CHINE-EUROPE : LE RISQUE D’UNE DÉFERLANTE PAR SURCAPACITÉS
La BCE démontre que le pivot exportateur chinois vers l’Europe (+ 8 %) résulte davantage des déséquilibres internes de Pékin et d’une demande intérieure atone que d’un simple report mécanique des taxes américaines.
La résilience de Pékin s’appuie sur une stratégie de « reroutage » via l’Asean (+ 13 %) et une compétitivité-prix agressive, transformant l’Asie du Sud-Est en base arrière pour contourner les barrières douanières tout en saturant le marché communautaire de produits finis.
Face à cette rivalité systémique, le vice-président de la BCE Luis de Guindos alerte sur une menace déflationniste pour l’industrie européenne, imposant aux décideurs une vigilance accrue sur la protection des parts de marché domestiques contre ces flux excédentaires.
Le repositionnement commercial de la Chine ne répond pas à une mécanique de vases communicants aussi simple qu’escompté. Selon une analyse publiée ce mercredi 18 février par la Banque centrale européenne (BCE) dans son bulletin mensuel, la redirection d’une partie des flux chinois vers le Vieux Continent en 2025 s’explique davantage par des dynamiques de long terme que par les barrières douanières érigées par Washington.
Si les exportations chinoises vers les États-Unis ont accusé un repli sévère de 20 % sur l’année écoulée — soit une perte de 104 milliards de dollars en valeur —, la résilience globale du commerce extérieur de Pékin impressionne. Les expéditions totales ont progressé de 5,5 % en 2025, contre 4,6 % l’année précédente. Ce dynamisme repose sur une percée sur les marchés alternatifs : + 13 % vers l’Asean, + 7 % vers l’Amérique latine et un bond spectaculaire de 26 % vers l’Afrique.
L’Europe, une cible parmi d’autres
La zone euro n’échappe pas à cette offensive commerciale, avec une croissance des importations de produits chinois de 8 %. L’Allemagne, moteur industriel du bloc, affiche même une progression de 8,8 % selon l’office statistique Destatis. Pourtant, les économistes de la BCE, Julien Le Roux et Tajda Spital, nuancent le lien de causalité avec la politique commerciale américaine. Leurs modèles estiment que les tarifs douaniers n’ont réduit les exportations vers les États-Unis que de 9 %, alors que la baisse observée est de 17 % sur les neuf premiers mois de 2025.