Le rapport «Integrating Africa: From Threads to Hubs» ne se contente pas d’un diagnostic sans appel sur la fragmentation du commerce africain. Il propose un cadre d’action opérationnel pour faire de l’intégration régionale un moteur de transformation structurelle. La ZLECAf offre un cadre historique, mais sa concrétisation dépendra de la capacité des États à rendre leurs systèmes économiques interopérables et à bâtir de véritables chaînes de valeur régionales. Quatre piliers sont identifiés pour y parvenir.

Le rapport de la Banque mondiale ne se contente pas d’un diagnostic ; il propose un cadre d’action opérationnel, articulé autour de quatre piliers interdépendants, pour faire de l’intégration régionale un véritable moteur de transformation structurelle. L’idée-force qui les sous-tend est que les marchés régionaux offrent l’échelle nécessaire pour permettre la spécialisation, le partage de la production et des investissements de plus grande ampleur.

Le rapport identifie des opportunités concrètes dans les produits alimentaires transformés, la pétrochimie, les minéraux et métaux, les machines, le matériel de transport, les textiles, l’énergie et les services. L’objectif est de relier les stratégies industrielles nationales aux sources d’approvisionnement, à la demande et aux infrastructures régionales, afin de connecter, par exemple, les pays producteurs de minéraux aux transformateurs et aux manufacturiers du continent, ou les producteurs agricoles aux industries agroalimentaires régionales. Une part considérable des coûts du commerce en Afrique provient cependant d’inefficacités internes aux pays : lenteurs douanières, logistique défaillante, divergences réglementaires, restrictions sur les services et infrastructures inadéquates.

Le rapport estime qu’environ 60% des coûts du commerce sont de cette nature, un fardeau que les gouvernements peuvent alléger par des réformes nationales sans attendre de nouveaux accords régionaux. L’interopérabilité – la capacité des systèmes à fonctionner de manière fluide au-delà des frontières – est la clé de cette réduction des frictions. Des mesures comme les guichets uniques électroniques, les inspections basées sur les risques, des règles d’origine simplifiées et des marchés de fret plus concurrentiels peuvent réduire les coûts immédiatement et rendre les échanges plus fluides. Mais les réformes nationales, aussi nécessaires soient-elles, ne suffisent pas.

Le rapport souligne que les engagements spécifiques, contraignants et exécutoires produisent de meilleurs résultats en matière d’intégration que les simples déclarations d’intention. Les éléments qui font la différence sont les dispositions sur les services, l’investissement, la facilitation des échanges, la transparence, la reconnaissance mutuelle, ainsi que des mécanismes de règlement des différends crédibles et exécutoires. À cet égard, des coalitions de pays volontaires peuvent montrer la voie en mettant en œuvre des réformes ambitieuses de manière pionnière, créant ainsi une émulation positive pour l’ensemble du continent. Le quatrième pilier, enfin, concerne les biens publics régionaux.

La production et les échanges régionaux nécessitent des infrastructures, des services et des institutions partagés que les marchés seuls ne peuvent fournir : corridors de transport, pools énergétiques, réseaux numériques, systèmes de paiement, surveillance des maladies et résilience climatique. Ces biens génèrent des bénéfices qui transcendent les frontières et sont essentiels à la fluidité des échanges. Le rapport développe un cadre opérationnel pour adapter le modèle de fourniture de chaque bien public – qu’il s’agisse de règles continentales uniformes, de mise en œuvre par les Communautés économiques régionales (CER) ou de coalitions ciblées –, selon la nature du bien et les capacités des acteurs concernés.

Le rapport insiste sur un point central : la ZLECAf offre un cadre historique, mais sa concrétisation dépendra de la capacité des États à rendre leurs systèmes économiques interopérables et à bâtir de véritables chaînes de valeur régionales. Le chemin est encore long, et les défis – coordination des réformes, investissements dans les infrastructures, confiance entre partenaires – ne manquent pas. Mais le cadre est désormais posé pour transformer les engagements continentaux en marchés fonctionnels, et les fils en hubs.

H.K. / Les Inspirations ÉCO

L’émission

Chaque semaine, un grand invité décrypte les enjeux de l’économie marocaine.