C’est l’histoire de deux partenaires qui ne se comprennent plus. Interviewé le 18 février dans le podcast allemand « Machtwechsel », le chancelier Friedrich Merz a lâché une petite bombe. Pour la première fois en des termes aussi clairs, il exprime ses doutes sur la poursuite du programme d’avion de combat franco-germano-espagnol SCAF (Système de combat aérien du futur). Paris et Berlin, assure-t-il, sont « en désaccord sur les spécifications et les profils » de l’avion, l’Allemagne n’ayant pas besoin, à l’inverse de la France, d’un appareil embarquable sur porte-avions et capable d’emporter des missiles nucléaires. Si ce problème n’est pas résolu, « nous ne pourrons pas poursuivre le projet », martèle le dirigeant allemand, qui souligne que d’« autres pays en Europe » sont prêts à travailler avec Berlin.
Message reçu à l’Elysée ? Pas vraiment. 6 000 km plus à l’ouest, en visite en Inde, Emmanuel Macron, loin de prendre acte des velléités de départ allemandes, répond une énième fois en recourant à la méthode Coué. Il fait savoir qu’il reste « engagé pour le succès du projet », et juge « incompréhensible » que les divergences ne soient pas « surmontées ». « Il n’y a plus qu’une personne qui croit au SCAF en Europe, et elle habite à l’Elysée, se désole un industriel français de l’armement. Ce niveau de déni sur l’état du programme est sidérant. »