Qui aurait imaginé que Bob l’éponge puisse devenir un symbole de contestation politique ? En quelques jours, une page Facebook consacrée à des détournements du dessin animé est devenue un véritable espace de critique du pouvoir en Egypte, attirant près de deux millions d’abonnés.
Créée le 11 août sous le nom « Les doléances des gens de Qa’a Al-Hamour » [Qa’a Al-Hamour étant le nom arabe de Bikini Bottom, la ville sous-marine où vit Bob l’éponge], la page a rapidement connu un véritable succès, indique le quotidien libanais An-Nahar. Des internautes ont commencé à y partager des images, des vidéos et des mèmes mettant en scène les personnages de Bob l’éponge, pour se moquer du gouvernement et critiquer la situation sociale du pays.
L’humour comme moyen de contestation
Les publications abordaient notamment la corruption, les inégalités, les difficultés économiques et les problèmes rencontrés au quotidien par une partie de la population égyptienne. Le phénomène a pris une telle ampleur que plusieurs personnalités de la télévision, de la chanson et du cinéma ont commencé à participer au mouvement.
Une seconde page, intitulée « Ministère de l’Intérieur de Qa’a Al-Hamour », a même vu le jour. Son logo reprenait les codes visuels du véritable ministère égyptien de l’Intérieur, accentuant encore la dimension satirique du mouvement, note le site local Mada Masr. Des images détournant le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi ont également circulé sur les réseaux sociaux.
La page a finalement été suspendue
Face à la popularité croissante de la page, certains médias favorables au pouvoir ont accusé le mouvement d’être lié aux Frères musulmans, organisation interdite par les autorités égyptiennes. La page a finalement été suspendue le 23 août, et devrait rester inaccessible pendant 59 jours.
Cette décision a alimenté les interrogations sur la liberté d’expression sur les réseaux sociaux en Égypte. L’affaire a également suscité des réactions à l’étranger. Le site qatari Arabi21, relayé par Courrier international, s’est notamment interrogé sur les raisons pour lesquelles le pouvoir égyptien pouvait se sentir menacé par une page consacrée à un personnage de dessin animé.