Jabaroot n’en est pas à son coup d’essai. Le groupe est apparu en avril 2025, sur fond de vives tensions entre l’Algérie et le Maroc, en revendiquant le piratage de la Caisse nationale de sécurité sociale marocaine (CNSS).

Le canal Telegram de Jabaroot, animé par des pirates informatiques restés anonymes, s’est volatilisé jeudi après-midi, quelques jours seulement après une nouvelle salve de menaces contre le pouvoir marocain.

Une colère née de la crise de Ceuta

En début de semaine, le groupe avait exprimé sa fureur au sujet de l’afflux migratoire massif survenu à Ceuta, allant jusqu’à mettre en cause certains conseillers du roi Mohammed VI dans l’organisation de cet épisode. Les pirates avaient menacé de publier les noms, âges et grades des agents de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), l’équivalent marocain d’un service de renseignement intérieur chargé de la lutte antiterroriste et du contre-espionnage.

Selon les informations disponibles, un premier avertissement avait été lancé le 12 août, suivi six jours plus tard, dans la nuit du 18 août, d’un second message nettement plus menaçant. Les hackers y affirmaient détenir l’intégralité de la base de données du personnel de la DGST et de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN, l’équivalent de la sécurité nationale), avec rangs militaires, numéros d’identification et dates de naissance à l’appui. Pour crédibiliser leurs propos, ils avaient diffusé deux captures d’écran présentant, par ordre alphabétique, des données censées appartenir à des agents marocains. Ces deux directions sont toutes deux placées sous l’autorité d’Abdellatif Hammouchi, dont le départ semblait implicitement réclamé dans les messages du groupe.

Les pirates n’ont en revanche rien dévoilé concernant la Direction générale des études et de la documentation (DGED), le service de renseignement extérieur marocain — celui-là même que les services espagnols soupçonnent d’avoir pu infiltrer certains participants à la traversée massive vers Ceuta fin juillet.

Une opposition marocaine sous surveillance

Au-delà de l’action des hackers, le Maroc connaît une opposition réelle au régime en place, distincte du Front Polisario qui revendique l’autonomie de la République arabe sahraouie démocratique. Au parlement, la principale force d’opposition reste l’Union socialiste des forces populaires (USFP) d’Idriss Lachgar, tandis que les islamistes modérés du Parti de la justice et du développement (PJD) gagnent progressivement du terrain. Selon le journaliste Ignacio Cembrero, Abdelilah Benkirane, ancien chef du gouvernement et dirigeant du PJD, aurait été le seul responsable politique à interroger publiquement le roi sur les circonstances de l’épisode de Ceuta.

Une chaîne de piratages depuis 2025

Jabaroot n’en est pas à son coup d’essai. Le groupe est apparu en avril 2025, sur fond de vives tensions entre l’Algérie et le Maroc, en revendiquant le piratage de la Caisse nationale de sécurité sociale marocaine (CNSS). Cet organisme avait alors reconnu avoir été victime d’une cyberattaque ayant exposé des données professionnelles et financières concernant environ deux millions de personnes, tout en précisant qu’une partie des informations diffusées n’était pas exacte. D’après l’institut espagnol de cybersécurité Incibe, la fuite portait sur plus de 53 000 fichiers, avec des informations détaillées sur près de 500 000 entreprises et environ deux millions de salariés — affiliations, identifiants, salaires et coordonnées, souvent exposés sans aucun chiffrement.

Le groupe a ensuite revendiqué, en juin 2025, des attaques contre le ministère marocain de la Justice, avant de divulguer, en octobre de la même année, des documents relatifs au budget et aux salaires du personnel de la Maison royale. Après une interruption, Jabaroot avait rouvert un nouveau canal Telegram, qui comptait environ 9 000 abonnés. Le groupe menace désormais de publier des documents internes portant sur des opérations de renseignement, y compris de possibles coopérations avec l’Espagne, la France, Israël et les États-Unis.

Le spectre de l’affaire Pegasus

Cette séquence s’inscrit dans un climat de tension plus large entre Rabat et Madrid, marqué depuis fin juillet par ce que plusieurs observateurs qualifient de guerre hybride. Les cyberactivistes y jouent un rôle déjà observé lors du scandale Pegasus, lorsque ce logiciel espion israélien avait été utilisé, selon les révélations de l’époque, pour surveiller depuis le Maroc les téléphones du président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez ainsi que ceux de plusieurs ministres.

L’Audience nationale espagnole avait rouvert l’enquête en avril 2024, après réception d’une décision d’enquête européenne émise par la justice française, elle-même issue d’investigations menées en 2021 sur l’infection de téléphones de journalistes, d’avocats et de responsables politiques français par Pegasus. Les autorités françaises avaient sollicité une coopération judiciaire auprès des États-Unis et d’Israël après que la société israélienne NSO Group, conceptrice du logiciel, eut nié toute responsabilité. Faute de coopération des autorités judiciaires israéliennes, le juge espagnol José Luis Calama a toutefois dû classer l’enquête en janvier 2026.

Visited 1 times, 1 visit(s) today