Nouvelle mobilisation en Russie
La guerre s’intensifie depuis quelques mois. Et que nous réserve l’avenir ? Une escalade accrue. En Russie est évoquée ouvertement une nouvelle mobilisation pour après les élections à la Douma en septembre. Sur le plan juridique, il ne s’agira pas à proprement parler d’une « nouvelle » mobilisation dans la mesure où celle de septembre 2022 n’a jamais été officiellement close. Entre-temps, les procédures de mobilisation ont changé. Les « chanceux » recevront leur ordre de mobilisation par voie numérique et, à partir de ce moment, ne pourront plus quitter le pays. Ces nouvelles convocations interviendront probablement si le nombre de soldats qui signent un contrat se révèle insuffisant. À cela s’ajoute l’arrivée probable de troupes nord-coréennes.
Triste constat en Ukraine : le nombre de civils tués en juillet au plus haut depuis mai 2022L’hiver arrive
L’hiver sera là dans quelques mois et la Russie se prépare à attaquer de nouveau les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Pour paraphraser le prix Nobel russe Dmitri Mouratov : cela n’aidera pas la Russie à remporter une victoire militaire mais cela l’aidera à détruire davantage l’Ukraine.
L’Ukraine entrera dans l’hiver sans le système de défense aérienne Patriot mais disposera de nouvelles armes pour mener des attaques (encore) plus sophistiquées à l’intérieur de la Russie. Entre-temps, personne ne parle plus de la situation sur le front qui se trouve à ce jour bloquée.
Une guerre européenne
La guerre demeure une guerre européenne. L’UE est le principal soutien financier de l’Ukraine mais elle reste politiquement en retrait. La discussion sur un éventuel rôle de l’Europe, lors de la dernière réunion informelle des ministres des Affaires étrangères, n’a fait que mettre en lumière les divisions européennes. Pourtant, il ne devrait pas être si difficile de s’entendre sur une position politique commune.
Le président russe nous y aide. Pour Vladimir Poutine, les négociations diplomatiques sont synonymes de négociations sur la capitulation de l’Ukraine. Il est donc inutile de chercher des éléments à négocier parce que la position russe est inacceptable. Cependant, l’UE pourrait, à l’occasion du grand rendez-vous diplomatique qui se tient chaque année en septembre à l’ONU à New York, prendre l’initiative de constituer une coalition internationale prônant un cessez-le-feu immédiat et général.
Turquie, Brésil, Indonésie, pays africains et… Chine ?
La perspective d’une hausse des prix des denrées alimentaires et du pétrole peut amener de nombreux pays à soutenir la fin de l’escalade militaire actuelle. La Turquie, le Brésil, une coalition de pays africains et l’Indonésie ont tenté dans le passé d’initier (sans succès) un processus de paix. Le président kazakh Tokaïev a même récemment plaidé, en présence de Vladimir Poutine, pour un gel du conflit. La Chine pourrait également figurer sur cette liste bien que la question cruciale reste de savoir à quel point la Chine est ancrée dans le camp russe.
Si l’ONU n’existait pas, il faudrait l’inventer.
Du point de vue de la Russie, la formation d’une coalition internationale signifie que la « majorité globale » de cette planète se prononce en faveur d’une paix immédiate. Une telle situation placera la Russie dans une situation difficile, Moscou se considérant lui-même comme faisant partie de cette « majorité globale ». À l’inverse, Moscou perçoit l’UE comme le « parti de la guerre ». Or, en formant cette coalition, l’UE démontre qu’elle n’est pas le parti de la guerre mais un avocat œuvrant pour la paix.
S’adresser à la population russe
Aussi important que de mobiliser la « majorité globale » est de s’adresser à la population russe. Il doit apparaître clairement au citoyen russe que ce n’est pas l’Europe mais le président russe qui constitue le principal obstacle à la paix. Certaines questions doivent être posées : la poursuite interminable de cette guerre est-elle réellement dans l’intérêt du peuple russe ? Est-il vraiment à son avantage de rester confiné à l’intérieur de son propre pays ? Est-il réellement dans son intérêt que l’inflation demeure élevée et que l’effort de guerre absorbe une part disproportionnée du budget de l’État ?
Le dirigeant russe répondra-t-il favorablement à l’appel de la coalition internationale en faveur d’un cessez-le-feu ? Probablement pas. Mais par sa réaction négative les masques tomberont et il deviendra clair qui est le véritable « parti de la guerre » et qui, par conséquent, refuse de mettre fin à cette « guerre stupide » (1). Le dirigeant russe pourra-t-il justifier cela auprès de son propre peuple ? Après quatre ans et demi de guerre, la clarification qui en découlera n’est assurément pas un luxe superflu.
(1) L’expression « guerre stupide » a été utilisée par un ancien collaborateur du président russe.
– > Titre et chapô sont de la rédaction. Titre original : « La Paix Maintenant : le rôle que l’UE peut jouer pour arrêter la guerre contre l’Ukraine »
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