Le pays le plus peuplé d’Afrique (environ 240 millions d’habitants) est confronté aux conséquences de plusieurs années de turbulences économiques et de violences de divers groupes armés, tandis que l’éclatement de l’opposition pourrait offrir la victoire à M. Tinubu, qui brigue un second mandat.
« L’économie est le principal enjeu. C’est le seul sujet qui touche différentes régions du pays et qui continue d’avoir des répercussions sur les questions de sécurité et de développement », estime Afolabi Adekaiyaoja, auteur de la newsletter politique The Bellwether.
Elu en 2023,¨M. Tinubu, 74 ans, a consacré son premier mandat à la mise en œuvre de réformes économiques ambitieuses, notamment la suppression d’une coûteuse subvention aux carburants qui maintenait artificiellement bas les prix de l’essence depuis des décennies dans le premier producteur de pétrole d’Afrique.
Saluées par les économistes et les investisseurs, ces réformes ont toutefois provoqué une crise du coût de la vie, entraînant une dépréciation du naira et une forte hausse de l’inflation, jusqu’à 34%. L’inflation globale est depuis retombée à 15,4% en juillet.
Un véhicule d’escorte militaire nigérian se prépare à conduire un convoi de voitures civiles sur l’autoroute Maiduguri-Damboa, dans le nord-est, le 29 juillet 2026 PHOTO AFP / –
Cette situation a aussi contribué à augmenter la pauvreté: 61% de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2025 au Nigeria, contre 40% en 2019, selon la Banque mondiale.
Le pays est également confronté à de multiples crises sécuritaires : la présence de groupes jihadistes et de gangs criminels armés appelés localement « bandits », les affrontements entre agriculteurs et éleveurs pour l’accès aux terres, ainsi qu’un conflit séparatiste persistant dans le sud-est.
Les violences augmentent depuis 2024, d’après Ladd Serwat, analyste pour l’Afrique au sein de l’ONG ACLED, en raison notamment de « l’expansion et de l’intensification du banditisme armé dans le nord et le centre du Nigeria » et de la recrudescence des affrontements dans l’Etat de Borno (nord-est), épicentre de l’insurrection jihadiste.
– Rejouer la présidentielle de 2023 –
Pour M. Adekaiyaoja, « l’opposition a été trop empêtrée dans des querelles internes et des problèmes judiciaires pour réellement faire valoir ses différences ».
Le vice-président du Nigeria, Kashim Shettima (g), félicite le président nigérian Bola Ahmed Tinubu (c) après sa victoire à la primaire présidentielle du parti All Progressives Congress (APC), au Centre de conférences international Bola Ahmed Tinubu,… PHOTO AFP / Light Oriye Tamunotonye
M. Tinubu est considéré comme l’un des politiciens les plus habiles du Nigeria. Son parti, le Congrès des progressistes (APC), contrôle l’Assemblée nationale ainsi que 31 des 36 postes de gouverneur, qui disposent de pouvoirs importants.
« Nous maintiendrons le cap des réformes – Pas de retour en arrière », a déclaré la présidence nigériane sur X mercredi.
« Pour moi, les principales préoccupations sont l’économie et le coût de la vie », confie le Lagosien Afolayan Abdullahi, fonctionnaire de 42 ans, qui dit avoir l’intention de voter pour le président sortant.
La présidentielle de 2027 au Nigeria rejouera en partie le scrutin de 2023, avec à nouveau en lice Bola Tinubu, l’ancien gouverneur Peter Obi, 65 ans, et l’ancien vice-président Atiku Abubakar.
M. Tinubu avait remporté l’élection de 2023 avec 36,6% des voix, contre 29% pour M. Abubakar et 25% pour M. Obi.
Rabiu Kwankwaso, qui avait obtenu environ 6% des voix, s’est allié cette fois-ci à Peter Obi pour être son vice-président.
« Les prochaines élections doivent porter exclusivement sur les enjeux qui comptent pour les Nigérians : l’unité, l’insécurité, la lutte contre la pauvreté, la réduction du nombre d’enfants non scolarisés et le retour de l’espoir pour la population de notre pays, qui souffre depuis si longtemps », a déclaré Peter Obi mercredi sur X.
L’ancien gouverneur Peter Obi prend la parole après avoir été désigné candidat officiel du Congrès démocratique du Nigeria (NDC) à la présidentielle, à Abuja, le 30 mai 2026 PHOTO AFP / Light Oriye Tamunotonye
Car « le Nigeria n’est pas sûr : terroristes, kidnappeurs, bandits, ils sont partout », estime Becky Alegbe, vendeuse ambulante à Abuja. Âgée de 28 ans, elle est inscrite sur les listes électorales de son village natal dans l’Etat d’Edo (sud-ouest), mais indique ne pas vouloir « prendre le risque de faire le voyage », évoquant également le quintuplement du coût des transports et ses inquiétudes concernant l’achat de voix, qui a entaché les précédentes élections.
La participation n’avait atteint que 27% en 2023.
Le jour du scrutin présidentiel en janvier 2027, les Nigérians éliront également leurs députés et l’élection des gouverneurs se tiendra le 6 février.