Les inondations de la Sainte-Madeleine, qui ravagèrent une partie de l’Europe centrale pendant quatre semaines en juillet 1342, n’ont pas été un événement isolé. Dans la revue Nature, des chercheurs annoncent avoir retrouvé les traces de 16 grandes inondations survenues entre la fin de l’année 1341 et 1343.
Historiens, géographes et climatologues ont étudié plus de 1 000 documents médiévaux, allant des archives administratives aux textes religieux, pour parvenir à les identifier. Ils affirment ainsi que l’année 1342 aurait connu « le plus grand nombre de crues majeures et exceptionnelles recensées en Europe au cours des 700 dernières années ».
Avant la peste… les crues
Des milliers de personnes ont péri durant ces catastrophes, sans compter les animaux domestiques et la faune sauvage. Des ponts, des récoltes et des villages entiers ont été détruits. « Il s’agit d’un cycle d’inondations massif. C’est comme si les cinq dernières grandes inondations survenues au cours des vingt dernières années s’étaient toutes produites en l’espace de deux ans », explique l’historienne de l’environnement Ellen Arnold à la revue Science. Quelques années plus tard, l’arrivée de la peste noire allait encore fragiliser le continent. « C’était vraiment une question de malchance d’être vivant dans les années 1340 », estime à son tour l’historien Martin Bauch.
Des causes incertaines, des actions entreprises
À l’époque, certains voyaient dans cette série exceptionnelle de crues des signes religieux ou surnaturels. Des astronomes installés à Paris auraient même attribué ces phénomènes à une configuration astrale particulière. Les chercheurs privilégient aujourd’hui une combinaison de facteurs climatiques. Entre 1340 et 1341, plusieurs éruptions volcaniques, notamment celle du volcan Hekla en Islande, avaient envoyé des particules de soufre dans l’atmosphère qui auraient pu contribuer à ces conditions météorologiques. Le recul de la banquise arctique et une activité solaire « relativement faible » pourraient également avoir joué un rôle.
La répétition de ces catastrophes a obligé les sociétés médiévales à revoir leur manière de se protéger avec des ponts plus solides, une meilleure régulation des cours d’eau et d’autres défenses renforcées contre les inondations. Les populations avaient donc saisi que ces bouleversements ne laissaient pas seulement des ruines sur leur passage, mais transformaient durablement les communautés qui y survivaient. Un enseignement vieux de près de 700 ans qui résonne avec nos inquiétudes actuelles.