673 diamants montés sur platine pour plus de 200 carats. Sa valeur ? Plusieurs millions d’euros, entre trois et quatre selon les estimations en 2015 de la maison de ventes aux enchères Sotheby’s.
Catalogué par la maison Van Cleef & Arpels sous le nom de « Collerette, 1939 », ce mirifique collier plastron est une pièce iconique du triomphe de ce qu’on appelle la « joaillerie blanche » (diamants et platine) à l’extrême fin des années 1930.
La police autrichienne a diffusé les images de vidéosurveillance des deux suspects, qui ont opéré à visage découvert ce jeudi 27 août, au musée des Arts appliqués (MAK) de Vienne en plein après-midi, entrés en simples visiteurs munis de billets. L’un s’est chargé de briser la vitrine blindée en la fracassant de 41 coups de marteau, l’autre était armé d’un pistolet, non factice selon les premières constatations de la police. L’effraction a duré moins de quatre minutes avant leur fuite à pied, dans le calme, où leur trace se perd dans le Stadtpark voisin.

La police de Vienne a diffusé des images de vidéosurveillance des suspects, août 2026
Une perte colossale
Cette pièce maîtresse du joaillier de la place Vendôme faisait partie des quelque 500 pièces (dont 300 bijoux Van Cleef & Arpels) réunies au MAK depuis le 10 juin dernier pour une exposition faisant dialoguer les trésors de la maison fondée en 1906 et ceux du musée des arts appliqués viennois. L’exposition « Glanzstücke », organisée jusqu’au 27 septembre, reste ouverte ; la vitrine vandalisée ayant été opacifiée.

Le musée des arts appliqués de Vienne
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La perte patrimoniale est importante. « Il s’agit d’une pièce emblématique de l’Art déco, de provenance royale et signée de surcroît », souligne Capucine Juncker, gemmologue et experte en diamants anciens auprès de l’Union française des experts en objets d’art (UFE). Jouant de contrastes de tailles, ce collier met en avant trois rangs de diamants taille brillant, soulignés d’un rang articulé de baguettes, encadrant un motif semi-circulaire où des rubans pavés s’enroulent autour d’un diamant central en serti clos.
« Sa valeur est très certainement supérieure aujourd’hui à celle atteinte lors de sa dernière vente, alerte l’experte. Démonté, ce collier plastron perdrait certes son côté historique et son design, témoignage du savoir-faire des joailliers du siècle dernier, mais les diamants, eux, trouveraient aisément leur place sur le marché international des diamants de prestige. Ce n’était pas le cas, par exemple, pour les pierreries des bijoux dérobés au Louvre, ajoute l’autrice de Diamants de Golconde (éd. Skira, 2024). Ici, la valeur de marché supplante la valeur historique. »
Un symbole du faste puis de la chute de la monarchie égyptienne
Van Cleef & Arpels a conçu ce collier en 1939 pour la reine mère Nazli d’Égypte, à l’occasion du mariage de sa fille, la princesse Faouzia, avec le prince héritier d’Iran Mohammad Reza Pahlavi, futur chah. Inspiré des plastrons pectoraux de l’Égypte antique, ce bijou complétait un diadème aux mêmes motifs en rubans, d’une légèreté record d’à peine 400 grammes, une prouesse.

La reine Nazli d’Egypte portant un collier Van Cleef & Arpels, pour le mariage de sa fille la princesse Fawzia, au Caire, 30 mars 1939
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© CSU Archives/Everett Collection / Bridgeman Images
Le conte de fées s’est mué en malédiction. La monarchie égyptienne est renversée, Faouzia divorce, la reine mère Nazli s’est exilée à Beverly Hills. Ruinée, l’ancienne souveraine se résout, à 80 ans, à vendre ses bijoux dont le fameux collier qui part chez Sotheby’s en 1975 pour 140 000 dollars. Disparu 40 ans durant, avant de resurgir aux enchères new-yorkaises en 2015, il est racheté pour 4,3 millions de dollars (soit l’équivalent de 3,7 millions d’euros) par Van Cleef & Arpels qui le conserve dans sa collection.
Un projet de vol à l’explosif arrêté in extremis en 2021
Le joaillier l’expose pour la première fois en 2021 au Muséum national d’Histoire naturelle, à Paris, dans l’exposition « Pierres précieuses », où il avait déjà aiguisé des convoitises… En particulier celle d’un braqueur récidiviste de 30 ans alors, Yanis M., et de quatre complices présumés qui projetaient de faire sauter une porte du Muséum au TATP – le triperoxyde de triacétone, le même explosif que celui utilisé dans les ceintures des terroristes du 13 novembre 2015.
Le groupe avait testé sa formule en forêt de Seine-et-Marne et sur un chantier en Seine-Saint-Denis, avant d’être interpellé le 12 juillet 2021. Yanis M. s’était caché dans une armoire chez un voisin. Condamné à huit ans de prison par défaut en 2022, le malfaiteur a été repris en fuite en mai 2023 à Annemasse, alors qu’il s’apprêtait à passer en Suisse pour attaquer un bureau de change.
De nombreux musées cambriolés ces derniers mois en Europe
Le vol de Vienne s’inscrit dans une vague visant des bijoux et pièces d’orfèvrerie qui ne cesse d’enfler. Il intervient quelques mois seulement après le cambriolage retentissant des bijoux de la Couronne au Louvre, mais aussi le vol de 27 bijoux signés René Lalique au musée Lalique de Wingen-sur-Moder en Alsace, le 5 juillet dernier, celui du torque celte en or pur du trésor de Vix, le 24 juillet à Châtillon-sur-Seine (Côte-d’Or), et le pillage de bijoux précieux au musée du président Jacques Chirac à Sarran, en Corrèze, en août dernier.
Sans compter que le casse de Vienne s’est produit en même temps que le vol, à des milliers de kilomètres, du trésor de Villena, l’un des plus précieux ensembles d’orfèvrerie de l’âge du bronze en Europe, quasi intégralement dérobé dans un musée du sud-est de l’Espagne. De quoi confirmer l’alerte lancée fin août par Europol sur la montée des méthodes violentes visant les collections européennes.
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Glanzstücke : Van Cleef & Arpels High Jewelry × Masterpieces from the MAK Collection
Du 10 juin 2026 au 27 septembre 2026
MAK • 2 Stubenring • 1010 Wien
www.mak.at