Le géant indien Varun Beverages, l’un des plus importants franchisés de PepsiCo au monde hors États-Unis, prépare son implantation en Tunisie. Le groupe projette de créer avec un partenaire tunisien une société dotée d’un capital de neuf millions de dinars, destinée à la production et à la distribution de boissons gazeuses, de jus, d’eau et de produits laitiers. Une annonce qui intervient alors que le marché tunisien de l’eau embouteillée traverse depuis plusieurs semaines de fortes tensions.
Le groupe indien Varun Beverages Limited a annoncé, mardi 25 août 2026, son intention de créer une société commune en Tunisie consacrée à la production et à la distribution de boissons.
L’information figure dans un communiqué réglementaire officiel transmis le même jour par Varun Beverages à la National Stock Exchange of India (NSE) et à BSE Limited, la Bourse de Bombay, à l’issue d’une réunion de son conseil d’administration. Le document, également publié par le groupe, détaille dans une annexe les caractéristiques du projet tunisien.
Le conseil d’administration a ainsi approuvé le projet de constitution de Varun Beverages Tunisia SA, ou d’une société portant une dénomination similaire qui devra être validée par les autorités compétentes.
À ce stade, la société tunisienne n’a pas encore été constituée. L’opération demeure soumise aux autorisations réglementaires nécessaires.
Un poids lourd mondial de l’embouteillage PepsiCo
Peu connu du grand public tunisien, Varun Beverages est pourtant un poids lourd de l’industrie mondiale des boissons. Le groupe se présente comme l’un des plus importants franchisés de PepsiCo au monde hors États-Unis et travaille avec le géant américain depuis les années 1990.
Varun Beverages fabrique, embouteille et distribue une large gamme de boissons commercialisées sous des marques appartenant à PepsiCo. Son portefeuille comprend notamment Pepsi, 7Up, Mirinda, Mountain Dew et Sting, mais également Tropicana, Gatorade et l’eau conditionnée Aquafina.
Le groupe occupe une place particulièrement importante en Inde, où ses franchises couvrent 27 États et sept territoires de l’Union et représentent environ 90% des volumes de boissons de PepsiCo dans le pays, selon les informations publiées par Varun Beverages.
Son développement ne se limite toutefois plus depuis longtemps au marché indien. Le groupe a progressivement construit une présence internationale, notamment en Afrique. Il dispose d’activités dans plusieurs marchés du continent, parmi lesquels le Maroc, la Zambie, le Zimbabwe, l’Afrique du Sud et la République démocratique du Congo. Il est également présent au Népal et au Sri Lanka.
L’implantation projetée en Tunisie s’inscrit ainsi dans une stratégie d’expansion internationale déjà fortement orientée vers le continent africain.
Neuf millions de dinars de capital avec un partenaire tunisien
Selon le communiqué réglementaire de Varun Beverages, la future société tunisienne disposera d’un capital de neuf millions de dinars.
Celui-ci sera détenu à 75% par Varun Beverages Limited et à 25% par Bevanda, le partenaire tunisien mentionné dans le document.
La valeur nominale de chaque action est fixée à dix dinars et l’apport au capital sera effectué en numéraire. Sur cette base, la participation de Varun Beverages représenterait 6,75 millions de dinars et celle de Bevanda 2,25 millions de dinars.
Une distinction s’impose toutefois : les neuf millions de dinars correspondent au capital social prévu de la future joint-venture. Ce montant ne constitue donc pas nécessairement le coût total de l’investissement que pourrait engager le groupe pour développer ses activités en Tunisie.
Varun Beverages ne fournit, à ce stade, aucune estimation de l’investissement global susceptible d’accompagner le projet.
La future société évoluera, selon le communiqué, dans le secteur des produits de grande consommation. Son activité doit porter sur la production et la distribution de boissons gazeuses, de jus, d’eau et de produits laitiers.
Le document mentionne également l’autorisation préalable du Registre national des entreprises (RNE) parmi les démarches nécessaires à la constitution de la société.
Plusieurs éléments importants restent toutefois inconnus. Varun Beverages ne précise ni le lieu où seraient implantées ses futures activités de production, ni les capacités envisagées, ni le calendrier prévu pour leur lancement. Le communiqué n’indique pas non plus quelles marques seraient produites ou distribuées en Tunisie.
Il serait donc prématuré d’en déduire que Pepsi, 7Up, Aquafina ou d’autres marques du portefeuille PepsiCo seront produites localement. Le communiqué confirme l’activité envisagée et le montage de la société tunisienne, mais ne va pas au-delà.
Une annonce en pleine crise de l’eau embouteillée
Le projet de Varun Beverages prend une résonance particulière dans le contexte que traverse actuellement le marché tunisien. Parmi les activités envisagées par la future société figure en effet la production et la distribution d’eau, alors que l’eau embouteillée est devenue particulièrement difficile à trouver dans de nombreux commerces depuis la fin du mois de juillet.
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Des rayons restent vides ou sont rapidement épuisés lorsque de nouvelles quantités arrivent. De nombreux Tunisiens expriment également sur les réseaux sociaux leurs difficultés à se procurer des bouteilles ou des packs. La situation dure désormais depuis plusieurs semaines, malgré les annonces successives d’un retour à la normale.
Dès le 25 juillet, Business News avait constaté des rayons entièrement vides ou fortement dégarnis dans plusieurs grandes surfaces, certaines ayant commencé à limiter les quantités vendues par client.
Les explications avancées depuis par les différents acteurs de la filière se sont accumulées : hausse exceptionnelle de la consommation sous l’effet de la chaleur, épuisement anticipé des stocks constitués pour l’été, délestages électriques, perturbations de la distribution, achats de précaution ou encore développement de circuits informels.
Ces différents facteurs ne sont pas nécessairement contradictoires. Leur combinaison permet surtout de mesurer la pression exercée sur un marché confronté à une demande estivale exceptionnellement élevée.
Fin juillet, le président de la Chambre syndicale des producteurs de boissons non alcoolisées, Lassâad Mzah, avait reconnu l’existence d’un manque sur le marché. Les stocks constitués en prévision de la saison estivale avaient été entamés plus rapidement que prévu sous l’effet de l’envolée de la consommation, tandis que les délestages venaient perturber certaines unités de production.
Ces coupures n’ont d’ailleurs pas seulement provoqué des arrêts momentanés des chaînes d’embouteillage. Le 29 juillet, le président de la Chambre syndicale des grandes surfaces, Hédi Baccour, avait indiqué que certaines machines avaient été endommagées lors des coupures ou au moment du rétablissement du courant, nécessitant des réparations avant une reprise normale de l’activité.
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Même lorsqu’aucune panne n’était constatée, le retour de l’électricité ne permettait pas nécessairement une reprise immédiate, les chaînes d’embouteillage ayant besoin d’un certain temps pour retrouver leur cadence.
Les perturbations se sont ensuite répercutées sur les commerces. Certaines grandes surfaces ne recevaient plus qu’une seule livraison quotidienne et tentaient de répartir les quantités disponibles au cours de la journée afin d’éviter que les rayons ne soient totalement vides dès les premières heures.
Une demande toujours sous forte pression
La crise électrique a parallèlement affecté l’alimentation en eau potable et contribué indirectement à renforcer la pression sur le marché de l’eau embouteillée.
Les 14 et 15 juillet, entre 700 et mille interruptions quotidiennes de courant avaient été enregistrées au niveau des installations de pompage de la Sonede. À chaque coupure, les pompes s’arrêtaient, perturbant le remplissage des réservoirs et faisant baisser la pression dans les conduites. Plusieurs heures pouvaient ensuite être nécessaires pour un retour complet à la normale.
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Les difficultés touchant l’alimentation en eau potable ont ainsi pu reporter une partie supplémentaire de la demande vers l’eau embouteillée, précisément au moment où les fortes températures poussaient déjà la consommation à la hausse.
Cette équation reste d’actualité au moment où Varun Beverages dévoile son projet tunisien. Mercredi 26 août, une nouvelle poussée de chaleur touche le pays. Selon l’Institut national de la météorologie (INM), les températures maximales devraient généralement être comprises entre 42 et 48 degrés Celsius, avec du sirocco.
Vingt-trois des 24 gouvernorats sont placés en vigilance orange, Kasserine étant le seul en vigilance jaune. Cette nouvelle vague de chaleur intervient alors que l’approvisionnement en eau embouteillée n’a toujours pas retrouvé une disponibilité régulière dans de nombreux points de vente.
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Lundi 24 août, le président de l’Organisation tunisienne d’orientation du consommateur, Lotfi Riahi, avait pourtant assuré qu’il n’existait pas de baisse générale de la production d’eau embouteillée. Il attribuait les difficultés principalement aux perturbations de la distribution, aggravées par les coupures d’électricité, l’augmentation exceptionnelle de la consommation et les achats de précaution.
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Ce diagnostic n’est pas incompatible avec les perturbations de production constatées auparavant : des unités ont pu subir ponctuellement les conséquences des délestages sans que la production nationale enregistre, sur l’ensemble de la période, une baisse générale.
Pour un nouvel acteur souhaitant produire et distribuer de l’eau en Tunisie, la crise actuelle met ainsi en évidence un enjeu qui dépasse les seules capacités de production. L’acheminement des quantités disponibles, la constitution des stocks et la capacité des circuits de distribution à absorber brutalement une demande beaucoup plus forte constituent également des paramètres déterminants.
Un marché désormais sous étroite surveillance
Les tensions ont fini par entraîner une intervention directe des pouvoirs publics sur le fonctionnement du marché.
Le 19 août, le ministère du Commerce et du Développement des exportations a décidé de plafonner les marges bénéficiaires appliquées aux eaux minérales conditionnées à 15% pour le commerce de gros et à 15% pour la vente au détail. Des prix maximums de vente au public ont parallèlement été fixés.
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Le ministère a également renforcé les contrôles portant notamment sur les circuits de distribution, les stocks, les prix et la facturation. Plus de 147.000 litres d’eau conditionnée avaient notamment été saisis entre la deuxième moitié de juillet et le début du mois d’août pour différentes infractions touchant à la transparence des transactions et au respect des prix.
La disponibilité du produit demeure pourtant problématique sur le terrain. Lorsque de nouvelles quantités arrivent dans certains commerces, elles peuvent susciter une forte affluence et s’écouler rapidement. Certains points de vente continuent également de limiter les quantités proposées à chaque client.
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La question a fini par atteindre le sommet de l’État. Dans la soirée du samedi 22 août, le président de la République, Kaïs Saïed, s’est rendu dans un complexe industriel de production d’eau minérale à Oueslatia, dans le gouvernorat de Kairouan.
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Aucun détail précis n’a été communiqué sur d’éventuelles décisions prises à l’issue de cette visite. Le déplacement intervenait néanmoins alors que les difficultés d’approvisionnement en eau embouteillée étaient installées depuis plusieurs semaines.
C’est donc sur un marché fortement sollicité, où les pics de consommation ont mis sous pression la production, les stocks et les circuits de distribution, que Varun Beverages envisage aujourd’hui de s’implanter.
Le projet ne constitue évidemment pas une réponse à la crise actuelle. Varun Beverages Tunisia SA n’existe pas encore juridiquement, les autorisations nécessaires doivent être obtenues et aucun calendrier de démarrage des activités n’a été annoncé. Ni les capacités de production futures ni le montant global des investissements nécessaires n’ont, pour l’heure, été dévoilés.
Mais l’annonce prend un relief particulier dans le contexte actuel : un acteur international majeur de l’industrie des boissons, déjà implanté sur plusieurs marchés africains, envisage d’entrer dans la production et la distribution d’eau et de boissons en Tunisie précisément au moment où les tensions de l’été mettent en évidence les difficultés du marché à répondre aux pics de consommation.
Le projet d’implantation de Varun Beverages sera donc à suivre, tant pour les nouvelles capacités de production qu’il pourrait, à terme, apporter au marché tunisien que pour la place que le groupe entend y occuper face aux opérateurs déjà installés.
I.N.