Une nouvelle épine plantée dans le pied du multilatéralisme, qui s’illustre par l’adoption de l’America First Global Health Strategy. Selon cette doctrine, l’aide sanitaire doit être davantage liée aux intérêts américains, négociée pays par pays, cofinancée par les pays bénéficiaires et limitée dans le temps.
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« Dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, des systèmes de santé, dépendants des financements extérieurs, vacillent et sont au bord de la rupture. »
Pour ce faire, le gouvernement américain a déjà signé, au 1er juillet, trente-quatre accords bilatéraux, dont une vingtaine avec des pays issus du continent africain. Tous ne sont pas logés à la même enseigne. L’accord négocié avec le Malawi pour la période 2026-2030, par exemple, porte sur un montant total de 936 millions de dollars, avec un apport du pays africain à hauteur de 15 %. Le Botswana, a contrario, doit apporter un financement à hauteur de 78 % des 487 millions de dollars devant servir à soutenir sa politique de santé. Ces accords bilatéraux entrainent une hausse inévitable des dépenses de santé des pays concernés, d’autant qu’ils prévoient un retrait (progressif ou non) de l’aide financière américaine.
« Une catastrophe », « Un effet domino »: la décision de Trump de suspendre l’aide étrangère est entrée en vigueur et génère une grande incertitudeMinerais critiques et agenda réactionnaire
L’octroi de financements américains s’accompagne de certaines conditions, comme la mise en place d’indicateurs de performance et le partage d’informations sanitaires. Ce dernier point fait polémique : « Sous couvert de coopération sanitaire, le risque est ainsi de voir émerger une forme d’extractivisme des données au profit des industries américaines », prévient Aurélie Leroy.
D’autres aspects suscitent la controverse. Ainsi, pour certains pays comme la République démocratique du Congo, l’aide sanitaire a été conditionnée à un partenariat stratégique autour des minerais critiques.
La signature de ces accords s’est aussi faite via l’engagement à suivre les politiques réactionnaires de l’administration Trump. « L’accès aux financements est subordonné à l’adhésion des bénéficiaires à un ensemble de positions normatives, notamment en matière d’avortement et de droits reproductifs et sexuels », continue Aurélie Leroy. Un agenda politique conservateur qui a des conséquences concrètes sur les domaines couverts par l’aide financière. Ainsi, note la chercheuse du Cetri, « les enjeux de santé reproductive, les services de santé essentiels, la santé maternelle et infantile, la vaccination, la nutrition […] sont relégués à l’arrière-plan au profit de la sécurité sanitaire, à travers la surveillance épidémiologique ou les capacités de réponse aux pandémies ».
Enfin, les acteurs jugés légitimes pour recevoir les subventions – et donc mener les réformes de santé – ne sont plus les organisations de la société civile, « accusées d’exporter et de promouvoir l’avortement et une supposée idéologie de genre », développe Aurélie Leroy, mais bien « certains gouvernements et organisations confessionnelles » idéologiquement proches de Washington.