Les marchés publics représentent près d’un tiers du produit intérieur brut du Kenya, faisant de leur gestion un enjeu majeur pour les finances publiques et l’économie du pays. La dématérialisation de ce secteur ouvre désormais un nouveau chantier autour du contrôle et du suivi des dépenses publiques.
Le Trésor national kényan a fixé au 30 septembre la date limite pour que les 47 gouvernements de comté achèvent l’intégration du système électronique de passation des marchés publics (e-GP) avec le Système intégré de gestion financière (IFMIS). La directive a été annoncée le mardi 25 août par le secrétaire du Cabinet au Trésor, John Mbadi, à l’issue d’une réunion avec le Conseil des gouverneurs.
L’objectif est de relier plus étroitement les différentes étapes de la dépense publique. La plateforme e-GP permet déjà de numériser le processus d’achat, depuis la préparation et la publication des appels d’offres jusqu’à l’attribution des marchés et au suivi des contrats. Son interconnexion avec l’IFMIS doit désormais permettre de faire le lien avec la planification budgétaire, les dépenses et les paiements. Les autorités espèrent ainsi disposer d’une meilleure visibilité sur l’utilisation des fonds publics et réduire les possibilités de manipulation liées aux procédures manuelles.
Cette nouvelle échéance s’inscrit dans une réforme engagée depuis plusieurs années. Le gouvernement kényan avait officiellement lancé une première phase du système e-GP en avril 2025, avant de prévoir son déploiement à l’ensemble des administrations nationales et locales à partir du 1er juillet de la même année. La réforme a toutefois rencontré des résistances, notamment de la part du Conseil des gouverneurs, qui dénonçait un déploiement trop rapide et des perturbations dans la fourniture de certains services. Malgré ces difficultés, plus de 900 entités publiques avaient déjà migré vers la plateforme en février 2026.
L’enjeu dépasse la seule modernisation administrative. Les marchés publics représentent près de 30 % du PIB du Kenya, selon les autorités du secteur, ce qui fait de leur gestion un levier important pour les finances publiques. La Banque mondiale relevait également que l’opacité dans l’attribution des marchés constituait un facteur favorisant la corruption et estimait qu’un renforcement de la transparence et de la concurrence pourrait permettre au pays d’économiser au moins 0,3 % de son PIB par an.
En reliant les marchés publics aux systèmes de gestion financière, Nairobi cherche donc à suivre plus facilement le parcours des ressources publiques, de l’allocation budgétaire au paiement des fournisseurs. Reste toutefois à réussir l’intégration dans les 47 comtés dans les délais fixés, alors que les précédentes étapes du déploiement ont montré les difficultés liées à l’adoption d’un système numérique unique par des administrations aux capacités techniques parfois différentes.
Samira Njoya
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