La détérioration des services publics ne serait plus une succession de dysfonctionnements isolés, mais le signe d’un recul beaucoup plus profond du pays. L’économiste Aram Belhadj a lancé, jeudi 3 septembre 2026, une sévère mise en garde sur la situation en Tunisie, estimant que la poursuite de cette dégradation pourrait, à terme, menacer l’État et ses institutions.
L’économiste Aram Belhadj, docteur en sciences économiques et enseignant-chercheur à l’Université de Carthage, est revenu, jeudi, dans un post Facebook sur la situation dans le pays. Son constat part d’un élément très concret : la qualité de l’eau potable distribuée par la Sonede, qu’il présente comme l’une des illustrations de la détérioration des services publics.
M. Belhadj affirme disposer de nombreuses photos et recevoir régulièrement des vidéos envoyées par différentes personnes pour documenter cette situation. Les dernières, précise-t-il, concernent la qualité de l’eau du robinet. Il explique cependant avoir choisi de ne pas les publier, considérant qu’une telle diffusion ne servirait pas nécessairement l’image de la Tunisie, aussi bien à l’intérieur qu’à l’étranger, et pourrait « faire plus de mal que de bien ».
Des services publics au risque d’effondrement de l’État
Pour l’économiste, le problème dépasse toutefois largement la seule question de l’eau. Celle-ci apparaît dans son analyse comme l’une des manifestations d’une situation beaucoup plus générale.
Aram Belhadj interpelle ainsi les responsables chargés des affaires de l’État et ceux auxquels incombe, selon ses termes, la responsabilité d’assurer un minimum de bien-être à la population. Il estime que le pays est en train de régresser simultanément sur plusieurs fronts : économique, social, politique, financier, sanitaire ou encore sportif, évoquant plus largement un recul « à tous les niveaux ».
Son avertissement est particulièrement sévère. Si les responsables ne prennent pas conscience de cette régression, prévient-il, ses conséquences pourraient finir par toucher l’ensemble de la société. Il emploie l’image du « déluge » qui viendrait emporter « le vert et le sec » et n’épargner personne.
Pour appuyer son alerte, l’économiste rappelle l’Executive Opinion Survey de Davos concernant la Tunisie en 2022. Selon lui, cette enquête avait identifié comme principal risque menaçant le pays l’« effondrement de l’État ».
Aram Belhadj explique cette notion par un effondrement des services publics, susceptible, selon lui, de conduire à un désordre généralisé et de porter atteinte à la stabilité du pays. Il établit ainsi un lien direct entre la détérioration qu’il observe aujourd’hui et ce risque identifié quelques années auparavant.
Une « révolution des mentalités » pour éviter le décrochage
Le constat dressé par l’économiste n’est cependant pas celui d’une fatalité. Aram Belhadj considère que la Tunisie dispose toujours de tous les atouts nécessaires pour figurer parmi les pays émergents.
Mais cette possibilité suppose, selon lui, une « révolution des mentalités », particulièrement chez les dirigeants et les responsables. Sans ce changement, il estime que la poursuite des dysfonctionnements actuels pourrait mener au scénario qu’il redoute.
« Si les dérives que nous vivons se poursuivent et s’il n’y a pas de révolution des mentalités, particulièrement chez nos dirigeants et nos responsables, l’État s’effondrera réellement », avertit-il en substance.
Il estime alors que les institutions qui subsistent pourraient à leur tour disparaître et que la Tunisie risquerait de devenir un pays « en développement, faible et pauvre, dans tous les sens du terme ».
Partant de la qualité de l’eau du robinet, Aram Belhadj livre ainsi une alerte qui dépasse largement ce seul problème : celle d’un pays qui, malgré les atouts dont il dispose encore, risque selon lui un profond décrochage si la détérioration actuelle se poursuit.

I.N.