À l’époque, pour dissiper le scepticisme international qui voyait le Maroc comme un simple « pays de maquettes », nous devions prouver que notre vision n’était pas un mirage. Je me souviens avec une grande estime de Ssi Saad Kettani, cet homme charmant et d’une rigueur exemplaire, nommé par Sa Majesté le Roi pour présider le comité de candidature du Mondial 2010. Il portait cette ambition avec une élégance rare, celle d’un banquier qui savait que derrière les chiffres et les projets architecturaux, c’est la crédibilité d’une nation qui se jouait.

Ces maquettes, qui suscitaient alors tant de doutes, ne sont plus aujourd’hui des promesses suspendues dans le temps. Elles ont pris corps, pierre après pierre, acier après acier. Regardez les stades de Tanger, de Marrakech, d’Agadir : ils ne sont pas seulement des enceintes sportives, ils sont les cylindres robustes de notre moteur national. Plus récemment, les nouveaux bijoux architecturaux de Rabat, qui ont accueilli avec brio les Coupes d’Afrique des Nations féminine et masculine, témoignent de la continuité de cette trajectoire.

Ce passage du virtuel au réel, de la projection à la réalisation, est la preuve que notre « moteur » fonctionne. Mais, comme toute ingénierie de précision, la puissance du moteur ne suffit pas. Pour que ce Maroc moderne, fort de ses infrastructures, puisse pleinement avancer, il faut que ses « courroies de transmission » — ses citoyens, de toutes origines et de toutes sensibilités, nés sur cette terre ou passionnément attachés à elle — soient parfaitement alignés et mobilisés. C’est cette connexion humaine qui transformera, en 2030, cette capacité bâtisseuse en une force de transformation sociale irréversible.