Un mois après l’arrivée massive de migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta en provenance du Maroc, 5000 personnes restent livrées à elles-mêmes dans les rues et sur les plages. Les habitants signalent leur mécontentement. Devant le Parlement jeudi matin, le Premier ministre Pedro Sánchez a, lui, continué à défendre le Royaume.

Le sujet a viré à la crise politique en Espagne, fragilisant le leader socialiste mis sous forte pression par la droite et l’extrême droite.

Fin juillet, 70’000 personnes en provenance du Maroc ont afflué dans l’enclave espagnole et des dizaines sont mortes en mer.

Cinquante mille habitants sont descendus dans les rues de plusieurs villes espagnoles, dont Ceuta, mercredi soir, en scandant « expulsez les envahisseurs! », pour dénoncer la gestion de la crise par le gouvernement de Pedro Sánchez.

>> Les images dans le 12h45 : L'afflux de migrants à Ceuta déclenche une crise politique en Espagne L’afflux de migrants à Ceuta déclenche une crise politique en Espagne / 12h45 / 1 min. / aujourd’hui à 12:45 « Président incompétent »

« On se sent abandonnés comme si nous étions des citoyens de seconde zone », a déclaré un manifestant. « Ils doivent faire quelque chose pour Ceuta. Ils ne peuvent pas laisser les gens à la rue, ni laisser les habitants de Ceuta sans protection », a poursuivi une autre.

« Notre président actuel est incompétent et il aurait dû, dès le premier jour, envoyer l’armée, la Garde civile et la police pour empêcher l’afflux d’un si grand nombre de personnes », déplore une madrilène.

Une colère largement exploitée par les partis de droite et d’extrême-droite.

« Pas de preuves »

Face aux députés jeudi, le Premier ministre s’est défendu de toute inaction, assurant une nouvelle fois n’avoir « aucune preuve » de l’implication du Maroc. Les interrogations sur le déroulement de l’événement se sont encore renforcées mercredi par la fuite dans la presse d’un rapport policier pointant notamment la « permissivité » des forces de l’ordre marocaines.

Pedro Sánchez avait déjà dédouané le Royaume lundi lors d’un entretien radiophonique.

« Si ces preuves solides existaient, nous agirions en conséquence, avec toute la fermeté que la situation exige », a poursuivi le chef du gouvernement, répétant qu’aucun rapport préalable n’avait anticipé « l’ampleur » ou « la possibilité » de cet afflux de migrants.

>> Ecouter les précisions du 12h30 : Crise migratoire à Ceuta: Pedro Sanchez s’exprime devant le Parlement espagnol / Le 12h30 / 1 min. / aujourd’hui à 12:39

Néanmoins, il a vivement critiqué jeudi les déclarations « inacceptables » de deux ministres marocains, qui ont récemment revendiqué la souveraineté marocaine sur Ceuta et Melilla, deux territoires espagnols enclavés au Maroc.

Le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi a notamment récemment revendiqué dans un entretien la « marocanité » de Ceuta et Melilla, tout en insistant sur le « droit historique » et le « droit géographique » que le Maroc estime avoir sur ces territoires.

« Depuis des siècles, ces deux villes sont espagnoles (…). Et je vous assure que, pour le gouvernement espagnol, cela restera ainsi jusqu’à la fin des temps », a aussi lancé Pedro Sánchez depuis la tribune.

Appel à démissionner

Le socialiste a par ailleurs appelé le roi d’Espagne Felipe VI à se rendre dans ces deux villes « dans les prochaines semaines », pour leur transmettre « l’engagement absolu de l’Etat ».

Mais l’intervention de Sanchez n’a pas convaincu l’opposition de droite. Le dirigeant du parti populaire l’invite à « démissionner pour incompétence ou complicité avec le Maroc », convaincu que le gouvernement de Sánchez soutient le Maroc pour des raisons personnelles.

juma avec afp