La visite du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga à Alger, où il a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune, marque une inflexion notable dans la diplomatie sahélo-algérienne. L’entretien, tenu à la présidence, s’inscrit dans un cycle de reprise de contact entre l’Algérie et les États du Sahel central, après une longue séquence de froid diplomatique avec Bamako. Il s’agit du premier déplacement de cette envergure d’un chef de gouvernement malien de la transition en territoire algérien depuis la dégradation des relations bilatérales.
La rencontre porte une charge symbolique évidente. Alger et Bamako partagent près de 1 400 kilomètres de frontière commune, un espace saharien où circulent groupes armés, trafiquants et déplacés. La dégradation sécuritaire du nord malien pèse mécaniquement sur les provinces algériennes du Sud, notamment Tamanrasset et Adrar. Le rétablissement d’un canal politique de haut niveau apparaît donc comme une nécessité opérationnelle autant que diplomatique.
Un axe algéro-malien fragilisé par la crise de 2024
Les relations entre les deux pays s’étaient sérieusement dégradées après la dénonciation, par les autorités de la transition malienne, de l’Accord d’Alger de 2015. Ce texte, signé sous médiation algérienne, encadrait le règlement politique du conflit avec les mouvements du nord. Sa mise à l’écart par la junte de Bamako, engagée dans une reconquête militaire du septentrion avec l’appui de partenaires russes, avait provoqué le rappel réciproque des ambassadeurs et une série de communiqués acerbes entre les deux chancelleries.
La venue d’Abdoulaye Maïga, figure centrale du dispositif civilo-militaire malien et longtemps porte-parole du gouvernement, traduit une volonté de désescalade. Chef du gouvernement depuis fin 2024, l’ancien général est perçu comme un interlocuteur capable de porter à la fois la parole des militaires au pouvoir et un discours diplomatique plus policé. Sa présence à Alger indique que la junte, tout en poursuivant sa ligne souverainiste, ne peut se permettre une rupture durable avec son puissant voisin du nord.
Sécurité, énergie et corridors sahariens au cœur des discussions
Les dossiers sur la table dépassent la seule question politique. La circulation transfrontalière, le contrôle des flux migratoires vers la Méditerranée et la coordination antiterroriste figurent traditionnellement en tête des échanges bilatéraux. L’Algérie, qui a durci le contrôle de sa frontière sud depuis 2023, cherche à obtenir de Bamako une coopération renforcée sur la traque des groupes affiliés à Al-Qaïda au Maghreb islamique et à l’État islamique au Sahel, dont les zones de repli débordent parfois sur son territoire.
Le volet économique n’est pas absent. Le projet de route transsaharienne, qui doit relier Alger à Lagos via Tamanrasset et Bamako, demeure un levier structurant pour désenclaver le Sahel et arrimer ses économies à la façade méditerranéenne. Sonatrach, par ailleurs, garde un intérêt de long terme sur les bassins sédimentaires partagés. À Bamako, la question de l’approvisionnement en hydrocarbures reste sensible depuis les difficultés logistiques provoquées par les blocages routiers sur le corridor sénégalais.
Une recomposition régionale en toile de fond
La séquence intervient dans un environnement régional profondément remodelé. La sortie du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), officialisée en janvier 2025, et la constitution de la Confédération des États du Sahel (AES) ont redessiné la carte des alliances. Alger, qui avait critiqué l’orientation prise par la transition malienne, adopte désormais une posture plus pragmatique face à un bloc sahélien désormais structuré.
Reste que la reprise du dialogue ne signifie pas alignement. Alger continue de défendre le principe d’un règlement politique inclusif au nord Mali, quand Bamako mise sur la solution militaire. Les prochaines semaines diront si la visite d’Abdoulaye Maïga ouvre la voie à un retour des ambassadeurs et à une feuille de route bilatérale formalisée, ou si elle relève d’un simple geste de courtoisie diplomatique. Selon El Watan, l’audience présidentielle confirme en tout état de cause la volonté des deux capitales de renouer le fil du dialogue.
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