Les créanciers officiels de l’Éthiopie ont approuvé un accord préliminaire entre le gouvernement et les investisseurs privés pour restructurer son euro-obligation de 1 milliard de dollars, a annoncé vendredi le ministère des Finances, rapprochant ainsi le pays d’une sortie de défaut de paiement.

La nation d’Afrique de l’Est avait conclu un accord de principe (AIP) avec ses détenteurs d’obligations en juin pour restructurer le titre arrivant à échéance en 2024, après plusieurs tentatives infructueuses, dont une proposition en janvier que les créanciers bilatéraux jugeaient non conforme aux conditions d’allègement de dette déjà convenues avec l’Éthiopie.

Le Comité officiel des créanciers (OCC) de l’Éthiopie, coprésidé par la France et la Chine, a examiné l’accord, a précisé le ministère des Finances dans un communiqué accompagnant la lettre du groupe.

« L’OCC considère qu’à ce stade, l’accord de principe est conforme au principe de comparabilité de traitement et au protocole d’accord conclu avec l’Éthiopie », a déclaré le comité dans sa lettre adressée au ministère éthiopien des Finances.

Cette étape signifie que le gouvernement va désormais procéder à la mise en œuvre du projet d’accord conclu avec les obligataires, a ajouté le ministère.

Les créanciers bilatéraux et le gouvernement avaient finalisé un accord l’année dernière pour restructurer leur part de la dette extérieure.

L’OCC PRUDENT FACE À UN NOUVEL INSTRUMENT

Le comité a toutefois averti que l’inclusion dans le projet d’accord d’un bon de souscription d’argent frais (« New Money Warrant ») pourrait finalement conduire les détenteurs d’obligations à bénéficier d’un traitement plus favorable que les créanciers officiels. Cela pourrait contraindre les créanciers bilatéraux à ajuster leurs propres conditions pour s’aligner sur celles des obligataires.

Ce bon donne aux détenteurs d’obligations l’option de souscrire à une future émission obligataire éthiopienne allant jusqu’à 1 milliard de dollars à un taux d’intérêt lié au marché, selon les termes de l’accord de juin ; le gouvernement dispose également d’une option pour racheter ce bon en numéraire, avec un plafond fixé à 90 millions de dollars.

« S’il s’avérait que le New Money Warrant accorde des avantages excessifs aux détenteurs d’obligations, par exemple via le rachat ou le remboursement de l’instrument, l’OCC examinerait les conséquences sur la comparabilité de traitement », a déclaré l’OCC.

Les acteurs du marché ont souligné que ce bon de souscription était la clé pour débloquer l’impasse entre le gouvernement et les obligataires — une position reconnue par les créanciers officiels. Cependant, le comité a prévenu que cela ne constituerait pas un précédent.

« L’OCC… surveillera de près sa mise en œuvre avant d’envisager une éventuelle reproduction d’un tel instrument à l’avenir », a-t-il précisé.

Le Club de Paris, qui gère habituellement les communications des créanciers officiels pour les restructurations sous le Cadre commun du G20, n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire.

UN TEST POUR LE CADRE COMMUN

L’Éthiopie a choisi de restructurer sa dette en 2021 sous l’égide du Cadre commun du G20 — elle est le dernier pays encore engagé dans ce processus. Le pays a fait défaut sur son unique euro-obligation en 2023, suivant les traces du Ghana et de la Zambie.

Les investisseurs et les organisations militant pour des conditions de désendettement plus équitables pour les pays en développement voient dans la résolution de ce défaut un test pour le Cadre commun, lancé pendant la pandémie de COVID-19 pour rationaliser les restructurations de dette.

Sa mise en œuvre a été marquée par des divisions entre les prêteurs occidentaux, la Chine et les investisseurs privés, ce qui a ralenti et complexifié les procédures.

Le Comité ad hoc des détenteurs d’obligations, qui représente 45 % des investisseurs de la dette éthiopienne, avait déclaré en juin que la restructuration avait mis en évidence de graves lacunes dans le Cadre commun.

Le comité n’a pas immédiatement répondu à une demande de commentaire. Les détenteurs d’obligations doivent encore approuver formellement l’accord avant qu’il ne puisse entrer en vigueur.