C’est un geste inédit pour Alger. Pour la première fois de son histoire, l’Algérie a envoyé des avions de combat, avec leurs équipages, dans un pays étranger. Quatre Sukhoï Su-30, accompagnés d’un avion ravitailleur et d’un appareil de transport militaire, ont atterri dimanche 30 août à Niamey, au lendemain d’une mutinerie déjouée par le régime militaire avec l’appui de son partenaire russe.

Selon le ministère algérien de la Défense, ce déploiement intervient « à la demande des autorités nigériennes » et vise à soutenir l’armée du pays « face à la tentative de déstabilisation ». Les avions ont été accueillis en grande pompe par des cadres du régime nigérien à leur arrivée. Alors que l’Algérie avait déjà offert quatre hélicoptères au Niger, cette décision marque une nouvelle étape dans le rapprochement entre Alger et Niamey.

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Faut-il y voir une rupture avec la doctrine militaire algérienne, traditionnellement fondée sur la non-intervention extérieure et sur la défense de ses frontières ? Pour Akram Kharief, journaliste spécialisé dans les questions de défense et de sécurité, et directeur du site MenaDefense, l’objectif de l’Algérie est de « prévenir d’éventuelles attaques venant de l’extérieur », explique-t-il à France 24.

France 24 : L’envoi de quatre Su-30 avec leurs équipages à Niamey relève-t-il d’un simple soutien politique ou marque-t-il une évolution de la doctrine militaire algérienne ?

Akram Kharief : Il s’agit, dans une certaine mesure, des deux à la fois. Si l’on s’en tient strictement aux termes du communiqué du ministère algérien de la Défense, il s’agit d’un soutien militaire visant à contribuer à la stabilité de la situation politique au Niger.

Mais au regard de l’évolution de la coopération entre les deux pays, on peut penser que ce déploiement pourrait se prolonger à plus long terme.

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un véritable changement de doctrine militaire, mais plutôt d’une nouvelle manière de répondre à l’évolution de la situation, sous l’effet des contraintes du contexte géopolitique actuel.

Akram Kharief, journaliste spécialisé dans les questions de défense et de sécurité et directeur du site MenaDefense

Akram Kharief, journaliste spécialisé dans les questions de défense et de sécurité et directeur du site MenaDefense.

Pourquoi envoyer des avions de combat, notamment des Su-30, alors que la menace directe était une tentative de rébellion interne ? Quel rôle ces appareils peuvent-ils jouer concrètement ?

Il y a une logique derrière cette décision. L’objectif de l’Algérie n’est pas de tuer des Nigériens, quel que soit le camp auquel ils appartiennent, mais de prévenir d’éventuelles attaques venant de l’extérieur et d’empêcher l’arrivée de mercenaires ou de combattants en provenance des pays voisins.

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L’Algérie souhaite également soutenir l’armée nigérienne dans ses efforts de lutte contre le terrorisme dans la région, notamment dans la région du lac Tchad et dans la zone des « trois frontières » (zone géographique sans limite précise située au Sahel entre trois pays : le Mali, le Burkina Faso et le Niger, NDLR).

Cette intervention révèle-t-elle l’émergence d’une nouvelle architecture sécuritaire au Sahel centrée sur le Niger ?

Pas nécessairement. Je pense que ce déploiement ne tient pas compte de la présence des Russes, des Italiens et même des Turcs, qui sont déjà présents sur le territoire nigérien. Il repose essentiellement sur la coopération avec les forces armées nigériennes, plus que sur toute autre considération.

Le Premier ministre du Niger Ali Mahaman Lamine Zeine, accompagné de militaires algériens, à l'aéroport de Niamey, le 30 août 2026.

Le Premier ministre du Niger Ali Mahaman Lamine Zeine, accompagné de militaires algériens, à l’aéroport de Niamey, le 30 août 2026.

Quel message l’Algérie adresse-t-elle à ses voisins, notamment au Mali et au Burkina Faso, ainsi qu’aux puissances occidentales ?

Le message est qu’elle se met à la disposition de ces pays dans la lutte contre le terrorisme et qu’elle propose des solutions militaires et économiques, ainsi que des mécanismes de dialogue politique, afin de garantir la stabilité de la région et son retour à la paix.

Selon l’article 91 de la Constitution algérienne, l’envoi de forces militaires à l’étranger nécessite l’approbation des deux tiers des membres du Parlement. Ce dernier va-t-il donc se prononcer a posteriori sur cette décision ?

Ce déploiement a été présenté comme l’envoi de deux patrouilles aériennes. Cette formulation laisse entendre qu’il ne s’agit pas d’une mission de combat et qu’elle est, en outre, temporaire. Dans ce cas, l’autorisation des deux chambres du Parlement pourrait ne pas être nécessaire.

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En revanche, si ce déploiement devait s’inscrire dans la durée, le président pourrait décider de lui donner un cadre officiel en obtenant l’approbation du Parlement. Cela ne devrait pas être particulièrement difficile, dans la mesure où la majorité des membres des deux chambres soutiennent ouvertement la politique du président.

Cet article a été adapté de l’arabe. La version originale est à retrouver ici.