« Le vocabulaire retenu par le ministère de l’Économie et des Finances mérite un examen attentif », estime Mor Thiam, juriste financier spécialiste des finances publiques et de la gestion de la dette publique, qui relève que les autorités parlent de « gestion active de la dette » et de « traitement de la dette », plutôt que de restructuration ou de rééchelonnement.
Pour lui, l’accord de 1 243 milliards de francs CFA conclu avec le FMI ne doit pas être perçu comme une solution définitive aux difficultés financières du Sénégal, mais avant tout comme un mécanisme destiné à éviter une crise financière immédiate. Malgré les termes employés par le gouvernement, l’opération annoncée s’apparente, selon lui, bel et bien à une restructuration de la dette extérieure.
Mor Thiam s’appuie notamment sur le périmètre de l’opération, qui exclut la dette libellée en francs CFA, sur le recours envisagé au Cadre commun du G20, ainsi que sur l’objectif affiché de réduire le poids du service de la dette. « Tous ces éléments signifient ce que restructurer veut dire : modifier les termes contractuels initiaux, renégocier les termes de la relation d’endettement », tranche-t-il ce jeudi dans L’Obs.
Pour l’expert, cette opération présente toutefois un double visage. À court terme, elle pourrait permettre à l’État de desserrer l’étau budgétaire, en réduisant la pression du service de la dette et en facilitant la reprise des financements du FMI ainsi que l’accès aux appuis budgétaires de la Banque mondiale et d’autres partenaires.
Mais le revers pourrait être lourd. Une restructuration sous contrainte risque, selon Mor Thiam, d’entraîner une dégradation de la notation souveraine du Sénégal, les agences assimilant généralement ce type de réaménagement à une situation de défaut. Conséquence : un accès plus difficile, voire plus coûteux, aux marchés financiers internationaux.
« L’accord avec le FMI, c’est tout simplement une feuille de route pour éviter l’asphyxie financière immédiate », résume Mor Thiam. Pour lui, le véritable enjeu sera donc de restaurer durablement la crédibilité financière du Sénégal tout en réduisant le poids de sa dette.
Cette analyse intervient alors que le Sénégal avait déjà entamé la recherche d’un conseil financier pour restructurer un fardeau représentant 132 % du PIB, confirmant que la question de la restructuration se posait bien avant même la conclusion de l’accord avec le FMI.