L’Égypte a entamé des discussions avec la Société financière internationale (SFI) pour explorer des opportunités d’investissement et de financement dans le raffinage pétrolier, la pétrochimie, les industries à valeur ajoutée et le secteur minier.

Le ministre du Pétrole et des Ressources minérales, Karim Badawi, a présenté lundi 16 février un programme de six projets de développement et d’optimisation des raffineries existantes, représentant plus de 4 milliards de dollars (3,37 milliards d’euros). Ces projets visent à augmenter la production locale de carburants, créer une valeur ajoutée substantielle et contribuer à réduire la facture d’importation de produits raffinés.

Réformes et incitations pour attirer les investisseurs

Depuis un an et demi, l’Égypte a engagé des réformes visant à renforcer le climat d’investissement dans le pétrole et le gaz. Le pays a notamment entamé le règlement progressif de ses arriérés envers ses partenaires étrangers – 5 milliards de dollars ont déjà été remboursés sur un total de 6,1 milliards au 30 juin 2024 – et a introduit de nouvelles mesures incitatives pour restaurer la confiance des investisseurs. Selon le Premier ministre Mostafa Madbouly, le solde restant pourrait tomber à environ 1,2 milliard de dollars d’ici mi2026.

Parallèlement, le gouvernement a amélioré les mécanismes de partage des bénéfices en appliquant le facteur R, un ajustement qui permet de lier la répartition des profits à la rentabilité des projets et à la quantité de production, garantissant ainsi un équilibre entre l’État et les compagnies étrangères. Il encourage également l’utilisation des infrastructures existantes de GNL et de raffinage et prépare de nouvelles initiatives pour attirer des investissements dans l’amont pétrolier.

Urgence énergétique et importations record

La nécessité de ces investissements se fonde sur la situation énergétique actuelle du pays. Au premier semestre de l’exercice budgétaire 2024/25, la valeur des importations pétrolières a augmenté de 53,3%, atteignant 9,7 milliards de dollars contre 6,3 milliards un an plus tôt. Les importations de gaz naturel ont quant à elles progressé de 2,1 milliards de dollars sur la même période.

Un an plus tôt, lors de l’exercice 2023/24, le déficit commercial pétrolier a atteint un niveau record de 7,65 milliards de dollars, après un excédent de 410 millions en 2022/23, représentant ainsi l’essentiel de l’augmentation de 8,4 milliards du déficit commercial global du pays cette année.

Bien que l’Égypte dispose d’une capacité de raffinage de 840 000 b/j sur une dizaine de raffineries, la plupart ne fonctionnent pas à plein régime, faute d’entretien et de modernisation suffisants. En 2024, la production effective n’a ainsi atteint que 600 000 b/j, contraignant le pays à importer une large part de son carburant.

Ces déséquilibres soulignent l’urgence de renforcer les capacités locales de raffinage pour accompagner la croissance de la production nationale et réduire la dépendance aux importations.

Doubler la production tout en renforçant le raffinage

Le Caire s’est fixé pour objectif de doubler la production de brut d’ici 2030. Atteindre cette ambition nécessite d’accroître en parallèle les capacités locales de transformation afin de limiter la dépendance aux produits importés.

Pour répondre à ces enjeux, l’Égypte prévoit de présenter prochainement à des banques et investisseurs internationaux une liste de projets de raffinage visant l’autosuffisance en essence et en diesel. Ces projets doivent permettre de sécuriser le financement nécessaire et d’aligner la montée en puissance de la production avec la capacité de raffinage.

Les discussions avec la SFI ouvrent une phase de consultations techniques entre spécialistes afin de définir les priorités de coopération, sécuriser les financements et garantir que l’augmentation de la production soit accompagnée d’une capacité industrielle capable de la transformer localement.