C’est une visite qui confirme le rapprochement entre Bamako et Alger. Le Premier ministre de la transition malienne, le général Abdoulaye Maïga, était hier, lundi 24 août, à Alger pour améliorer les relations entre les deux pays, qui partagent plus de 1 300 kilomètres de frontière.
Sur invitation de son homologue algérien, Sifi Ghrieb, Abdoulaye Maïga était porteur d’un message du président de la transition malienne, le général Assimi Goïta.
Le chef du gouvernement malien s’est entretenu avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune sur les questions relatives à la sécurité dans le Nord, à l’économie ou encore à l’approvisionnement en carburant.
Plus d’un an de froid diplomatique
Cette visite qui met fin à quinze mois de brouille diplomatique, née de l’abattage d’un drone malien par l’Algérie vers Tinzaouatène, à la frontière entre les deux pays. Elle intervient surtout dans un contexte de forte tension entre les groupes armés du Nord et l’armée malienne dans la zone de Kidal.
Pour Jean-François Marie Camara, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’université Kurukanfuga de Bamako, le Mali et l’Algérie n’avaient pas d’autre choix que de se retrouver.
« Le Mali a compris l’importance d’impliquer l’Algérie, l’importance de dialoguer avec l’Algérie, explique-t-il. L’Algérie aussi a compris que le Mali est un acteur clé dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Donc, ils ont saisi l’opportunité de la redynamisation des rapports entre deux États qui partagent énormément de choses depuis les années 1960, sur des questions relatives à l’indépendance de l’Algérie, intervenue en 1962, à la première rébellion au Mali, en 1963, ou encore aux accords de Tamanrasset, en 1991 ».
Deux pays au destin partagé
L’Algérie a aussi été un acteur incontournable dans la résolution de la crise opposant les rebelles séparatistes du Nord au pouvoir central de Bamako. Un rôle qu’Alger voudrait bien jouer de nouveau pour tenter de ramener la paix dans cette partie du Mali, en proie à une instabilité chronique.
« Nous ne pouvons pas déménager », a déclaré le président algérien Abdelmadjid Tebboune à ce propos, pour souligner la proximité géographique et le destin qui lient les deux nations.
Selon Moctar Sy, leader d’opinion, cette réconciliation ne doit pourtant pas pousser Bamako à « sous-traiter sa souveraineté ». Il estime qu' »un pays souverain comme le nôtre doit être capable de défendre fermement ses intérêts, tout en restant ouvert au dialogue, si celui-ci peut favoriser la paix et la stabilité dont nous avons tant besoin pour développer notre pays. Pour moi, le Mali doit rester maître de son agenda, de ses choix et de la manière dont il entend régler durablement la question du Nord. Il faut des solutions maliennes. Des discussions entre Maliens. Les problèmes doivent être résolus par des Maliens. Nous pouvons, en même temps, bien évidemment, accepter des partenaires, des médiations, des facilitations lorsque nous ne nous comprenons pas ».
Signe du dégel entre Bamako et Alger, le président Abdelmadjid Tebboune a invité son homologue malien à une visite d’État en Algérie dans les prochaines semaines. Une invitation acceptée par le général Assimi Goïta.