Le ministère égyptien du Tourisme et
des Antiquités
a annoncé le 16 août 2026 la mise au jour, à
Tell Abou Seify, près de Qantara Est dans le gouvernorat
d’Ismaïlia, d’un linteau de grès gravé aux titres du pharaon Ramsès
II. Brisée en deux, l’inscription évoque la restauration d’une
statue d’Horus qualifié de Seigneur de Masn, un nom de ville que
les sources égyptiennes rattachent à la frontière orientale du
royaume. Ce document renforce l’hypothèse selon laquelle le site
abriterait la cité perdue de Masn, sans encore la prouver.

Un linteau brisé qui souffle le nom d’une ville

Le linteau, taillé dans le grès et fendu en deux morceaux,
portait sur trois faces les titres de Ramsès II, souverain du XIIIe
siècle avant notre ère. Le texte décrit la remise en état d’une
statue du dieu Horus, présenté comme Seigneur de la cité de Masn.
C’est ce dernier mot qui a électrisé la mission, car il relie
directement le sanctuaire fouillé à une ville jusque-là connue des
seuls papyrus et bas-reliefs.

L’énigme ne date pas d’hier. Dès 1887, des pierres
au nom de Ramsès II
avaient été repérées à Tell Abou Seify,
laissant deviner un lieu important, sans qu’on puisse encore lui
donner un nom. En 2013, deux chercheurs, James Hoffmeier et Stephen
Moshier, avaient pourtant contesté ce lien, jugeant ces blocs
déplacés depuis le site voisin de Tell Hebua. Le nouveau linteau,
dégagé cette fois en place, fait pencher la balance de l’autre
côté.

Structures mises au jour sur le site. © Ministère égyptien du Tourisme et des
Antiquités

Structures mises au jour sur le site.

Trois routes, un temple et des fours à chaux

Au fil des campagnes, les archéologues ont dégagé un vaste
ensemble religieux. Un mur en briques crues cernait l’enceinte
sacrée du temple, tandis que deux
routes pavées
se superposaient à l’entrée, l’une creusée à
l’époque ptolémaïque, l’autre rebâtie par-dessus sous les Romains.
Des salles de stockage bordaient le côté nord, des pièces de
service plus vastes le côté sud, autour d’un sanctuaire qui
abritait le cœur du culte.

Le lieu a changé de visage au gré des siècles. Florissant sous
les Ptolémées, la dynastie grecque qui régna sur l’Égypte, le
temple s’est mué en camp militaire romain, un castrum, au IIIe
siècle de notre ère, avant que deux grands fours à chaux
circulaires ne s’installent sur les angles du sanctuaire pour en
recycler les pierres. Les fouilles ont aussi livré la statue d’un
scribe militaire de la XXVIe dynastie, un torse royal et des
figures de faucons, l’oiseau d’Horus, en basalte et en
calcaire.

Une porte vers le Sinaï encore à
confirmer

Si l’identification se confirme, Masn prendrait place sur la
route militaire d’Horus, l’axe stratégique qui reliait la vallée du
Nil au Sinaï puis à l’ancienne Canaan. Cette voie jalonnée de
forteresses commandait la défense de la frontière orientale, la
plus exposée aux invasions. Ces places fortes contrôlaient aussi le
passage des armées, des marchands et des caravanes entre l’Afrique
et l’Asie. Retrouver l’une de ces villes aiderait à reconstituer la
façon dont les pharaons surveillaient et ravitaillaient cette
marche désertique.

Les responsables du Conseil suprême des antiquités restent
toutefois prudents. Pour Hisham El-Leithy, son secrétaire général,
les nouvelles fouilles obligent déjà à réévaluer les vestiges mis
au jour lors des saisons précédentes, mais l’attribution définitive
exigera d’autres travaux. La mission compte étendre les tranchées

autour du temple
, dans l’espoir d’exhumer une inscription qui
nommerait la ville sans la moindre ambiguïté.