Des chercheurs se sont récemment intéressés aux concentrations de polybromodiphényléthers (PBDE) dans les écosystèmes de 25 pays européens, dans le cadre d’une étude publiée dans la revue Environmental Research. Il s’agit de produits chimiques qui sont utilisés comme retardateurs de flamme et qui ont notamment été ajoutés à certains plastiques, textiles, mousses et équipements électroniques afin de réduire leur inflammabilité. Le problème est qu’ils sont considérés comme des polluants organiques persistants.

Ce qui veut dire qu’ils se dégradent très lentement dans l’environnement, qu’ils peuvent s’accumuler dans les organismes et la chaîne alimentaire, et certains d’entre eux sont même susceptibles d’avoir des effets sur le système hormonal, le développement neurologique et la reproduction. C’est pourquoi leur fabrication est désormais interdite et que l’importation, l’utilisation et la vente de produits industriels contenant les plus préoccupants d’entre eux sont restreintes. Cependant, selon les scientifiques, ces restrictions réglementaires mises en place il y a plusieurs années n’ont pas permis d’éliminer totalement la présence de ces substances chimiques dans l’environnement.

Des substances chimiques auxquelles les humains sont exposés quotidiennement

Les résultats obtenus par les chercheurs sont sans appel. Des polybromodiphényléthers ont été détectés dans l’air, l’eau, les sédiments, les sols, la neige et les boues, témoignant de leur grande persistance dans l’environnement. Pour mener à bien leur étude, ils ont réalisé une revue systématique exhaustive évaluant la présence, la distribution et les profils spécifiques des congénères de PBDE dans les différents compartiments environnementaux européens, ainsi que les conséquences de la contamination historique et des cadres réglementaires existants.

Celle-ci a évalué « la présence, la distribution et les profils spécifiques aux congénères des PBDE dans les différents compartiments environnementaux européens et a examiné les implications des sources historiques et des cadres réglementaires. Les données ont été synthétisées pour l’air, l’eau, les sédiments, les sols, la neige/le névé et les boues », a indiqué l’équipe de scientifiques. Suite à cela, ils ont découvert que ces substances chimiques dangereuses restent largement répandus en Europe et sont présentes aussi bien dans des environnements fortement impactés que dans des zones reculées, leur distribution dépendant fortement du type de matrice.

« L’eau présentait généralement des concentrations plus faibles et plus transitoires, tandis que les sédiments, les boues et certains sols agissaient comme d’importants réservoirs », ont-ils précisé. Des résultats qui remettent en question l’idée reçue selon laquelle les produits chimiques dangereux disparaissent tout simplement une fois les interdictions réglementaires mises en place. Au contraire, les données suggèrent que les polluants persistants peuvent circuler dans l’environnement pendant des décennies après l’arrêt de leur production et de leur utilisation initiales.

Les chercheurs appellent à une surveillance à long terme des PBDE

Selon les experts, ces résultats soulignent la nécessité de mettre en place des programmes de surveillance harmonisés et multidimensionnels, d’améliorer la communication des informations relatives à l’assurance et au contrôle qualité (AQ/CQ), mais aussi d’accorder une attention particulière au BDE-209, à ses produits de transformation et aux retardateurs de flamme qui le remplacent.

« Le suivi d’une seule matrice, d’un seul pays ou d’un seul groupe de congénères n’est plus suffisant. Les PBDE circulent dans des systèmes interconnectés : des produits aux poussières, des poussières aux eaux usées, des eaux usées aux boues, des boues aux sols et des sédiments aux réseaux trophiques aquatiques », a souligné Khaled Abass, auteur principal de l’étude.

C’est pourquoi, les chercheurs insistent sur le fait que la réglementation des produits chimiques doit s’accompagner d’une surveillance environnementale à long terme. « L’Europe a réalisé des progrès considérables dans la maîtrise des PBDE. Toutefois, les données sur la contamination montrent que les décisions chimiques passées continuent d’influencer l’exposition actuelle et future. Les PBDE ne sont donc pas de simples polluants du passé. Ce sont des substances chimiques persistantes qui continuent d’affecter l’environnement », a conclu Khaled Abass.