L’opinion guinéenne est toujours sous le choc après l’éboulement de la décharge, survenu le week-end dernier, dans le quartier de Dar es Salam, à Conakry, la capitale. Le bilan fait état d’au moins 34 morts. C
Ouverte dans les années 1980, la décharge de Dar es Salam devait pourtant n’être qu’une solution provisoire. Car elle avait été dimensionnée à l’époque pour une ville d’environ 500 000 habitants, avec une durée de vie de vingt ans. Mais elle n’a jamais été fermée comme prévu.
Pourtant, le 22 août 2017, l’effondrement d’une partie de la même décharge avait déjà fait neuf morts.
»Les services de protection civile ne sont pas suffisamment équipés en Guinée pour faire face à un tel drame, parce que, jusqu’à présent, il est évident qu’il y a encore des personnes sous les ordures qui n’ont pas été sauvées. Donc, il n’y a pas suffisamment d’équipements à la disposition des services de protection civile pour pouvoir faire face à l’urgence, très malheureusement », selon Ibrahima Diallo est membre des organisations Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) et Tournons la page Guinée (TLP-Guinée).

Des habitants de ConakryJohn Wessels/AFP
Démolition de maisons riveraines de la décharge
Les autorités guinéennes ont mené mercredi des opérations de démolition de maisons situées autour d’une décharge dans la banlieue de la capitale, Conakry.
La ministre guinéenne de la Santé, Khaïté Sall, a indiqué mardi que le nouveau bilan provisoire était de 34 morts et 33 blessés, dont six grièvement. Elle a précisé que des ressortissants sierra-léonais figuraient parmi les victimes.
Des pelleteuses avaient été déployées dès lundi pour détruire de petites constructions et des échoppes jugées à risque mais les opérations d’ampleur ont réellement débuté mercredi, a constaté un journaliste de l’AFP.
Selon l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes (ANGUCH), 72 ménages, considérés comme exposés, ont été identifiés en vue de la démolition de leurs habitations.
Des drames similaires liés aux décharges ont eu lieu en Afrique
À Abuja, au Nigeria, l’effondrement d’une partie de la décharge de Mpape avait enseveli des récupérateurs de déchets en 2012. L’accident avait relancé le débat sur la gestion des déchets et la sécurité des travailleurs informels.
En mars 2017, une montagne d’ordures s’est effondrée sur le bidonville voisin de la décharge de Koshe, à Addis-Abeba. Plus de 110 personnes ont perdu la vie. Sans oublier les inondations et glissements de terrain de Freetown, en Sierra Leone, en 2017. Un millier de personnes avaient perdu la vie.
Il y a deux ans, la décharge de Kiteezi, la principale de Kampala, s’est partiellement effondrée après de fortes pluies. Bilan : au moins 30 personnes ont été tuées.
Face à la répétition de ces drames, Adrien Poussou interpelle les autorités politiques des pays africains.
»Ce drame est malheureusement une métaphore de nombreuses capitales africaines. Nous avons construit des villes sans véritable politique d’aménagement. Nous avons laissé l’urbanisation aller plus vite que les infrastructures et nous continuons à traiter les déchets comme une question secondaire, alors qu’ils constituent une question de santé publique, d’environnement, de sécurité et désormais de souveraineté urbaine. Et il faut agir en toute responsabilité. Je distingue bien la responsabilité politique, la responsabilité administrative et éventuellement une responsabilité pénale. Nous devons avoir une véritable politique d’urbanisation » affirme-t-il.
Rappelons qu’en décembre 2023, la Guinée a connu l’explosion du dépôt d’hydrocarbures de la commune de Kaloum, le cœur politique et économique de Conakry. Bilan fourni par les autorités : 24 morts et 454 blessés. On n’oubliera pas non plus la tragédie qui a eu lieu le 1ᵉʳ décembre 2024 au stade du 3-Avril, à N’Zérékoré, en Guinée forestière. Officiellement, 56 personnes ont été tuées. Plus d’une centaine, avancent de leur côté certaines organisations de défense des droits de l’Homme.
Comme on peut le constater, le drame de Dar es Salam, à Conakry, illustre un risque qui touche plusieurs grandes villes africaines, où les décharges sont arrivées à saturation et côtoient des zones densément peuplées.