Le fabricant français Bull (ex-Eviden) a été choisi par l’Europe pour fournir un supercalculateur d’IA d’une valeur de 387,8 millions d’euros. Co-développée avec l’américain AMD, cette AI factory sera déployée en 2027 en Finlande. Un signal fort pour Bull, alors que l’Europe a lancé son appel à projet pour des infrastructures encore plus puissantes, les gigafactories d’IA.

Bull (ex-Eviden) confirme sa percée sur le marché de l’IA. L’unique fabricant européen de supercalculateurs, historiquement positionné sur le marché du calcul haute performance, a été sélectionné par l’Europe* pour fournir une AI factory à la Finlande. Une machine à 387,8 millions d’euros.

«C’est le plus gros contrat de notre histoire», a réagi Emmanuel Le Roux, le directeur général de Bull, du nom de l’ancienne marque informatique française, ressuscitée à l’occasion du rachat par l’Etat en mars des activités supercalcul d’Eviden, filiale du groupe Atos.

«Ce sera la plus grosse AI factory européenne implémentée jusqu’alors, une machine plus importante encore qu’Alice Recoque», a poursuivi auprès de L’Usine Nouvelle le dirigeant, en référence au second supercalculateur exaflopique d’Europe, dont le chantier doit démarrer cette année en France et que va aussi équiper Bull.

Une infrastructure parmi les plus sobres au monde

Le supercalculateur Lumi-AI – qui sera déployé courant 2027 dans le centre de données du Centre finlandais pour la science (CSC), à Kajaani – a été conçu par Bull en partenariat avec AMD. Le groupe américain des puces, challenger du leader Nvidia, fournira les cartes graphiques (GPU) et les microprocesseurs (CPU). Preuve que sur les semi-conducteurs, la quête de souveraineté de l’Europe patine encore.

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Mais la machine intégrera tout de même une nouvelle technologie de Bull, commercialisée début 2026 : le système réseau, qui permet l’interconnexion des processeurs. De quoi valider sa stratégie sur la chaîne de valeur, alors que cette brique technologique est aujourd’hui dominée par Nvidia.

Le supercalculateur Lumi-AI va également intégrer une autre technologie brevetée par Bull : son système de refroidissement liquide direct, qui utilise de l’eau chaude pour refroidir le système. De quoi augmenter la quantité de chaleur récupérable, qui viendra alimenter le réseau de chauffage urbain de Kajaani. «Alimenté exclusivement par de l’électricité renouvelable et hébergé dans une installation répondant aux normes environnementales les plus exigeantes, Lumi-AI figurera parmi les infrastructures d’IA à grande échelle les plus sobres en énergie au monde», écrit le communiqué.

Décupler la puissance de calcul disponible en Europe

Lumi-AI va permettre à l’Europe de se doter d’une septième AI factory sur son sol. Au total, le programme piloté par la structure EuroHPC, sous tutelle de la Commission européenne, doit en faire émerger 13, dans le but de décupler la puissance de calcul disponible sur le territoire et de favoriser le développement de l’IA.

Et une seconde vague doit succéder à la première : la Commission européenne a lancé en août son appel à projet afin de créer jusqu’à sept AI gigafactories, des infrastructures de calcul encore plus puissantes. Et sur lesquelles Bull espère bien se positionner, à travers différents consortiums actuellement à l’étude.

* Précisément, Bull a été sélectionné par la structure EuroHPC JU (une entreprise publique-privée créée par l’Union européenne) et par le consortium Lumi AI Factory, qui réunit la Finlande, la République tchèque, le Danemark, l’Estonie, la Norvège et la Pologne.