La Tunisie a connu en juillet 2026 l’un des mois les plus chauds de son histoire climatique récente. La température moyenne nationale s’est établie à 31,7 °C, soit 3,4 °C au-dessus de la normale, plaçant juillet 2026 au deuxième rang des mois de juillet les plus chauds depuis le début des observations en 1950, derrière juillet 2023.
Mais la comparaison avec 2023 fait apparaître un phénomène plus discret. Dans plusieurs stations citées par l’Institut national de la météorologie, le nombre de jours chauds a diminué. Dans d’autres stations, essentiellement littorales ou méridionales, les nuits chaudes sont devenues plus nombreuses.
Les deux séries ne couvrent pas les mêmes stations et ne permettent donc pas d’en tirer une conclusion nationale. Elles mettent néanmoins en évidence une dimension essentielle de la chaleur estivale : la persistance de températures élevées après le coucher du soleil.
L’essentiel
31,7 °C de température moyenne nationale en juillet 2026, soit +3,4 °C par rapport à la normale.
Juillet 2026 est le deuxième mois de juillet le plus chaud depuis 1950, derrière juillet 2023.
À Kairouan, Tunis-Carthage, Béja et Le Kef, le nombre de jours chauds a diminué par rapport à juillet 2023.
À Gabès, Djerba, Mahdia et Monastir, le nombre de nuits chaudes a au contraire augmenté.
Août a connu plusieurs épisodes de forte chaleur, avec des maximales annoncées jusqu’à 48 °C.
Le bilan climatique complet d’août n’est pas encore disponible dans les données utilisées pour ce dossier.
Juillet 2026, deuxième mois de juillet le plus chaud depuis 1950
La température moyenne nationale, calculée à partir de 25 stations de référence, s’est établie à 31,7 °C. La moyenne nationale des températures maximales a atteint 38,8 °C, contre une normale de 35 °C.
Le record reste détenu par juillet 2023, avec une température moyenne nationale de 32,4 °C. L’écart entre les deux mois est donc de 0,7 °C. Calcul TN.
Plusieurs stations ont enregistré des valeurs extrêmes. Le mercure a atteint 49,7 °C à Kairouan, 48,7 °C à Jendouba, 48,6 °C à Zaghouan, 48,3 °C à Béja et 47,3 °C à Gafsa.
Le 17 juillet, Kairouan et Medjez El Bab avaient également enregistré de nouveaux records historiques, avec 49,7 °C à Kairouan, devant Kondar à 49,3 °C et Nasrallah à 49 °C.
Ce que montrent les jours chauds
Dans plusieurs stations documentées par l’INM, le nombre de jours chauds est inférieur à celui observé en juillet 2023.
Station
Juillet 2023
Juillet 2026
Variation
Kairouan
19
13
−31,6 %
Tunis-Carthage
19
13
−31,6 %
Béja
19
14
−26,3 %
Le Kef
22
15
−31,8 %
Variations calculées par TN à partir des données reprises de l’INM.
Les nuits chaudes racontent une autre histoire
Dans d’autres stations citées par l’INM, le mouvement observé sur les températures nocturnes est inverse.
Station
Juillet 2023
Juillet 2026
Variation
Gabès
17
25
+47,1 %
Djerba
13
20
+53,8 %
Mahdia
22
25
+13,6 %
Monastir
17
20
+17,6 %
Une précaution est indispensable : les stations utilisées pour les jours chauds ne sont pas les mêmes que celles citées pour les nuits chaudes. Les deux tableaux ne peuvent donc pas être additionnés ou utilisés pour construire un indicateur national.
Ils documentent deux constats distincts : une baisse du nombre de jours chauds dans certaines stations et une hausse du nombre de nuits chaudes dans d’autres.
Pourquoi la nuit compte
Des températures nocturnes durablement élevées limitent le refroidissement des bâtiments et prolongent les besoins de climatisation. Elles réduisent également la période durant laquelle les activités, les logements et les équipements peuvent profiter d’une baisse naturelle de température.
L’INM relève d’ailleurs la persistance de températures nocturnes exceptionnellement élevées. L’institut définit une vague de chaleur comme une période d’au moins trois jours consécutifs durant laquelle les seuils fixés pour les températures maximales et minimales sont simultanément dépassés.
Août : plusieurs épisodes de forte chaleur, mais pas encore de bilan complet
Le mois d’août a prolongé cette séquence estivale avec plusieurs épisodes de forte chaleur.
À partir du 23 août, l’INM annonçait des températures dépassant les normales saisonnières de 6 à 10 degrés, avec des maximales comprises entre 42 et 47 °C dans plusieurs régions, accompagnées localement de sirocco, et entre 37 et 41 °C sur les régions côtières et les hauteurs.
Le 26 août, les maximales annoncées se situaient entre 42 et 48 °C. Vingt-trois gouvernorats étaient alors placés en vigilance orange, tandis que Kasserine était classée en vigilance jaune.
Le classement climatique définitif d’août 2026 n’est toutefois pas encore établi dans les données disponibles pour ce dossier. Une comparaison complète avec août 2023 devra donc attendre la publication des relevés mensuels consolidés.
Le contexte mondial : une chaleur exceptionnelle des océans
À l’échelle mondiale, l’un des faits marquants de l’été concerne la température de surface des océans. Le 22 août 2026, la moyenne mondiale a atteint 21,1 °C, dépassant le précédent record quotidien de 21,09 °C enregistré en mars 2024.
Juillet 2026 avait déjà enregistré une température moyenne de surface des mers de 20,96 °C, avec des niveaux exceptionnellement élevés notamment le long de la façade atlantique européenne et en Méditerranée occidentale.
Ce contexte mondial ne permet pas, à lui seul, d’expliquer les températures observées en Tunisie. Il situe cependant l’été tunisien dans une période de chaleur marine particulièrement élevée à l’échelle internationale.
La chaleur met aussi le réseau électrique sous tension
En Tunisie, l’une des conséquences les plus concrètes des fortes chaleurs s’observe sur le réseau électrique.
Le PDG de la STEG a indiqué que la consommation pendant les heures de pointe, entre 14h00 et 16h00, avait atteint environ 5 000 MW, soit une hausse de 30 % par rapport à une consommation considérée comme normale.
La compagnie a expliqué avoir recours à des opérations de délestage afin de maintenir l’équilibre entre production et consommation et d’éviter une défaillance plus large du réseau. Le 25 août, elle a de nouveau appelé à réduire la consommation pendant les heures de pointe et annoncé des délestages à compter du lendemain.
Une capacité disponible difficile à établir avec précision
C’est sur la capacité réellement disponible du système que les chiffres publiquement rapportés divergent.
Source rapportée
Capacité annoncée
Fédération générale de l’électricité et du gaz
Environ 4 500 MW
Autres données reprises dans la presse
4 300 MW
Données rapportées autour de la pointe de juillet
4 630 MW
L’écart atteint 330 MW entre les valeurs extrêmes. Ces chiffres ne proviennent pas tous d’une même publication officielle chiffrée de la STEG, ce qui empêche de les traiter comme une série parfaitement comparable.
Un responsable syndical du secteur évoque en outre 600 à 700 MW supplémentaires pouvant être apportés par les échanges avec les pays voisins, notamment l’Algérie, portant selon lui la capacité maximale disponible à environ 5 200 MW.
Le même responsable affirme que la consommation aurait dépassé 6 000 MW durant l’été, soit un niveau supérieur au chiffre de 5 000 MW communiqué par la direction de la STEG pour les heures de pointe évoquées précédemment.
Ce que l’on peut réellement en déduire
L’écart entre les chiffres publiquement disponibles complique l’évaluation précise de la marge réelle dont dispose le réseau lors des pointes de consommation. Il ne permet pas, à lui seul, de déterminer la capacité effectivement mobilisable à chaque instant.
Deux autres chiffres souvent cités ne sont pas retenus dans ce dossier faute de source primaire vérifiable : un parc de 2,7 millions de climatiseurs en fonctionnement et des pertes économiques de 50 millions de dinars attribuées à l’épisode de chaleur de juillet.
Ce que les données permettent de conclure
Premièrement, juillet 2026 se classe au deuxième rang des mois de juillet les plus chauds en Tunisie depuis 1950, avec une température moyenne nationale de 31,7 °C et une anomalie de +3,4 °C.
Deuxièmement, dans les stations citées par l’INM, le nombre de jours chauds diminue par rapport à 2023 dans certaines localités, tandis que le nombre de nuits chaudes augmente dans d’autres. Les échantillons étant différents, cette opposition ne peut pas être généralisée à l’ensemble du pays.
Troisièmement, août a connu de nouveaux épisodes de forte chaleur, mais son bilan climatique complet devra être établi à partir des relevés mensuels définitifs.
Enfin, les fortes températures ont coïncidé avec une hausse importante de la demande électrique et de nouveaux épisodes de délestage, mais les chiffres disponibles sur la capacité effectivement mobilisable du réseau restent trop hétérogènes pour reconstituer avec précision la marge disponible lors de chaque pointe.
La question qui reste ouverte
Si les températures nocturnes exceptionnellement élevées deviennent plus fréquentes, les dispositifs de prévention sanitaire, la gestion des bâtiments et la planification électrique devront-ils accorder davantage de place à une chaleur qui se prolonge après le coucher du soleil ?
Sources : Institut national de la météorologie, bulletin climatique de juillet 2026 et bulletins de vigilance ; Copernicus Climate Change Service ; déclarations publiques de la STEG et de la Fédération générale de l’électricité et du gaz. Les calculs signalés « calcul TN » sont établis par la rédaction à partir des données publiées.