélatrice. Son ascendance ivoirienne appartient à son histoire personnelle, tandis que sa musique s’inscrit pleinement dans la nouvelle scène soul et R&B britannique. Il apparaît ainsi dans la programmation générale, entre artistes français, américains, britanniques et canadiens.

Cette banalisation est peut-être plus significative qu’une affiche spécifiquement consacrée aux diasporas : les artistes issus de ces histoires circulent désormais dans les grands festivals européens sans devoir nécessairement être regroupés sous une même étiquette culturelle.

Quand les grands festivals redessinent leur identité

La journée du 26 août illustre une évolution plus large de Rock en Seine. À 22 heures, la tête d’affiche n’est pas un groupe de rock mais l’une des figures majeures du hip-hop américain. À 18 h 35, la Grande Scène accueille Ravyn Lenae. Entre les deux, Sekou défend une soul britannique nourrie de gospel et de R&B. La programmation comprend également Sombr, Miki, Magi Merlin et AMG.

Le reste du festival conserve pourtant une forte présence rock, avec Nick Cave & The Bad Seeds, The Black Keys, Deftones ou The Cure entre le 28 et le 30 août. C’est donc moins un abandon de son identité qu’un élargissement de son territoire.

Cette transformation dit aussi quelque chose de la place acquise par les cultures musicales noires et diasporiques dans les festivals généralistes européens. Hip-hop, soul et R&B ne sont plus systématiquement cantonnés à des rendez-vous spécialisés ou à des scènes secondaires. Ils peuvent ouvrir une édition, investir la scène principale et porter sa tête d’affiche.

Le 26 août à Saint-Cloud, cette évolution prendra une forme très concrète : Ravyn Lenae à 18 h 35, Sekou à 21 h 10, puis Tyler, The Creator à 22 heures. Trois générations et trois trajectoires différentes, réunies dans un festival qui continue de s’appeler Rock en Seine tout en donnant au mot « rock » un sens de plus en plus large.

Informations pratiques
Dates : 26 au 30 août 2026
Journée concernée : mercredi 26 août 2026
Lieu : Domaine national de Saint-Cloud, entrée principale Place Georges-Clémenceau, 92210 Saint-Cloud
Ouverture des portes le 26 août : 16 h
Ravyn Lenae : 18 h 35 – 19 h 15, Grande Scène
Sekou : 21 h 10 – 21 h 55, scène Roc-On Volkswagen
Tyler, The Creator : 22 h – 23 h 15, Grande Scène
Accès : Métro ligne 10 – Boulogne–Pont de Saint-Cloud ; Tramway T2 – Parc de Saint-Cloud
Programme complet, billetterie et tarifs : www.rockenseine.com
Contact billetterie : conciergerie@rockenseine.com