Et si les Etats-Unis se montraient plus efficaces que l’Europe pour réguler les réseaux sociaux? La question peut paraître provocatrice, voire absurde. Nous sommes depuis des années habitués à chroniquer deux mondes que tout semble opposer. Sur notre continent, nous avons une Commission européenne qui édicte sans cesse de nouvelles réglementations, ouvre des enquêtes contre Meta, TikTok ou X pour violation de ces obligations, puis inflige des amendes. Et de l’autre côté de l’Atlantique, c’est le règne du laisser-faire total, pour ne surtout pas brider des champions de la tech ayant pour mission de dominer la planète.
Mais les choses changent, de manière imperceptible. Voulant imiter l’Australie, l’Union européenne veut bannir les jeunes des réseaux sociaux. Au niveau national, la France et la Grande-Bretagne tentent d’être à l’avant-garde. Mais ces initiatives sont hautement problématiques. D’abord, elles sont discutables en termes de proportionnalité, le Conseil constitutionnel français ayant récemment annulé la loi d’Emmanuel Macron, estimant qu’il s’agissait d’une atteinte à la liberté d’expression et de communication des jeunes. Et surtout ces bannissements brutaux, sans nuance, ne règlent absolument pas le problème, majeur, du fonctionnement nocif de ces plateformes.
Agir, et vite
Les Etats-Unis pourraient, via la justice, s’attaquer précisément à ces maux. Sous la bannière de la défense des consommateurs, ils tentent d’imposer des cautèles aux plateformes numériques: arrêt des notifications la nuit, masquage des likes pour les autres, limite du nombre d’heures de connexion par mois… C’est bien sûr loin d’être parfait et cela ne règle pas le problème du défilement («scrolling») sans fin. Mais ce sont de telles mesures qui peuvent permettre d’abaisser le niveau de toxicité des réseaux sociaux.
On le constate aussi sur le marché des chatbots: si OpenAI vient de lancer de nouvelles mesures pour protéger les plus jeunes sur ChatGPT, c’est parce que le géant de l’intelligence artificielle est menacé de plusieurs procès majeurs aux Etats-Unis. Ces mesures ne couvrent, elles non plus, pas tous les risques.
Loin de nous l’idée de placer l’autorégulation avant la régulation officielle, ou les décisions de tribunaux (sujettes à des procédures d’appel) devant des lois solides, votées de manière démocratique. Mais il faut agir. Et vite. En attendant que le Règlement européen sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) commence à déployer ses effets, une lueur d’espoir apparaît du côté des Etats-Unis.
Bien sûr, rien ne dit que les solutions esquissées outre-Atlantique seront mises en place ou même efficaces. Mais c’est peut-être un début.
Il n’est plus acceptable que des plateformes réunissant des milliards de jeunes ne fassent l’objet d’aucune supervision.